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L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER
L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER
Author: Torres NGABA (TNT)

CHAPITRE 1 : LA POUSSIÈRE ET LE SANG

last update Last Updated: 2026-01-20 06:40:09

​La chaleur moite de Douala écrasait le quartier résidentiel de Bonapriso, mais dans la cour pavée de la villa des Koffi, le froid venait du regard des maîtres.

​Ngaba était à genoux, les mains plongées dans une bassine d'eau savonneuse. Ses muscles puissants, forgés par des années de lutte traditionnelle dans la boue des villages, saillaient sous son t-shirt élimé. Il frottait les jantes de la Rolls-Royce Ghost de Marcus Koffi avec une précision chirurgicale. Chaque mouvement était une insulte à sa propre dignité, mais il n'avait pas le choix.

​— Plus vite, espèce de chien ! rugit une voix traînante derrière lui.

​Ngaba ne leva pas les yeux. Il reconnut l'odeur du parfum hors de prix — Oud Wood de Tom Ford. C’était Marcus. L'héritier des entreprises Koffi, un homme dont la seule réussite était d'être né avec une cuillère d'argent dans la bouche.

​Marcus projeta son pied verni contre la hanche de Ngaba. Le choc fut brutal, mais le colosse ne vacilla pas. Il resta immobile, le dos courbé, les dents serrées à s'en briser les mâchoires.

​— Je te parle, l'orphelin ! Tu as fini ? J'ai un rendez-vous au club à 19h. Si je vois une seule trace de doigt sur cette carrosserie, je déduis les frais de nettoyage du traitement de ta "mère".

​Le cœur de Ngaba rata un battement. Sa mère adoptive, Maman Reine, était dans une clinique de fortune à Akwa, luttant contre une insuffisance cardiaque. Chaque centime qu'il gagnait ici, chaque humiliation qu'il avalait, servait à acheter les médicaments qui la maintenaient en vie.

​— C’est presque fini, Monsieur Marcus, répondit Ngaba d'une voix rauque, profonde, qu'il s'efforçait de rendre soumise.

​— "Monsieur" ? Pour toi, c'est "Maître", corrigea une voix féminine et aiguë.

​Morelle Koffi sortit de la villa, drapée dans une robe en soie qui valait le salaire annuel d'un fonctionnaire. Elle tenait un verre de champagne à la main. Elle s'approcha de Ngaba, un sourire cruel aux lèvres. Elle aimait le voir ainsi : un géant réduit à l'état d'esclave.

​— Regarde-le, Marcus, dit-elle en riant. On dirait un animal sauvage en cage. Dis-moi, Ngaba, est-ce vrai que tu étais le champion de ton village ? C’est ça, ta force ? Laver des pneus ?

​Elle inclina délibérément son verre. Le liquide pétillant se déversa sur la nuque de Ngaba, coulant le long de son dos.

​— Oh, quel dommage, j'ai glissé, minauda-t-elle. Lèche ça, l’intouchable. Nettoie le sol.

​Le poing de Ngaba se serra sous l'eau savonneuse. Dans son esprit, il voyait déjà la scène : se lever, briser le cou de Marcus d'un seul revers de main, et jeter Morelle par-dessus le portail. Mais l'image de Maman Reine sur son lit d'hôpital le retint.

​Patience. La patience est un couteau qui s'aiguise dans le noir.

​Soudain, le téléphone de Ngaba, un vieux modèle à l'écran fissuré posé sur le muret, se mit à vibrer. C’était l’hôpital.

​L’angoisse le prit aux tripes. Il tendit la main pour le saisir, mais Marcus fut plus rapide. Il ramassa l'appareil avec deux doigts, l'air dégoûté.

​— On travaille et on reçoit des appels ? Tu te crois où ?

​— Monsieur Marcus, s'il vous plaît... c'est l'hôpital. C'est pour ma mère.

​Marcus regarda l'écran, vit "URGENCE CLINIQUE" s'afficher, et un sourire diabolique s'étira sur ses lèvres.

​— Ta mère ? Cette vieille femme qui coûte une fortune en médicaments ? Elle est un fardeau pour la société, Ngaba. Je te rends service.

​D'un geste désinvolte, Marcus lâcha le téléphone au-dessus de la bouche d'égout qui bordait la cour. Ngaba plongea, mais trop tard. Le bruit sourd du plastique contre l'eau croupie résonna comme un coup de tonnerre dans son crâne.

​— Oups, fit Marcus en ajustant sa montre Rolex en or rose. On dirait qu'elle devra attendre. Allez, finis cette voiture. Tu as encore deux heures de corvée pour payer ton insolence.

​À cet instant, un silence de mort tomba sur la cour. Ngaba se releva lentement. Ses yeux, habituellement éteints, brillaient maintenant d'une lueur rouge sombre, semblable à de la lave en fusion. L'air sembla se raréfier autour de lui.

​Marcus recula d'un pas, soudain pris d'un frisson inexplicable.

​— Qu... qu'est-ce que tu regardes comme ça ? Tu veux te battre ? Gardes !

​Deux agents de sécurité armés s'approchèrent, mais Ngaba ne bougea pas. Il fixa simplement la bouche d'égout. Dans son silence, une promesse était née. Une promesse de sang.

​C'est alors qu'une luxueuse Bentley noire s'arrêta devant le portail. Une femme élégante, Oxane, en descendit. Elle vit la scène, le mépris de Morelle, la détresse cachée de Ngaba, et son cœur se serra. Elle était la seule à connaître la noblesse qui se cachait derrière les haillons de cet homme.

​— Marcus, Morelle, ça suffit ! s'écria-t-elle. Vous n'avez donc aucun cœur ?

​Morelle leva les yeux au ciel.

— Ne commence pas avec ta charité, Oxane. C’est juste un domestique.

​Ngaba ne resta pas pour entendre la suite. Sans un mot, sans même demander son salaire, il tourna le dos et sortit de la propriété en courant. Il devait atteindre l'hôpital. Il devait sauver la seule personne qui l'aimait.

​Mais alors qu'il courait sous la pluie tropicale qui commençait à tomber, un homme en costume noir l'attendait au coin de la rue, à côté d'une limousine aux vitres teintées qu'il n'avait jamais vue à Douala.

​L'homme s'inclina profondément au passage de Ngaba.

​— Monsieur Ngaba. Enfin. Nous vous cherchons depuis vingt ans.

​Ngaba s'arrêta, le souffle court, l'eau ruisselant sur son visage.

— Qui êtes-vous ? Je n'ai pas le temps ! Ma mère se meurt !

​L'homme ouvrit la portière arrière, révélant un écran satellite affichant un solde bancaire dont le nombre de zéros donnait le vertige.

​— Votre mère adoptive est déjà en train d'être transférée par hélicoptère vers le meilleur hôpital d'Afrique du Sud, Monsieur. La Dynastie d'Ébène a repris les choses en main. Vous n'êtes plus un esclave. Vous êtes l'homme le plus riche de ce continent.

​Ngaba regarda ses mains sales, couvertes de savon et de poussière. Puis il regarda vers la villa des Koffi, là où le rire de Marcus résonnait encore.

​Un sourire froid, terrifiant, apparut sur son visage.

​— Alors... commença Ngaba d'une voix qui fit trembler l'homme en costume. Dites-leur de préparer ma liste. Je ne veux pas seulement leur argent. Je veux leurs âmes.

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