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Chapitre III

Author: dainamimboui
last update Last Updated: 2026-01-08 22:39:22

Lila ouvre les yeux avec la lumière grise de l’aube qui filtre à travers la fine couverture. Son corps est endolori, mais elle refuse de rester au lit plus longtemps. La faim la tire, et la pensée de sa mère, malade au village, lui rappelle que chaque instant compte. Elle s’assoit, étire ses bras endoloris et respire profondément, sentant l’air frais pénétrer ses poumons. Aujourd’hui, elle doit trouver un travail, même si elle ignore où chercher ni par où commencer.

Elle se lève, les pieds nus sur le parquet froid, et s’approche de la fenêtre. Les rues commencent à s’animer, les premiers pas pressés des habitants résonnent contre les murs des immeubles. La ville a un rythme impitoyable. Elle observe les boutiques ouvrir leurs portes, les marchands disposer leurs produits, les gens parler, crier, négocier. Chaque visage semble occupé, déterminé, et Lila se sent minuscule au milieu de cette marée humaine.

Elle attrape son sac, y glisse son petit carnet et son stylo, et descend les escaliers lentement. Le hall de l’immeuble sent encore la peinture fraîche et le bois poli. Elle pousse la porte de sortie et se retrouve sur le trottoir. Le vent du matin soulève quelques cheveux de son visage, et elle frissonne. Ses yeux scrutent les rues, cherchant un signe, un endroit où elle pourrait demander du travail. Les odeurs de pain chaud et de café la traversent, mais elle n’a pas le temps de savourer. Chaque pas qu’elle fait doit la rapprocher d’une chance de gagner de l’argent.

Elle commence par les petites boutiques. Une boulangerie, une épicerie, un café. À chaque fois, elle s’approche du comptoir, le cœur battant :

— Bonjour, je cherche du travail… je peux… je peux aider, dit-elle, la voix tremblante.

La plupart du temps, elle reçoit un sourire poli suivi d’un refus sec.

— Désolée, je n’ai rien pour toi, murmure une employée derrière le comptoir.

Chaque refus est un coup au cœur, mais elle ne baisse pas les bras. Elle se rappelle les mots de sa tante : chaque pièce que tu gagneras compte, reste concentrée. Ces mots deviennent son mantra, un souffle qui lui permet d’avancer malgré la fatigue.

Dans la rue, elle croise des hommes qui la regardent avec intérêt et curiosité. Certains sourient de manière insistante, d’autres passent à côté en ricanant. Lila serre son sac contre elle, les doigts crispés autour de la sangle, et continue. Elle apprend rapidement que la ville est un terrain où chaque regard peut être dangereux, chaque sourire trompeur. Mais elle refuse de se laisser intimider. Sa mère a besoin d’elle. Elle ne peut pas échouer.

Après quelques heures de marche et de portes closes, elle aperçoit un petit panneau : Aide à domicile, femmes de ménage, livraison légère. Son cœur bondit. Cela semble simple, mais ce pourrait être suffisant pour commencer. Elle frappe à la porte et attend. Une femme d’une cinquantaine d’années ouvre, les yeux plissés.

— Bonjour… je cherche du travail… je peux… je peux aider… commence Lila.

La femme la jauge rapidement, scrutant son visage fatigué, ses mains légèrement calleuses, sa posture droite malgré la fatigue.

— Très bien, dit-elle enfin. Nous avons besoin de quelqu’un pour aider à nettoyer et livrer quelques courses. Tu peux commencer dès aujourd’hui.

Lila hoche la tête avec enthousiasme. La chance lui sourit enfin. Son cœur bat plus vite, et elle sent une chaleur douce envahir sa poitrine. Même si le travail est modeste, il est un pas vers son objectif : aider sa mère. Elle note mentalement de ne pas dépenser le moindre sou inutile, de tout économiser, de rester concentrée sur ce but.

Elle passe la matinée à nettoyer, transporter des paniers et faire les petites courses. Chaque effort la fatigue, mais elle sent une satisfaction silencieuse. Chaque pièce qu’elle gagne est une victoire, chaque tâche accomplie est un témoignage de sa détermination. Elle repense à son village, aux champs, aux levers de soleil tranquilles, et compare avec la ville : ici, tout est urgence, tout est survie. Elle doit être forte, rapide, prudente.

À midi, elle s’accorde une pause et sort quelques fruits achetés le matin à l’épicerie. Elle s’assoit sur un banc à l’ombre d’un arbre, regarde la ville qui bouge autour d’elle, et mord dans une pomme. Le goût sucré et frais la réconforte à peine. Ses mains tremblent légèrement alors qu’elle mange, la fatigue et l’inquiétude se mêlant dans chaque geste. Elle ferme les yeux un instant, laissant le bruissement du vent et le chuchotement des passants l’envelopper.

Après avoir terminé son repas, elle retourne à son travail, transportant des paniers de légumes et de pain. Chaque livraison est un effort, chaque escalier qu’elle monte la fait haleter, mais elle continue. Son corps proteste, son dos est endolori, mais elle refuse de céder. Sa mère compte sur elle. Et cette pensée est plus forte que toutes les douleurs physiques.

Le soir commence à tomber lorsque Lila revient à son appartement. Ses pieds sont douloureux, ses muscles tendus, mais elle porte avec elle la satisfaction du devoir accompli. Elle entrouvre la porte, sent la chaleur du logement qui l’accueille. L’air est moins froid que le matin, la lumière des lampadaires filtrant à travers la fenêtre donne à la pièce un aspect presque familier. Elle pose les paniers sur la table et s’assoit, inspirant profondément.

Elle retire ses chaussures et se laisse tomber sur le lit, laissant son corps se détendre pour la première fois de la journée. Le silence de l’appartement est presque réconfortant. Elle repense à sa mère, à sa santé fragile, et au fait que chaque pièce qu’elle a gagnée aujourd’hui sera un petit secours, une petite victoire. Mais la réalité la rattrape rapidement : demain, tout recommencera, et elle devra encore se battre pour survivre.

Ses yeux se perdent dans le vide, et elle réalise combien la ville est différente de tout ce qu’elle connaissait. Chaque sourire qu’elle a croisé, chaque geste, chaque mot entendu dans les rues, tout devient un rappel de la dureté de ce monde. Mais elle sent aussi une petite flamme à l’intérieur, fragile mais persistante. Cette flamme est sa force, sa détermination à ne pas échouer, à ne pas se laisser écraser par la ville ni par les difficultés.

Avant de se coucher, elle sort son carnet et note les points essentiels de sa journée : les boutiques où elle pourrait demander du travail demain, les personnes qui semblaient gentilles, les rues à éviter. Tout est méticuleusement organisé, chaque note un pas vers la sécurité et l’indépendance.

Elle éteint enfin la petite lampe et se couche, enroulée dans sa couverture. Le bruit de la ville s’estompe peu à peu, remplacé par le murmure du vent et les sons lointains de la vie urbaine. Mais Lila ferme les yeux avec un sentiment étrange : un mélange de fatigue, de peur et de détermination. Elle sait que demain sera un autre jour de lutte, mais elle sent au fond d’elle qu’elle pourra continuer.

Avant de sombrer complètement dans le sommeil, elle murmure à voix basse :

— Je dois tenir… je ne peux pas échouer… pour maman… pour moi…

Et dans le silence de la nuit, la flamme de sa volonté brille encore, prête à affronter les défis du lendemain.

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