MasukLe temps semblait suspendu dans le jardin de la villa Koffi. Le clapotis de l'eau dans la piscine, où la Rolls-Royce gisait comme un cétacé échoué, était le seul bruit audible.
Tous les regards étaient rivés sur la main tendue de Ngaba et sur Oxane. Marcus, trempé par les éclaboussures, le visage déformé par la haine, hurla : — Ne le touche pas, Oxane ! C’est un serviteur ! Un voleur ! Si tu prends sa main, le mariage est annulé ! Ton père sera ruiné avant l'aube ! Oxane tourna la tête vers Marcus. Elle vit la peur dans ses yeux, cette peur médiocre des hommes qui n'ont jamais eu à se battre pour quoi que ce soit. Puis elle regarda Ngaba. Derrière les lunettes de soleil qu'il avait remises, elle ne voyait pas seulement la puissance ou l'argent. Elle voyait la promesse d'une tempête qui emporterait tout sur son passage. — Mon père est déjà ruiné, Marcus, dit-elle d'une voix qui tremblait à peine. Et je préfère la ruine à une vie avec toi. Elle posa sa main fine et pâle dans la paume large et sombre de Ngaba. Une onde de choc traversa l'assemblée. Des murmures scandalisés s'élevèrent. Ngaba referma ses doigts sur ceux d'Oxane. Pas comme un propriétaire, mais comme un rempart. — Sage décision, murmura-t-il. Il fit demi-tour, entraînant Oxane vers la sortie, ignorant superbement les gardes de sécurité qui, intimidés par les hommes de Silas et l'aura meurtrière de Ngaba, n'osaient pas bouger. — Arrêtez-le ! Tirez ! aboya Morelle, hystérique, en pointant un doigt accusateur. Il kidnappe ma belle-sœur ! C'est alors qu'une voix de tonnerre résonna depuis le balcon du premier étage. — SILENCE ! Un vieil homme, appuyé sur une canne à pommeau d'ivoire, descendit lentement les marches du perron. André Koffi. Le patriarche. Le fondateur de l'empire. Contrairement à ses enfants, il n'était pas un héritier gâté. C'était un requin qui avait survécu à cinquante ans de guerres commerciales. La foule s'écarta respectueusement. André s'avança jusqu'à barrer la route à Ngaba. Il plissa les yeux, scrutant le visage de l'homme qui lui volait la vedette. — Ngaba... dit-il doucement. Je me disais bien que tu avais les yeux de ton père. J'aurais dû t'écraser quand tu étais encore au berceau, au lieu de te laisser ramper dans ma cuisine. Ngaba s'arrêta. Pour la première fois, son calme vacilla imperceptiblement. Une haine pure, viscérale, irradia de lui. — Tu as raté ton occasion, André. Et les prédateurs ne donnent pas de secondes chances. André Koffi eut un petit rire sec. Il claqua des doigts. Une douzaine de policiers, qui assuraient la sécurité de l'événement, dégainèrent leurs armes et encerclèrent Ngaba et Oxane. — Tu as peut-être trouvé un costume et une voiture volée, garçon, dit André. Mais ici, c'est Douala. Je possède le commissaire. Je possède le juge. Lâche la fille, ou tu repars les pieds devant. Oxane serra le bras de Ngaba, terrifiée. — Ngaba... ils vont tirer. Mais Ngaba ne bougea pas d'un millimètre. Il ne regarda même pas les armes braquées sur lui. Il fixa André. — Silas. L'intendant s'avança, imperturbable, et tendit un téléphone à André Koffi. — Monsieur Koffi, c'est pour vous. C'est le Ministre de la Justice. André hésita, puis arracha le téléphone. — Allô ? Monsieur le Ministre, j'ai un forcené chez moi, je vais devoir... Quoi ? Le visage du patriarche se décomposa. Il devint livide. Ses mains se mirent à trembler. — Mais... c'est impossible. C'est ma banque principale ! Vous ne pouvez pas geler mes avoirs personnels ! ... Allô ? Allô ! André laissa tomber le téléphone. Il regarda Ngaba avec une terreur nouvelle. Non pas la peur physique, mais celle de l'anéantissement total. — Qu'est-ce que tu as fait ? souffla André. Ngaba s'approcha de lui, se penchant pour murmurer à son oreille, de sorte que personne d'autre ne puisse entendre. — J'ai acheté ta dette souveraine, André. Chaque centime que tu dois à l'État, aux banques, à tes fournisseurs... tout m'appartient désormais. Si je claque des doigts, tu n'as même plus de quoi payer l'électricité de cette villa. Alors, dis à tes chiens de baisser leurs armes. André, vaincu, fit un geste faible de la main. — Baissez les armes. Laissez-les passer. Morelle et Marcus hurlèrent de protestation, mais les policiers obéirent au vieux lion. Ngaba se redressa, ajusta sa veste, et guida Oxane vers la Bugatti. Silas ouvrit la portière. Ngaba l'y installa, puis contourna la voiture pour prendre le volant lui-même. Le moteur de 1500 chevaux rugit, faisant vibrer les vitres de la villa. Alors qu'il passait le portail, Ngaba croisa le regard de Morelle dans le rétroviseur. Elle pleurait de rage. Il savait que ce n'était que le début. Une bête blessée est dangereuse, et les Koffi allaient contre-attaquer. La voiture s'élança dans la nuit noire de Douala, laissant derrière elle le chaos. Dans l'habitacle feutré, le silence régna pendant de longues minutes. Oxane regardait défiler les lumières de la ville, le cœur battant à tout rompre. Elle venait de tout quitter. Sa famille, sa réputation, son "devoir". Elle tourna la tête vers Ngaba. Il conduisait avec une main, détendu, comme s'il allait juste acheter du pain. — Qui es-tu vraiment, Ngaba ? demanda-t-elle doucement. L'homme qui lavait les voitures... c'était un mensonge ? Ngaba garda les yeux sur la route. — Non. L'homme qui souffrait était réel. Mais celui qui subissait est mort ce soir. — Où m'emmènes-tu ? — Là où ils ne pourront pas t'atteindre. — Et mon père ? Les Koffi vont se venger sur lui. — Ton père ? Ngaba appuya sur un bouton du tableau de bord. La voix de Silas résonna dans les haut-parleurs. « Monsieur, le transfert est confirmé. La société du père de Mademoiselle Oxane a été rachetée par une holding écran à Singapour. Ses dettes sont effacées. En échange, il a signé une clause de non-agression et a accepté de se retirer à la campagne. Il est en sécurité. » Oxane écarquilla les yeux. — Tu... tu as sauvé mon père ? Mais pourquoi ? Tu ne me dois rien. Je ne t'ai jamais aidé, j'ai juste... Ngaba freina doucement alors qu'ils arrivaient devant le plus luxueux penthouse de la ville, au sommet de la tour Immeuble de la Liberté. Il se tourna vers elle, retirant ses lunettes de soleil. Ses yeux sombres plongèrent dans les siens avec une intensité qui la fit frissonner. — Dans un monde de monstres, Oxane, un simple regard de compassion vaut plus que tout l'or de ma banque. Tu étais la seule lumière dans cet enfer. Maintenant, c'est à moi de t'éclairer. Il sortit de la voiture et vint lui ouvrir. — Bienvenue chez toi, Oxane. Mais je te préviens... une fois que tu franchis cette porte, il n'y a pas de retour en arrière. Tu entres dans mon monde. Et mon monde est en guerre. Oxane regarda la main tendue, puis le gratte-ciel qui perçait les nuages. Elle prit une profonde inspiration. — Je suis prête, dit-elle.L’ascenseur privé, tout de verre et de chrome, glissait silencieusement vers le 30e étage. Oxane, les mains jointes, regardait la ville de Douala s'éloigner sous ses pieds. Les lumières de la cité semblaient soudain être des braises prêtes à s'éteindre.— C’est... le penthouse de la Tour de la Liberté ? murmura-t-elle. On dit que le propriétaire a racheté les trois derniers étages pour en faire une seule résidence. Personne ne sait qui il est.— C'était vrai jusqu'à hier, répondit Ngaba. Aujourd'hui, tu es chez toi.Les portes s'ouvrirent sur un espace qui défiait l'imagination. Un salon immense avec une hauteur sous plafond de six mètres, des murs entiers en cristal offrant une vue à 360 degrés sur l'océan et la ville. Le mobilier était un mélange de design italien minimaliste et d'art africain ancestral de valeur inestimable.Au centre du salon, une piscine à débordement semblait se jeter directement dans le vide.— Pourquoi moi, Ngaba ? demanda Oxane en s'avançant vers la bai
Le temps semblait suspendu dans le jardin de la villa Koffi. Le clapotis de l'eau dans la piscine, où la Rolls-Royce gisait comme un cétacé échoué, était le seul bruit audible.Tous les regards étaient rivés sur la main tendue de Ngaba et sur Oxane.Marcus, trempé par les éclaboussures, le visage déformé par la haine, hurla :— Ne le touche pas, Oxane ! C’est un serviteur ! Un voleur ! Si tu prends sa main, le mariage est annulé ! Ton père sera ruiné avant l'aube !Oxane tourna la tête vers Marcus. Elle vit la peur dans ses yeux, cette peur médiocre des hommes qui n'ont jamais eu à se battre pour quoi que ce soit. Puis elle regarda Ngaba. Derrière les lunettes de soleil qu'il avait remises, elle ne voyait pas seulement la puissance ou l'argent. Elle voyait la promesse d'une tempête qui emporterait tout sur son passage.— Mon père est déjà ruiné, Marcus, dit-elle d'une voix qui tremblait à peine. Et je préfère la ruine à une vie avec toi.Elle posa sa main fine et pâle dans la pa
L’eau chaude ruisselait sur les muscles saillants de Ngaba, emportant la crasse, l’huile de moteur et les souvenirs de l’humiliation. Dans la salle de bain en marbre de la Suite Royale de l’Hôtel Sawa, il ne se lavait pas simplement ; il renaissait.Lorsqu’il sortit, une serviette autour de la taille, l’équipe que Silas avait convoquée l’attendait dans le salon panoramique. Un tailleur italien, un barbier de renom et un styliste.Ngaba se regarda dans le miroir en pied. Pour la première fois de sa vie, il vit autre chose qu'un orphelin affamé. Il vit un guerrier. Ses épaules étaient larges, son torse sculpté par l'effort, son regard impénétrable.— Monsieur, dit le tailleur avec un accent chantant, s'inclinant respectueusement. Nous avons préparé le smoking en laine froide Midnight Blue de chez Brioni. Coupe cintrée. Il mettra en valeur votre... stature athlétique.Ngaba se laissa habiller sans dire un mot. La chemise en soie blanche glissa sur sa peau. Le pantalon tomba parfaitement.
L’intérieur de la limousine était un sanctuaire de silence et de fraîcheur, un contraste violent avec la chaleur étouffante et le bruit de la rue. Ngaba s'assit sur le cuir beige, ses vêtements trempés tachant le siège immaculé. Il n'osait pas bouger, de peur de salir ce luxe qui lui semblait irréel.L'homme en costume s'installa en face de lui et lui tendit une serviette chaude parfumée à l'eucalyptus.— Je me nomme Silas, Monsieur Ngaba. Je suis l'intendant principal de votre famille. Veuillez m'excuser pour cette entrée en matière dramatique, mais le protocole de la Dynastie d'Ébène est strict : l'héritier doit avoir touché le fond pour comprendre la valeur du sommet.Ngaba s'essuya le visage, retirant la boue projetée par la voiture de Marcus. Ses traits se durcirent.— Ma mère, Silas. Emmenez-moi à la clinique. Maintenant.— C'est déjà en route, Monsieur. Mais nous devons d'abord régler un... détail administratif.Silas tapa sur une tablette et la tendit à Ngaba. L'écran af
La chaleur moite de Douala écrasait le quartier résidentiel de Bonapriso, mais dans la cour pavée de la villa des Koffi, le froid venait du regard des maîtres.Ngaba était à genoux, les mains plongées dans une bassine d'eau savonneuse. Ses muscles puissants, forgés par des années de lutte traditionnelle dans la boue des villages, saillaient sous son t-shirt élimé. Il frottait les jantes de la Rolls-Royce Ghost de Marcus Koffi avec une précision chirurgicale. Chaque mouvement était une insulte à sa propre dignité, mais il n'avait pas le choix.— Plus vite, espèce de chien ! rugit une voix traînante derrière lui.Ngaba ne leva pas les yeux. Il reconnut l'odeur du parfum hors de prix — Oud Wood de Tom Ford. C’était Marcus. L'héritier des entreprises Koffi, un homme dont la seule réussite était d'être né avec une cuillère d'argent dans la bouche.Marcus projeta son pied verni contre la hanche de Ngaba. Le choc fut brutal, mais le colosse ne vacilla pas. Il resta immobile, le dos cour