Mag-log inUn samedi matin.
Tristan était assis dans la cuisine avec Alice. Ses céréales flottaient dans le lait tiède devant lui, et ses yeux, encore à moitié fermés par le sommeil, avaient cette opacité propre à ceux qui ne sont pas encore tout à fait revenus du pays des rêves. La lumière du matin, rasante et crue, traversait la vitre sans parvenir à réchauffer l'atmosphère de la pièce.
Ce fut une réunion parents-profs.Un mercredi soir, salle de classe numéro sept de l'école primaire d'Aureval, avec ses petites chaises trop basses pour les adultes et ses murs couverts de dessins d'élèves et cette odeur particulière des salles de classe qui n'appartient à aucun autre endroit.Ils arrivèrent séparément.Bruno d'abord — il venait directement de son cabinet d'études, avec sa chemise de travail et son sac à l'épaule, cette façon d'entrer dans les espaces avec cette économie de gestes qui était la sienne.Alice deux minutes apr
Le restaurant s'appelait Le Cèdre.Pas un endroit remarquable — une adresse de quartier dans la partie commerçante d'Aureval, avec ses tables en bois sans nappe, son ardoise sur le mur et sa cuisine libanaise qui n'avait rien à prouver parce qu'elle était bonne depuis assez longtemps pour ne plus avoir besoin d'en faire la démonstration.Bruno et Mariette y venaient depuis trois ans.Pas souvent — une fois par mois peut-être, parfois moins, avec cette régularité irrégulière qui avait toujours caractérisé leur façon d'être ensemble, ces rendez-vous qui n'avaient jamais été inscrits dans un agenda mais
Le panier en osier claqua contre la hanche d’Alice au rythme de leurs pas sur la piste durcie par la petite saison sèche. Août s'installait sur Aureval, étirant une lumière blanche, presque fraîche, qui dépouillait parfois le ciel de sa lourdeur humide et ralentissait les rumeurs de la ville sous un léger vent persistant.Pour Alice et Tristan, ce trajet vers le marché central était une géographie familière. Ils s'y pliaient ensemble depuis l’époque où le gauche tenait à peine sur ses jambes sans les secousses de la poussette. Au fil des ans, la promenade s'était muée en un rituel immuable, dicté par une règle non écrite que Tristan avait instaurée un matin de ses six ans : changer l'ordre des étals portait malheur aux légumes. Alice s'était soumise
Alice était dans son bureau chez Pragma quand son téléphone sonna.Maître Osseni.Elle décrocha avec ce mélange d'appréhension et de résignation qu'elle avait maintenant pour tous les appels de numéros inconnus ou professionnels — cette façon d'attendre la mauvaise nouvelle avant d'avoir entendu la première phrase.— Madame Konan. Je vous appelle pour vous informer d'une évolution concernant le dossier.— Je vous écoute.— Monsieur De Souza a repris conscience. Les médecins à Paris parlent d'un réveil progressif depuis quelques semaines. Son état reste surveillé mais le pronostic est nettement plus favorable qu'il y a deux sem
Le premier lundi matin arriva avec la régularité aveugle des choses ordinaires. Alice se réveilla à cinq heures, bien avant que les premiers rayons du soleil ne parviennent à percer la chape de nuages gris qui pesait sur Aureval en ce début d'août. Pendant quelques secondes, suspendue dans le flou du réveil, elle prolongea l'illusion des dix dernières années. Elle s'attendit à entendre le froissement des draps à sa gauche, le soupir lourd de Bruno qui s'étirait, ou le bruit familier de ses pas nus sur le ciment lisse de la chambre en direction de la douche.Puis la réalité s'abattit d'un coup, froide et massive. Le côté gauche du lit était parfaitement fait, le drap tendu, sans un pli, comme la veille au soir. Bruno n'était pas là. Il ne reviendrait pas ce soir, ni le lendemain.
Bruno partit un samedi matin, alors que la brume tiède de juillet s'elevait à peine des pistes défoncées d’Aureval. Il ne partit pas avec de grands cartons, ni avec le fracas de ceux qui veulent laisser une trace visible de leur absence. Il prit le strict minimum, fidèle à cette discipline personnelle qui avait toujours contrasté avec la densité de sa présence dans la maison. Quelques vêtements légers pliés à la hâte, ses outils de bureau, ses manuels techniques d’ingénieur dont les tranches étaient usées par les chantiers, et la petite photo de Tristan qui trônait depuis des années sur sa table de chevet. Rien d’autre.Tristan était là. Ils lui avaient dit le jeudi soir précédent, ensemble, assis tous les trois dans le salon sous le souffle r&
Alice avait vingt-deux ans, et à cet âge-là elle n’avait pas encore appris que certaines intensités portent en elles leur propre fin.Elle était allongée contre lui, le souffle encore irrégulier, la peau parcourue de cette chaleur lente qui ne s’éteint jamais complètement, tandis que les doigts de
Christian nouait sa cravate pour la troisième fois.Pas parce qu'elle était de travers. Ses mains avaient simplement besoin de faire quelque chose pendant que sa tête faisait le reste.Dans le miroir, il voyait un homme prêt pour un dîner. Costume sombre, expression maîtrisée, la surface parfaite d
Une bouffée de colère mêlée d’amertume envahit Alice si brutalement qu’elle sentit tout son corps se tendre. Elle rejeta la tête en arrière, incapable de contenir plus longtemps ce qui montait en elle depuis que cette femme était sortie de la voiture.— Qu’est-ce que tu me veux ? lança-t-elle d’une
La voiture derrière elle accéléra brusquement, comme si une décision venait d’être prise. En quelques secondes à peine, elle combla la distance, se déporta sur la voie opposée et la dépassa sans hésitation. Alice n’eut même pas le temps de comprendre ce qui se passait que le véhicule se rabattait d







