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CHAPITRE 32— LE RETOUR DE MARC

Auteur: Dledition
last update Date de publication: 2026-09-20 08:00:40

Ève

Le dîner a duré trois heures. Trois heures de conversations à double sens, de regards qui s'évitent, de silences qui pèsent. Trois heures pendant lesquelles j'ai dû me rappeler, à chaque seconde, que je suis Ève, que je ne suis pas Amélie, que je ne dois rien laisser paraître. Trois heures pendant lesquelles j'ai senti Gabriel s'ouvrir, se livrer, se dévoiler, comme il ne l'a jamais fait avec moi quand j'étais sa femme. Trois heures pendant lesquelles j'ai découvert un
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  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 62— L'ORAGE

    Ève L'orage arrive vers minuit, comme il arrive toujours : d'abord un vent qui se lève, puis cette lumière jaune malade sur la ville, puis le premier éclair, et mon corps, avant ma tête, toujours avant ma tête, se met en état d'alerte. Trois ans de formation. Karl, Vera, la salle du sous-sol, les armes, les bilans, les langues. Et un orage d'été sur Montréal me réduit toujours à une femme enceinte dans une voiture, une main sur le ventre, deux phares qui montent de la nuit. Léo dort chez Claudette, le protocole, toujours le protocole. Je suis seule dans le penthouse, trente-deux étages au-dessus de la foudre, et je fais ce que je fais chaque fois : je ferme les rideaux, j'allume toutes les lampes, je m'installe dans le fauteuil le plus éloigné des baies vitrées, et j'attends que ça passe en comptant entre les éclairs et les tonnerres, comme une enfant. Un. Deux. Trois. Le tonnerre. Huit kilomètres. Il se rap

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  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 60 — LA PREMIÈRE NUIT (FLASH-BACK)

    GabrielCette nuit-là, je ne dors pas, et l'insomnie me ramène là où je n'ai jamais voulu retourner. Six ans en arrière. L'hôtel particulier. La suite nuptiale. La nuit que j'ai passé trois ans à nier et trois autres à regretter.On avait dit « mariage arrangé », et c'était vrai sur le papier. Mais le papier ne raconte pas tout : le papier ne raconte pas que, la première fois que je l'ai vue, le jour des fiançailles, dans le salon, en robe grise, avec cette façon de me regarder droit dans les yeux alors que toutes les filles de mon monde baissaient les leurs par stratégie, quelque chose en moi s'est arrêté de fonctionner pendant une seconde. Le papier ne raconte pas que j'avais vingt-six ans et que je ne savais rien faire de ce que je ressentais, que ma mère m'avait appris à tout contenir et Sabrina à tout méfier, et que j'étais un homme qui tombait amoureux sans posséder le vocabulaire pour le dire.La nuit de noces, elle est restée longtemps da

  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 59 — LA PREUVE ACCABLANTE

    GabrielLe détective m'a remis l'enveloppe un jeudi matin, à huit heures, dans mon bureau encore désert. Pas de commentaire. Pas de mise en garde. Juste : « Écoutez ça seul, monsieur Tremblay. Et asseyez-vous d'abord. »J'attends qu'il soit parti. Je verrouille la porte. Je pose le téléphone sur le bureau comme on pose un explosif, et pendant un long moment, je ne fais rien. Je regarde le fleuve. Parce que je sais, depuis la nuit chez ma mère, depuis le dossier, depuis les yeux de l'enfant, que ce téléphone contient la dernière porte, et que de l'autre côté de la porte, il n'y a plus de retour possible vers la vie que j'ai menée.J'appuie.D'abord, des bruits de fond. Un restaurant, peut-être. Des verres. Et puis sa voix. Sabrina. Je la reconnaîtrais entre mille, vingt ans qu'elle me parle à l'oreille, et pourtant je ne la reconnais pas, parce que la voix de l'enregistrement n'a ni le miel ni la douceur. C'est une voix de travail. Une vo

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    Gabriel Je ne rentre pas chez moi. Je vais au bureau, parce que c'est le seul endroit où je sais qui je suis, enfin, où je savais, et je passe la nuit là-haut, trente-quatrième étage, au-dessus d'une ville qui ne sait rien, avec une bouteille que je n'ouvre pas. Pas d'alcool. Pas ce soir. Ce soir je veux tout sentir. Le dossier est sur mon bureau. Le dossier d'Ève, celui que j'ai posé chez elle et dont elle m'a renvoyé une copie, avec une note, un seul mot de son écriture : Lis. Je lis. Je relis. Chaque page est un coup, et je ne pare plus. Les douze documents que j'ai signés sans les lire, que Marc a fait circuler. Les transferts Caïmans. Le rapport de mon premier détective, celui d'avant le mariage annulé, je le ressors du coffre, et je le relis, et cette fois je comprends ce que je n'avais pas voulu comprendre : il disait tout. Il y avait tout. J'ai lu un rapport qui condamnait Sabrina, et j'ai annulé le mariage sans l'

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