LOGINLa table est dressée, comme toujours, avec cette précision qui trahit la main de Clara — même si elle n’habite plus là, Adrian garde ses habitudes de chef de meute : assiettes alignées, couverts brillants, une bouteille de vin rouge débouchée qui laisse flotter un parfum lourd dans l’air. La viande encore fumante est au centre, accompagnée de légumes grillés. Tout respire l’abondance, la force, le contrôle.Noah, lui, reste assis sur sa chaise, les bras croisés, le regard figé dans le vide. La lumière des suspensions accroche les mèches de ses cheveux, met en relief ses cernes, son teint blême. Devant lui, son assiette est intacte. Il n’y a même pas posé sa fourchette. Son ventre gargouille faiblement, mais il l’ignore. Sa gorge est nouée, chaque respiration est lourde, et son cœur bat avec un rythme haché qui traduit l’orage qui couve en lui.Adrian arrive enfin. Sa démarche est lente, calculée, comme toujours. Il se glisse dans la pièce avec cette aura de puissance tranquille qui re
— Ne… ne te bats pas avec Marcus. S’il te plaît. Pas ce duel. Pas comme ça. Il est blessé. Il est… il n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il s’est relevé. S’il se bat, tu le tueras.Adrian pose le dossier sur la table, ses doigts effleurent le papier sans empressement. Un sourire presque imperceptible effleure ses lèvres, mais ses yeux restent fermes, durs.— Tu veux que je recule parce que ton ancien compagnon est faible ? C’est ça ? demande-t-il, et il y a une pointe d’amusement cruel dans sa voix.Noah serre les poings, ses ongles s’enfoncent dans ses paumes. Ses yeux brillent d’une détermination désespérée qu’il n’aurait pas cru possible en lui il y a quelques jours.— Ce n’est pas ce que je dis, je… je dis que ça ne sert à rien. Marcus n’est pas dans son état normal. Il a déjà été blessé. Tu cherches la victoire totale et ça… ça n’effacera rien. Si tu le tues, Adrian, tu ne me l’enlèves pas pour me rendre service. Tu m’arraches ce qui reste de moi.Adrian s’approche d’un
Il ne répond pas. La porte claque violemment, coupant court à tout échange. L’air de la nuit, glacé, le frappe de plein fouet. Il respire enfin. Ses jambes s’élancent toutes seules, guidées par une seule idée : rejoindre Marcus. Le voir. Le confronter. Lui faire entendre raison.Le chemin est sombre, mais il le connaît par cœur. Combien de fois l’a-t-il parcouru, main dans la main avec Marcus, rentrant de soirées, de balades, de simples courses ? Les souvenirs affluent à mesure qu’il avance, serrant sa gorge comme des chaînes invisibles. Ses yeux se brouillent de larmes, mais il continue. Il court presque, ses semelles claquant contre le sol humide.Quand il arrive enfin devant la maison qu’il a quittée, son souffle est haletant, son corps trempé de sueur. Tout semble identique : les volets fermés, la lumière discrète qui filtre par le salon, l’odeur familière qui flotte dans l’air. Pourtant, tout est différent. Car désormais, il n’y vit plus.Ses poings frappent la porte avec une urg
Les mots tombent comme des pierres. Clara chancelle, ses jambes fléchissent, mais elle reste figée, incapable de quitter la pièce.Noah, mal à l’aise, pose une main douce sur son ventre, puis murmure :— Il vaut mieux qu’on s’en aille, Adrian. Je ne veux pas aggraver les choses.Adrian hoche la tête, mais avant qu’ils n’aient le temps de quitter la maison, la porte s’ouvre brusquement.Marcus apparaît.Son regard, sombre, balaye la scène en une fraction de seconde. Il voit Clara, effondrée, il voit Adrian, raide, et surtout… il voit Noah, debout à ses côtés, une main protectrice posée sur son ventre.Un silence de plomb s’abat. Marcus s’avance lentement, chaque pas résonnant comme une menace. Ses phéromones d’alpha se répandent dans la pièce, lourdes, étouffantes. Clara se tasse immédiatement, écrasée par l’autorité naturelle du chef de meute.Ses yeux se fixent sur Noah.— Rentre, ordonne-t-il d’une voix basse, maîtrisée mais vibrante de colère. Noah, viens avec moi.Noah sent ses ja
La question tombe, glaciale. Noah détourne le regard, ses mains serrées sur le drap qui lui couvre les genoux. Il secoue doucement la tête.— Non. Il ne sait rien… J’ai quitté la maison avant qu’il ne rentre.Ses mots tremblent, mais sa résolution est claire. Il n’a pas pu affronter Marcus. Pas pu lui dire qu’il portait l’enfant d’un autre, encore moins celui d’Adrian.Adrian esquisse un sourire satisfait, un éclat dangereux dans les yeux.— Bien. C’est mieux ainsi. Il n’a pas besoin de savoir. Pas encore.Noah le regarde, choqué.— Pas besoin de savoir ? Adrian, c’est Marcus… il croit en nous, il…— Il t’aime, oui, le coupe Adrian, mais il ne peut pas t’aimer comme moi je le fais. Il ne peut pas te donner ce que je t’offre. La preuve est là, dans ton ventre. Tu es à moi, Noah. Plus rien ne nous séparera.Noah secoue la tête, ses larmes montant malgré lui.— Arrête de dire ça… Je n’ai jamais voulu que ça arrive. C’est une erreur…Mais Adrian ne cède pas. Il avance, lentement, son rega
Il ne peut pas regarder Marcus droit dans les yeux chaque jour en sachant que le petit être qui grandira dans son ventre n’est pas de lui.Arrivé au bout de l’allée, Noah s’arrête une seconde. Il tourne la tête, contemple la silhouette familière de la maison. Sa maison. Son refuge. Et il comprend que ce soir, il abandonne tout. Pas seulement Marcus. Pas seulement leur vie commune. Mais une part de lui-même.Il souffle un dernier « Je t’aime » au vent, comme une confession qui ne trouvera jamais d’oreilles. Puis il reprend sa marche.Le sac est léger, mais son cœur est lourd. Chaque pas le rapproche d’un avenir incertain. Il ne sait pas où aller. Pas encore. Mais il sait qu’il doit disparaître avant que Marcus ne rentre, avant que la vérité n’éclate dans ses yeux.Il ne veut pas voir ce regard-là. Pas voir Marcus le haïr.Alors il marche, seul, dans la nuit, portant son fardeau invisible.Un secret grandit déjà en lui. Et c’est ce secret qui le pousse à partir.La chambre d’hôtel est é







