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Ce que le corps n’oublie pas

ผู้เขียน: Nad
last update วันที่เผยแพร่: 2026-05-01 21:51:41

Alice avait vingt-deux ans, et à cet âge-là elle n’avait pas encore appris que certaines intensités portent en elles leur propre fin.

Elle était allongée contre lui, le souffle encore irrégulier, la peau parcourue de cette chaleur lente qui ne s’éteint jamais complètement, tandis que les doigts de Christian glissaient sur elle avec une attention presque troublante, comme s’il cherchait moins à la toucher qu’à retenir quelque chose qui lui échappait déjà. Elle ne parlait pas, mais tout en elle répondait, dans cette manière imperceptible qu’elle avait de se rapprocher encore, comme si la moindre distance devenait insupportable.

— Ne me laisse jamais, murmura-t-elle enfin, sans ouvrir les yeux.

Les mots sortirent presque malgré elle, chargés d’une crainte qu’elle ne formulait jamais à voix haute.

Christian ne répondit pas immédiatement. Il se pencha vers elle, ses lèvres trouvèrent les siennes avec une lenteur qui n’avait rien d’hésitant, mais tout d’un contrôle qui la troublait plus qu’elle ne voulait l’admettre. Ce n’était pas un baiser précipité ni une réponse impulsive, mais quelque chose de plus profond, de plus enveloppant, comme une façon de faire taire la question plutôt que d’y répondre.

— Tu sais très bien que je ne vais pas te laisser, souffla-t-il contre sa bouche.

Elle rouvrit les yeux, le regarda longuement, comme si elle cherchait à lire au-delà des mots.

— Promets-le.

Un silence passa entre eux, léger, presque invisible, mais suffisant pour exister.

Puis il dit :

— Je te le promets.

Elle aurait pu s’arrêter là. Elle aurait pu s’accrocher à cette hésitation, la comprendre, l’interroger.

Mais elle n’en fit rien.

Parce qu’à cet instant précis, elle avait besoin que ce soit vrai.

Elle glissa ses doigts dans ses cheveux, l’attira vers elle avec une douceur qui n’excluait rien de l’urgence, et leurs lèvres se retrouvèrent, plus profondément cette fois, comme si les mots avaient ouvert un espace qu’ils ne pouvaient plus refermer. Il y avait entre eux une évidence troublante, une manière de se reconnaître sans se chercher, comme si leurs corps savaient déjà ce que leurs vies refusaient encore d’admettre.

Le monde autour d’eux semblait s’être effacé, dissous dans cette proximité, dans cette chaleur qui montait lentement, irréversiblement, et qui emportait tout sur son passage — les différences, les regards, les règles, les conséquences.

Alice sentit ses pensées se disperser, céder une à une, remplacées par cette sensation plus vaste, plus dangereuse, qui ne laissait plus de place au doute.

— Dis-leur… murmura-t-elle contre son cou, dans un souffle à peine audible.

Christian ne s’écarta pas, mais elle perçut, sans vraiment comprendre pourquoi, une retenue infime, presque imperceptible.

— Je le ferai.

— Quand ?

Cette fois, le silence dura un peu plus longtemps.

Pas assez pour alerter.

Mais assez pour marquer quelque chose.

— Bientôt.

Elle ferma les yeux.

Et au lieu de s’attarder sur ce qui manquait, elle choisit de croire à ce qui était là, à cette présence, à cette chaleur, à cette façon qu’il avait de la faire vaciller sans effort.

Alors elle ne posa plus de questions.

Elle se laissa simplement porter par cette illusion parfaite d’un monde réduit à eux deux, un monde où rien ne viendrait les atteindre, ni les jugements, ni les décisions qu’ils n’étaient pas encore prêts à assumer.

Et pendant un instant suspendu, elle crut que cela suffirait.

Christian intensifia brusquement son baiser. Elle tremblait comme une feuille…

Alice ouvrit brusquement les yeux, le cœur battant, le souffle court, avec cette sensation troublante d’avoir été arrachée à quelque chose de trop réel pour n’être qu’un simple rêve, comme si les lèvres qu’elle venait de quitter existaient encore quelque part entre sa mémoire et sa peau. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, incapable de comprendre où elle se trouvait réellement, tandis que le passé s’accrochait à elle avec une persistance presque physique, refusant de céder la place.

Peu à peu, pourtant, les contours du présent s’imposèrent à elle, d’abord la lumière, plus douce, plus diffuse que celle de ses souvenirs, puis le plafond qu’elle ne reconnut pas immédiatement, et enfin ce silence particulier, celui d’une maison qui n’est pas la sienne mais qui l’a accueillie sans poser de questions.

La chambre de sa mère.

La réalité reprit sa place, non pas brutalement, mais avec cette lenteur pesante des choses qu’on ne peut pas éviter.

Alice se redressa, passa une main sur son visage, comme pour effacer les traces encore vives de ce qu’elle venait de revivre. Dix ans. Dix années entières, et jamais ce souvenir ne s’était imposé à elle avec une telle netteté, une telle intensité, comme si quelque chose, en elle, avait attendu ce moment précis pour remonter à la surface.

Elle inspira profondément, cherchant à se stabiliser, mais l’air ne suffisait pas à dissiper complètement ce trouble qui persistait.

Elle était arrivée la veille.

Tout s’était déroulé plutôt bien après l’épisode desagreable avec Kelma. Sa mère avait ouvert la porte, les avait regardés un instant — elle et Tristan — puis les avait simplement laissés entrer, sans poser de questions, sans exiger d’explications, comme si elle avait compris d’instinct qu’Alice n’était pas encore prête à parler. Cette absence de confrontation l’avait enveloppée d’un soulagement immédiat, presque fragile, une forme de sécurité qu’elle n’avait pas réalisée chercher avant de la trouver.

Elle avait appelé son service dans la foulée, évoqué un empêchement familial avec juste assez de précision pour être crédible, et personne n’avait insisté. Tout semblait s’être aligné avec une facilité suspecte, comme si le monde lui accordait un répit qu’elle n’avait pourtant pas demandé.

Et Tristan était en vacances.

Une chance.

Ou peut-être simplement un délai avant que tout ne la rattrape.

Alice se leva lentement et quitta la chambre. La maison était calme, mais ce calme n’avait rien d’apaisant ; il donnait au contraire l’impression d’un espace suspendu, comme si quelque chose était en attente sans encore se révéler. En entrant dans la cuisine, elle constata l’absence de sa mère et de Tristan. Le portail entrouvert lui indiqua qu’ils étaient sortis, sans doute chez les voisins, comme ils le faisaient souvent.

Elle resta un instant immobile, puis s’appuya contre le plan de travail, fermant les yeux dans une tentative presque vaine de remettre de l’ordre dans ses pensées.

Mais elles revenaient toujours au même point.

Christian.

Ce qu’il avait dit.

Ce qu’il voulait.

Et surtout… ce qu’il avait réveillé en elle, malgré elle.

Le téléphone vibra brusquement sur la table, brisant ce fragile effort de contrôle. Alice sursauta légèrement avant de le saisir, le regard déjà fixé sur l’écran.

Bruno.

Son cœur se serra, mais d’une manière différente cette fois, moins violente, plus profonde, presque coupable.

Elle décrocha.

— Allô ?

— Mon cœur.

Sa voix, douce, stable, familière, eut sur elle l’effet immédiat d’un ancrage, comme si une partie d’elle revenait enfin à sa place.

— Ça va ? bien réveillés ?demanda-t-il.

— Oui… bien réveillés

— Ta mère ?

— Ça va un peu mieux.

Un silence s’installa, pas vraiment lourd, mais inhabituel, comme s’il contenait quelque chose qui ne trouvait pas encore sa forme.

— Et Tristan ?

— Il est avec elle, ils sont sortis.

— D’accord.

Alice essaya de ménager le silence inhabituel.

— Et toi ? Ça va ? demanda-t-elle.

— Ça va.

Mais cette fois, elle l’entendit.

Quelque chose, dans sa manière de répondre, n’était pas exactement comme d’habitude.

— Bruno ?

Un léger souffle passa à l’autre bout du fil.

— Je pensais à toi.

Elle resta immobile, attentive.

— La maison est vide sans vous.

Ses doigts se resserrèrent légèrement autour du téléphone.

— On revient bientôt.

— Je sais.

Le silence qui suivit s’étira un peu plus que les précédents, comme s’il hésitait à devenir autre chose.

Puis sa voix reprit, plus basse, presque retenue :

— Alice…

— Oui ?

Il marqua une pause, et cette hésitation, elle ne la lui connaissait pas.

Son cœur rata un battement. Elle sentit ses doigts se crisper malgré elle.

Et s’il doutait déjà de quelque chose ? pourtant elle avait eu l’impression d’avoir tout bien caché. Depuis 10 ans…

— Ne doute jamais de mon amour pour toi.

Le temps sembla ralentir autour d’elle.

Alice resta figée, incapable de répondre immédiatement, parce que quelque chose, dans ces mots, dans leur moment, dans leur manière d’être dits…

n’était pas à sa place.

Et pour la première fois depuis son départ, ce n’était pas le passé qui revenait la troubler.

C’était le présent qui commençait à lui échapper.

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ความคิดเห็น (1)
goodnovel comment avatar
Anagonou Romance
lourd suspense je sens bien que Alice aime tjrs Christian l'imbécile ...vivement qu'elle le largue...
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