LOGINPoint de vue de Nadia
« Où suis-je ? » me demandai-je en regardant autour de moi, pour ne voir que mon corps brisé sur les rochers, inanimé.
Mon cœur battait la chamade tandis que les souvenirs de ce qui s'était passé me revenaient en mémoire. Les mains de Lucien autour de mon cou. Le couteau. Ma langue. La chute.
« Nooooooooooo ! » hurlai-je. Mais aucun son ne sortit. J'étais morte. J'étais vraiment morte.
Je m'éloignai de la cascade, mes pas fantomatiques ne faisant aucun bruit sur la pierre. Je me retrouvai au sommet de la falaise. Comment étais-je arrivée là ? J'essayais encore de comprendre quand je les vis.
Malia et Lucien s'embrassaient.
Mon cœur se brisa à nouveau.
« Enfin, elle est morte. » Malia mit fin au baiser et caressa tendrement le visage de Lucien. Ses yeux argentés brillaient de triomphe.
« La Déesse Lune est assurément de notre côté », dit Lucien d'une voix calme et froide. « Nous n'avons plus besoin de nous cacher. »
Un frisson me parcourut l'échine. Quoi ? Il n'était pas sous emprise ? Il n'était pas drogué ?
« L'aimais-tu seulement ? » demanda Malia avec un sourire narquois, en faisant glisser son doigt sur son torse.
Lucien fronça le nez avec dégoût, comme si elle parlait de saleté.
« Jamais de la vie », cracha-t-il. « J'ai été forcé d'être avec elle. Tu sais que tu es la seule que je désire vraiment. » Il l'enlaça par la taille et la serra contre lui. « Elle n'était qu'un moyen d'arriver à mes fins. L'argent de sa mère. La mafia de son père. Tout cela allait être à moi. »
Malia laissa échapper un rire cruel et cristallin. « Et elle croyait que tu l'aimais. Pathétique. »
« Pathétique », approuva Lucien. « Elle était si facile à duper. Un seul baiser et elle croyait tout ce que je disais. Elle était faible. Si faible. »
Mes jambes se dérobèrent sous moi. Je m'effondrai au sol, mes mains fantomatiques crispées sur ma poitrine. Mais je ne sentais plus rien. Je n'étais plus que de l'air. Plus que de la douleur.
« Il ne reste plus que le vieil homme malade », dit Malia d'une voix chuchotée. « Et bientôt, cette meute sera à nous. »
Lucien eut un sourire narquois. « Son père est facile. Il est déjà sous ton emprise. Un dernier effort et il disparaîtra lui aussi. Alors, tout nous appartiendra. »
Mes mains devinrent moites. Je me mordis la lèvre inférieure si fort que j'en sentis le goût du sang. Mais j'étais morte. Je ne ressentais plus la douleur. Je ne ressentais que de la rage.
Malia parlait évidemment de mon père. Ils comptaient se débarrasser de lui aussi.
Et puis, tout s'éclaira. Le comportement étrange de Malia avec mon père. Son sourire systématique dès que Lucien entrait dans une pièce. Ces regards furtifs qu'ils échangeaient, que je croyais insignifiants. Comment ai-je pu être aussi aveugle ?
« Mon Dieu », murmurai-je. « Comment ai-je pu être aussi stupide ? »
Je les regardai s'embrasser à nouveau sous la lune, leurs corps pressés l'un contre l'autre comme s'ils étaient faits l'un pour l'autre. Comme si je n'avais jamais existé.
Les larmes me piquèrent les yeux. Avant même que je m'en rende compte, elles coulèrent, glissant entre mes doigts fantomatiques et disparaissant dans la terre.
Je voulais hurler. Je voulais leur arracher les yeux. Je voulais leur faire ressentir la douleur que je ressentais. Mais je n'étais rien. Juste un fantôme. Juste un souvenir.
Je les regardai quitter la falaise, son bras autour de sa taille, sa tête posée sur son épaule. Ils semblaient heureux. Ils semblaient amoureux.
Mes mains se serrèrent en poings. La rage et la douleur me brûlaient les veines, simultanément. Je voulais me venger. Je voulais effacer ces sourires heureux de leurs visages.
« Si seulement je pouvais revenir », murmurai-je en fermant les yeux très fort. Les larmes coulaient sans cesse. « Une chance de leur faire payer. »
J'aurais dû être plus prudente. J'aurais dû voir les signes. J'aurais dû écouter mon instinct plutôt que mon cœur.
Un vent violent surgit de nulle part. Il soufflait si fort autour de moi que je me sentis soulevée dans les airs. Mon corps fantomatique était tiré, étiré, déformé. J'avais l'impression d'être déchirée et reconstituée simultanément.
Je supposai qu'il était temps pour moi de retourner au royaume des morts. Mais alors, quelque chose d'étrange se produisit. Une lumière apparut dans les ténèbres. Une lumière chaude et dorée qui pulsait comme un battement de cœur.
« Viens », murmura une voix. Elle était douce et apaisante. « C’est le moment. »
Le vent m’attira vers la lumière. Je me sentis aspirée par elle, mon âme s’étirant et se remodelant. J’avais l’impression de renaître.
Et puis, tout devint noir.
Quand j’ouvris les yeux, je me retrouvai dans une pièce inconnue. Elle était immense, trois fois plus grande que ma chambre. Le plafond était haut, les murs tapissés d’un papier peint précieux, et le lit sur lequel j’étais allongée était moelleux et luxueux.
Mon cœur rata un battement. J’essayai de me redresser et remarquai que la fenêtre était ouverte. Une lumière vive et aveuglante m’aveugla. Je détournai le regard et vis des photos aux murs. Les photos d’une jeune fille inconnue. Elle avait les cheveux blancs et les yeux rouges. Elle était belle, avec un visage doux et innocent.
Il était donc évident qu’elle était la propriétaire des lieux. Alors pourquoi étais-je là ?
N’étais-je pas morte ? Ou était-ce le paradis ?
Je me suis pincée et j'ai senti une douleur vive. J'étais vivante. Je pouvais sentir. J'étais réelle.
Mon cœur s'est mis à battre la chamade, surtout quand j'ai entendu des pas et des voix résonner dans le couloir. J'ai réalisé qu'il faisait déjà jour. Combien de temps avais-je dormi ? Tant de questions sans réponse se bousculaient dans ma tête.
Soudain, la porte s'est ouverte brusquement et une belle femme d'âge mûr s'est précipitée à l'intérieur.
« Par la déesse Lune ! » s'est-elle écriée en me serrant fort dans ses bras. J'avais du mal à respirer, les yeux exorbités.
« Oh Valérie ! Tu nous as fait tellement peur ! » a-t-elle crié, me serrant toujours fort. Son corps était secoué de sanglots.
Valérie ? M'a-t-elle vraiment appelée Valérie ? Qui était-ce ?
À ce moment-là, un homme blond est entré dans la pièce, un sourire aux lèvres.
« Enfin quelqu'un de réveillé ! » lança-t-il d'un ton moqueur, avant de froncer les sourcils. « Je n'arrive toujours pas à croire que tu aies tenté de te suicider. »
J'étais complètement déboussolée. Qui étaient ces gens ? Et je n'avais pas tenté de me suicider. J'avais été tuée par mon fiancé, mon compagnon, après qu'il m'eut rejetée.
J'essayai de parler, mais aucun son ne sortit.
« Maman, tu l'étouffes ! » s'exclama le blond.
La femme me lâcha aussitôt et je toussai, respirant enfin l'air frais qui m'avait été refusé. Elle se leva pour me verser un verre d'eau.
Le blond s'approcha et se pencha pour me regarder dans les yeux. Je reculai brusquement, surprise.
« Gaius, éloigne-toi d'elle ! Ce n'est pas le moment pour tes blagues ! » cria sa mère. Il ricana, se redressa et croisa les bras.
« Je ne te fais pas de blague, maman », dit-il. « Elle a juste l'air différente, bizarre. »
« Mais dis-moi », demanda Gaius en se tournant vers moi, « tu t'es vraiment jetée de cette falaise pour éviter d'épouser le Roi Alpha Noah ? »
Un frisson me parcourut l'échine. Avait-il vraiment dit le Roi Alpha Noah ? Le même tyran lycan que tout le monde craignait ? Celui qui avait un jumeau ?
Mais c'est impossible. Ils sont à des kilomètres et des territoires de ma meute. Loups-garous et lycans ne font pas bon ménage. Qu'est-ce que je ferais si près d'eux ? Et de quoi s'agissait-il avec ce mariage ?
Du coin de l'œil, j'aperçus un miroir à l'autre bout de la pièce. Je me tournai vers lui et vis une inconnue me fixer. Je me figeai. J'essayai de parler à nouveau, ma bouche bougeant, mais Gaius se contenta de me dévisager, les lèvres entrouvertes de stupeur.
« Maman, viens ici ! » cria presque Gaius. La femme accourut.
Je me raclai la gorge et tentai une nouvelle fois, mais aucun son ne sortit.
La femme poussa un cri strident. La cruche lui échappa des mains et se brisa au sol. Gaius devint livide.
« Tu as perdu ta voix. »
Point de vue de NadiaLa vallée était silencieuse.Trois jours s'étaient écoulés depuis la bataille. Trois jours à soigner les blessures, à enterrer les morts et à tenter d'oublier les cris. La source chaude bouillonnait encore. Les arbres dorés luisaient toujours. Mais la vallée semblait différente maintenant. Plus petite. Plus lourde. Comme si elle retenait son souffle.Aujourd'hui, nous avons enterré mon père.Le corps d'Elias avait été lavé et enveloppé dans du linceul blanc, selon la coutume de l'Aube-de-Feu. Ses mains étaient croisées sur sa poitrine. Il paraissait paisible. Plus jeune qu'il ne l'avait été depuis des années.Nous l'avons enterré au cœur de la Source Cachée. L'endroit qu'il avait le plus aimé. L'endroit où il m'avait tenue dans ses bras pour la première fois après ma renaissance. L'endroit où il m'avait appris à chanter.Je me tenais au pied de la tombe, Lyra dans les bras.Noah se tenait à ma gauche, la main sur mon épaule. Neal se tenait à ma droite, la main su
Point de vue de NadiaMaya était à genoux.Sa magie noire avait disparu. Ses âmes volées avaient disparu. Ses malédictions, ses tentacules, des siècles de pouvoir accumulé, tout s'était brisé sous ma lumière. Elle était vide. Creuse. Juste une femme en robe déchirée, ses cheveux blonds emmêlés de terre, ses yeux bleus écarquillés de peur.Mais elle était encore en vie. Elle respirait encore. Elle était encore dangereuse.« Tue-moi », murmura-t-elle. « Finis-en. »Je me tenais au-dessus d'elle, la lumière argentée flamboyant toujours sur mes bras, ma voix vibrant encore dans ma gorge. Noah et Neal étaient derrière moi, leurs mains sur mes épaules, leur force circulant à travers le lien. La triade ne faisait qu'un. La triade était forte.Mais je ne levai pas la main. Je ne chantai pas.« Pourquoi attends-tu ? » demanda Maya. Sa voix se brisa. « Tu as gagné. Finis-en. » « Parce que te tuer ne suffit pas », dis-je.« Alors, que veux-tu ? Des excuses ? Une explication ? J'ai fait ce que j
Point de vue de NadiaLe corps d'Elias était encore chaud.Je me suis agenouillée près de lui, sa main dans la mienne, son sang s'infiltrant dans le sol. Le monde s'agitait autour de moi : des guerriers hurlaient, des blessés gémissaient, le bruit lointain de la retraite de l'armée du Conseil résonnait, mais je n'entendais rien. Il n'y avait que mon père. Son visage inexpressif. Ses yeux clos. La plaie béante à sa poitrine, là où le feu vert avait brûlé.Il était parti.L'homme qui m'avait tenue dans ses bras à ma renaissance. Qui m'avait enseigné l'histoire de l'Aube de Feu. Qui avait combattu à mes côtés contre Maya. Qui m'avait trahie, oui. Qui avait menti, s'était caché, avait fui. Mais aussi qui était revenu. Qui s'était agenouillé devant moi et m'avait suppliée de lui donner une chance de réparer ses erreurs. Qui s'était interposé entre le feu de Maya et les tentes de guérison. Entre le feu de Maya et ma fille.« Il est parti », ai-je murmuré.Eleanor s'est agenouillée près de m
Point de vue de NadiaLe monde s'arrêta.Pas littéralement. La bataille faisait toujours rage. Les guerriers continuaient de se battre et de mourir. Le ciel était encore rouge de l'aube et du sang. Mais pour moi, tout s'était figé. Le feu vert s'éteignit. Les cris s'éteignirent. Le choc des épées s'éteignit.Il ne restait qu'Elias. À terre. En sang.Je le sentis à travers le lien du sang. Une déchirure. Un déchirement. Un froid glacial qui se répandait dans ma poitrine. Mon père était en train de mourir.« Non », murmurai-je.Je courus.Mes jambes étaient faibles. Mon corps se remettait encore de l'accouchement. Mais je courus. En bas de la colline, à travers le camp, devant les tentes de soins. Lyra rebondissait contre ma poitrine dans l'écharpe de portage, les yeux grands ouverts, ses petits poings serrés.« Nadia, arrête ! » cria Eleanor derrière moi.Je ne m'arrêtai pas. J'ai rejoint Elias juste au moment où l'assassin levait sa lame pour porter un nouveau coup. Un agent du Conse
Point de vue de NadiaL'aube s'abattit comme un coup de poing.Un instant, le ciel était gris, doux, paisible. L'instant d'après, l'horizon explosa de lumière et de feu, accompagné du grondement de milliers de pieds. L'armée du Conseil chargea.Cette fois, aucune subtilité. Aucun stratagème. Aucun piège. Ils déchaînèrent tout sur la vallée. Des vampires en armure noire, les yeux rouges luisants. Des métamorphes sous forme de loups, le pelage hérissé, les crocs apparents. Une cavalerie féerique sur des chevaux se mouvant comme des ombres. De sombres sorcières en robes grises, les mains crépitant d'un feu vert.Ils déferlèrent sur la crête comme un torrent. Comme une vague. Comme la fin du monde.Je me tenais sur une butte à la lisière du camp. Lyra était en écharpe contre ma poitrine, son petit corps pressé contre le mien, ses cheveux blancs brillant dans la lumière du matin. Elle était éveillée. Ses étranges yeux étaient ouverts, observant la bataille, observant le chaos. Elle ne pleu
Point de vue de NadiaLe soleil se coucha sur la vallée comme une plaie.Le rouge et l'or se répandirent sur le ciel, colorant les nuages et teintant la neige des montagnes de rose. C'était beau. C'était terrible. On aurait dit que le monde saignait.La résistance passa la nuit à se préparer.Les armes furent affûtées. Le bruit du métal résonna dans le camp. Épées, haches, dagues, lances, chaque lame fut testée, chaque tranchant rendu mortel.Les protections furent renforcées. Elias parcourut le périmètre de la vallée, ses mains auréolées d'une lumière argentée, consolidant les barrières qui nous protégeaient. La vieille magie de l'Aube vibrait sous son toucher, vive et féroce, mais même moi, je voyais bien qu'elle s'affaiblissait. Trop d'attaques. Trop d'efforts. Les protections ne tiendraient pas éternellement.Les guerriers firent leurs adieux à leurs proches. Des mots murmurés. Des caresses douces. Des promesses de retour. Des promesses qui sonnaient comme des mensonges.Dans la
Point de vue de Nadia.Tout cela n'était qu'un rêve, ça ne pouvait être qu'un rêve. La femme d'âge mûr pâlit tandis que je tremblais, assise sur le lit.« Ça a dû être la chute. Récemment, tu t'es jetée du haut de la falaise parce que tu ne voulais pas épouser le roi Alpha Noah », commença Gaius. J
QUE SE PASSE-T-IL ?Point de vue de Nadia.Moins d'un mois après la mort de ma mère, papa s'est déjà remarié avec une héritière, assez âgée pour être sa fille. Et maintenant, à la veille de mon mariage, j'assistais, horrifiée, à la scène où mon fiancé la pénétrait brutalement.« L-Lucien… » balbuti
Point de vue de NadiaLe monde s'arrêta de tourner. Je ne sentais plus que la pression froide et brutale des lèvres de Neal sur les miennes. Ce n'était pas un baiser. C'était une appropriation, une marque. Mon esprit se vida, blanc et vide comme de la neige fraîche. J'étais paralysée. Je ne pouvais
Point de vue de Nadia.« Un mariage devrait être une source de joie, mais le mien était un mariage de vengeance », pensai-je en ajustant ma robe de mariée pour la centième fois, le cœur battant la chamade.Je n'arrivais pas à croire que j'allais me remarier, avec la redoutable bête lycanthrope ! J'







