Home / Urbain / L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER / CHAPITRE 4 : LA FUITE ROYALE

Share

CHAPITRE 4 : LA FUITE ROYALE

last update Last Updated: 2026-01-20 06:52:46

​Le temps semblait suspendu dans le jardin de la villa Koffi. Le clapotis de l'eau dans la piscine, où la Rolls-Royce gisait comme un cétacé échoué, était le seul bruit audible.

​Tous les regards étaient rivés sur la main tendue de Ngaba et sur Oxane.

​Marcus, trempé par les éclaboussures, le visage déformé par la haine, hurla :

— Ne le touche pas, Oxane ! C’est un serviteur ! Un voleur ! Si tu prends sa main, le mariage est annulé ! Ton père sera ruiné avant l'aube !

​Oxane tourna la tête vers Marcus. Elle vit la peur dans ses yeux, cette peur médiocre des hommes qui n'ont jamais eu à se battre pour quoi que ce soit. Puis elle regarda Ngaba. Derrière les lunettes de soleil qu'il avait remises, elle ne voyait pas seulement la puissance ou l'argent. Elle voyait la promesse d'une tempête qui emporterait tout sur son passage.

​— Mon père est déjà ruiné, Marcus, dit-elle d'une voix qui tremblait à peine. Et je préfère la ruine à une vie avec toi.

​Elle posa sa main fine et pâle dans la paume large et sombre de Ngaba.

​Une onde de choc traversa l'assemblée. Des murmures scandalisés s'élevèrent.

Ngaba referma ses doigts sur ceux d'Oxane. Pas comme un propriétaire, mais comme un rempart.

​— Sage décision, murmura-t-il.

​Il fit demi-tour, entraînant Oxane vers la sortie, ignorant superbement les gardes de sécurité qui, intimidés par les hommes de Silas et l'aura meurtrière de Ngaba, n'osaient pas bouger.

​— Arrêtez-le ! Tirez ! aboya Morelle, hystérique, en pointant un doigt accusateur. Il kidnappe ma belle-sœur !

​C'est alors qu'une voix de tonnerre résonna depuis le balcon du premier étage.

— SILENCE !

​Un vieil homme, appuyé sur une canne à pommeau d'ivoire, descendit lentement les marches du perron. André Koffi. Le patriarche. Le fondateur de l'empire. Contrairement à ses enfants, il n'était pas un héritier gâté. C'était un requin qui avait survécu à cinquante ans de guerres commerciales.

​La foule s'écarta respectueusement. André s'avança jusqu'à barrer la route à Ngaba.

Il plissa les yeux, scrutant le visage de l'homme qui lui volait la vedette.

​— Ngaba... dit-il doucement. Je me disais bien que tu avais les yeux de ton père. J'aurais dû t'écraser quand tu étais encore au berceau, au lieu de te laisser ramper dans ma cuisine.

​Ngaba s'arrêta. Pour la première fois, son calme vacilla imperceptiblement. Une haine pure, viscérale, irradia de lui.

— Tu as raté ton occasion, André. Et les prédateurs ne donnent pas de secondes chances.

​André Koffi eut un petit rire sec. Il claqua des doigts. Une douzaine de policiers, qui assuraient la sécurité de l'événement, dégainèrent leurs armes et encerclèrent Ngaba et Oxane.

​— Tu as peut-être trouvé un costume et une voiture volée, garçon, dit André. Mais ici, c'est Douala. Je possède le commissaire. Je possède le juge. Lâche la fille, ou tu repars les pieds devant.

​Oxane serra le bras de Ngaba, terrifiée.

— Ngaba... ils vont tirer.

​Mais Ngaba ne bougea pas d'un millimètre. Il ne regarda même pas les armes braquées sur lui. Il fixa André.

— Silas.

​L'intendant s'avança, imperturbable, et tendit un téléphone à André Koffi.

— Monsieur Koffi, c'est pour vous. C'est le Ministre de la Justice.

​André hésita, puis arracha le téléphone.

— Allô ? Monsieur le Ministre, j'ai un forcené chez moi, je vais devoir... Quoi ?

​Le visage du patriarche se décomposa. Il devint livide. Ses mains se mirent à trembler.

— Mais... c'est impossible. C'est ma banque principale ! Vous ne pouvez pas geler mes avoirs personnels ! ... Allô ? Allô !

​André laissa tomber le téléphone. Il regarda Ngaba avec une terreur nouvelle. Non pas la peur physique, mais celle de l'anéantissement total.

​— Qu'est-ce que tu as fait ? souffla André.

​Ngaba s'approcha de lui, se penchant pour murmurer à son oreille, de sorte que personne d'autre ne puisse entendre.

— J'ai acheté ta dette souveraine, André. Chaque centime que tu dois à l'État, aux banques, à tes fournisseurs... tout m'appartient désormais. Si je claque des doigts, tu n'as même plus de quoi payer l'électricité de cette villa. Alors, dis à tes chiens de baisser leurs armes.

​André, vaincu, fit un geste faible de la main.

— Baissez les armes. Laissez-les passer.

​Morelle et Marcus hurlèrent de protestation, mais les policiers obéirent au vieux lion.

​Ngaba se redressa, ajusta sa veste, et guida Oxane vers la Bugatti. Silas ouvrit la portière. Ngaba l'y installa, puis contourna la voiture pour prendre le volant lui-même.

​Le moteur de 1500 chevaux rugit, faisant vibrer les vitres de la villa.

Alors qu'il passait le portail, Ngaba croisa le regard de Morelle dans le rétroviseur. Elle pleurait de rage. Il savait que ce n'était que le début. Une bête blessée est dangereuse, et les Koffi allaient contre-attaquer.

​La voiture s'élança dans la nuit noire de Douala, laissant derrière elle le chaos.

​Dans l'habitacle feutré, le silence régna pendant de longues minutes. Oxane regardait défiler les lumières de la ville, le cœur battant à tout rompre. Elle venait de tout quitter. Sa famille, sa réputation, son "devoir".

​Elle tourna la tête vers Ngaba. Il conduisait avec une main, détendu, comme s'il allait juste acheter du pain.

​— Qui es-tu vraiment, Ngaba ? demanda-t-elle doucement. L'homme qui lavait les voitures... c'était un mensonge ?

​Ngaba garda les yeux sur la route.

— Non. L'homme qui souffrait était réel. Mais celui qui subissait est mort ce soir.

​— Où m'emmènes-tu ?

— Là où ils ne pourront pas t'atteindre.

​— Et mon père ? Les Koffi vont se venger sur lui.

— Ton père ?

​Ngaba appuya sur un bouton du tableau de bord. La voix de Silas résonna dans les haut-parleurs.

« Monsieur, le transfert est confirmé. La société du père de Mademoiselle Oxane a été rachetée par une holding écran à Singapour. Ses dettes sont effacées. En échange, il a signé une clause de non-agression et a accepté de se retirer à la campagne. Il est en sécurité. »

​Oxane écarquilla les yeux.

— Tu... tu as sauvé mon père ? Mais pourquoi ? Tu ne me dois rien. Je ne t'ai jamais aidé, j'ai juste...

​Ngaba freina doucement alors qu'ils arrivaient devant le plus luxueux penthouse de la ville, au sommet de la tour Immeuble de la Liberté. Il se tourna vers elle, retirant ses lunettes de soleil. Ses yeux sombres plongèrent dans les siens avec une intensité qui la fit frissonner.

​— Dans un monde de monstres, Oxane, un simple regard de compassion vaut plus que tout l'or de ma banque. Tu étais la seule lumière dans cet enfer. Maintenant, c'est à moi de t'éclairer.

​Il sortit de la voiture et vint lui ouvrir.

— Bienvenue chez toi, Oxane. Mais je te préviens... une fois que tu franchis cette porte, il n'y a pas de retour en arrière. Tu entres dans mon monde. Et mon monde est en guerre.

​Oxane regarda la main tendue, puis le gratte-ciel qui perçait les nuages. Elle prit une profonde inspiration.

​— Je suis prête, dit-elle.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER   CHAPITRE 87 : LA RÉVOLTE DES ÉPHÉMÈRES

    ​Le silence qui suivit l'extinction de la résonance fut plus terrifiant que n'importe quelle explosion. Sur Luxia, les grandes cités de cristal s'éteignirent instantanément. Dans le ciel, les croiseurs des Lions d'Ébène, privés de leur force motrice, commencèrent à dériver comme des épaves antiques.​Dans le palais, Ngaba tomba à genoux. La sensation était celle d'une amputation de l'âme. Son sang, autrefois vibrant d'une chaleur dorée, n'était plus qu'un liquide lourd et froid.​— Silas ! Shana ! cria-t-il, sa voix s'enrouant.​— Je suis là, répondit Shana dans l'obscurité. Mes lames... elles sont mortes. Mon armure pèse une tonne.​— Ils ont verrouillé la fréquence, haleta Silas, tâtonnant pour trouver une lampe de secours chimique. Les Équarrisseurs ne nous combattent pas, Ngaba. Ils nous "désactivent". Pour eux, nous sommes un programme qui a cessé de répondre.​Au-dessus d'eux, le monolithe noir descendait lentement, projetant une onde de déconstruction. Les murs du palais commen

  • L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER   CHAPITRE 86 : LE VIDE DE LA COURONNE

    ​Luxia ne vibrait plus de la haine de l'Archonte. La planète-cristal semblait respirer avec une lenteur apaisée, sa surface de mercure s'étant stabilisée en de vastes miroirs immobiles. Sur le balcon du Palais de Lumière, Ngaba contemplait l'horizon pourpre. L'Archonte, dépossédé de sa connexion vitale, n'était plus qu'une statue de sel grisâtre, enfermée dans une cellule de stase de résonance.​— Les délégations des mondes périphériques arrivent, annonça Shana en rejoignant Ngaba. Les Xylos, les Nautiles, même les Nomades du Vide. Ils ne viennent pas pour nous remercier, Ngaba. Ils viennent pour savoir qui est le nouveau maître.​— Il n'y a pas de nouveau maître, Shana. Il y a une alliance, ou il n'y a rien.​Silas entra, l'air grave, tenant une sphère de données extraite des archives privées de l'Archonte.— Ngaba, j'ai réussi à décrypter les derniers journaux de bord. L'Archonte ne fuyait pas seulement l'Essaim. Il payait un tribut.​— Un tribut à qui ?​— À ce qu'ils appellent "Le

  • L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER   CHAPITRE 85 : L'ASTRE DE MERCURE

    ​Le ciel de Luxia n'était plus qu'un tourbillon de métal liquide. Les mers de mercure s'élevaient en vagues de plusieurs kilomètres de haut, défiant la gravité, pour tenter de happer la flotte des Lions d'Ébène. Chaque impact sur les boucliers de résonance sonnait comme un coup de cloche cosmique.​— Vanguard-1, ici le croiseur Kribi-3 ! On perd notre cohésion structurelle ! Le mercure... il ne frappe pas seulement, il s'infiltre !​Ngaba vit sur ses moniteurs le mercure s'insinuer dans les moindres fissures du vaisseau allié, agissant comme un parasite qui court-circuitait les générateurs de cristal.​— Shana, ordonne aux croiseurs de s'éloigner à 50 000 kilomètres ! cria Ngaba. Restez en appui feu. Seul le Vanguard peut s'approcher. Le Sang d'Ébène pur de notre noyau est le seul à pouvoir repousser cette mélasse.​— Ngaba, tu ne peux pas affronter une planète seul ! protesta Shana, bien qu'elle transmette les ordres de repli.​— Je ne suis pas seul. Oxane, conn

  • L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER   CHAPITRE 84 : LE SAUT VERS LUXIA

    ​Le pont de commandement du Vanguard-1 était plongé dans une lumière rouge tamisée. Ngaba était debout, les mains posées sur le pupitre de commande central, sentant la vibration du Sang d'Ébène à travers la structure du vaisseau. Derrière lui, onze croiseurs massifs maintenaient leur formation orbitale au-dessus de la Terre.​— Systèmes de saut à 100 %, annonça Silas, dont le visage était illuminé par des flux de données bleutés. Les résonateurs sont synchronisés. Ngaba, si nous faisons cela, il n'y a pas de retour rapide. On brûle notre pont derrière nous.​— La Terre a besoin de ce pont pour devenir une forteresse, répondit Ngaba. Shana, état de la flotte ?​— Les pilotes sont nerveux, mais leur lien avec le cristal est stable, dit Shana, son armure de combat brillant d'une lueur violette. Ils attendent ton ordre.​Ngaba ferma les yeux. Grâce au lien neural, il ne voyait plus seulement le pont, il sentait les douze cœurs de résonance de la flotte battre comme un se

  • L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER   CHAPITRE 83 : LES CHANTIERS DU FIRMAMENT

    ​Le paysage industriel de la Terre avait radicalement changé en quelques mois. Le long du Grand Rift africain, des piliers de lumière ébène s'élevaient désormais vers l'espace, formant un ascenseur orbital massif alimenté par le cœur de la Citadelle. En orbite haute, les débris des anciennes stations du Conseil et du monolithe de l'Archonte étaient recyclés dans des fonderies solaires.​Ngaba survolait les chantiers à bord d'un nouveau prototype de chasseur, le Vanguard-1. À ses côtés, l'interface holographique d'Oxane-Synthèse affichait des schémas de propulsion révolutionnaires.​— Le moteur à résonance d'ébène est prêt pour les tests de saut, annonça Oxane. Contrairement aux moteurs de la Ligue qui plient l'espace, le nôtre "vibre" à travers la matière. Nous ne voyageons pas entre les points A et B, nous existons partout simultanément pendant une fraction de seconde.​— Et la flotte ? demanda Ngaba.​— Douze croiseurs de classe "Lion" sont en phase d'assemblage fi

  • L'HÉRITIER DU TRÔNE DE FER   CHAPITRE 82 : LE PIÈGE DES ÉTOILES

    ​La révélation d'Oxane changeait tout. Ngaba retourna dans la salle du sommet, mais son regard n'était plus celui d'un leader incertain. Il observait chaque émissaire avec une méfiance chirurgicale. L'émissaire bleu, qu'il nommait désormais l'Archonte, attendait sa réponse avec une impatience mal dissimulée.​— L'Archonte prétend que la Ligue nous protégera, commença Ngaba en reprenant sa place. Mais j'aimerais poser une question : pourquoi une puissance aussi vaste que la vôtre aurait-elle besoin de l'énergie d'une espèce qui vient à peine de découvrir le voyage spatial ?​L'Archonte changea de posture, ses articulations craquant comme du cristal.— La Terre possède une pureté que nous avons perdue, Héritier. Votre Sang d'Ébène est né d'une fusion entre la vie organique et la volonté pure. C'est une rareté.​— Ou alors, rétorqua Ngaba, c'est parce que vos propres armées ont été décimées. Vous parlez de l'Essaim comme d'un prédateur mineur, mais ne sont-ils pas en ré

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status