MasukAlice pensait avoir tourné la page de son passé. Dix ans après une histoire d’amour qu’elle croyait enterrée, Christian de Souza réapparaît. Charismatique, déterminé… et bien décidé à rencontrer le fils qu’il ignore avoir eu avec elle. Entre mensonges, secrets et un mariage à protéger, Alice se retrouve prise au piège entre deux hommes et une vérité impossible à cacher. Mais jusqu’où peut-elle aller pour protéger sa vie actuelle… sans tout perdre ?
Lihat lebih banyakAlice n’aurait jamais dû être là.
L’appartement était silencieux. Trop silencieux pour un lieu habité.
— Tu es en avance.
Sa voix.
Alice ne se retourna pas tout de suite. Elle prit une seconde. Une seule. Juste assez pour se rappeler pourquoi elle était venue… et pourquoi elle aurait dû fuir.
Puis elle pivota.
Il était là.
Et Alice détesta ça.
— Je ne suis pas en avance, répondit-elle, la voix stable. Tu es juste déjà prêt.
Un coin de ses lèvres se releva.
— Toujours aussi… contrôlée.
Elle soutint son regard. Refusa de baisser les yeux.
Même si, au fond d’elle, tout se contractait déjà.
— Tu voulais me voir. Je suis là. Dis ce que tu as à dire.
Il se redressa lentement. Trop lentement.
Alice resta immobile.
— Tu sais très bien que ce n’est pas pour parler que tu es venue.
Le silence tomba entre eux.
Alice sentit son cœur accélérer — une trahison qu’elle ne pardonnait jamais à son propre corps.
— Fais attention, dit-elle doucement. Tu confonds peut-être tes habitudes… avec la réalité.
Il s’arrêta à un pas d’elle.
— Non, Alice, murmura-t-il. C’est toi qui continues de faire semblant.
Ses doigts effleurèrent son poignet.
Et elle comprit que venir ici était une erreur. La pire.
Mais avait-elle eu vraiment le choix ? Le bonheur de sa famille était menacé. Elle devait protéger les siens.
Une lueur farouche s’alluma dans ses yeux. Elle dégagea son poignet brusquement.
Surpris, Christian recula d’un pas.
Elle en profita pour l’observer.
— Que me veux-tu ? Je t’écoute ! lança-t-elle, sèche.
— Je ne suis pas venu pour toi… mais pour Tristan. Mon fils.
— Je te l’ai déjà dit ! Ce n’est pas ton—
— Ne gaspille pas ton énergie. Je sais ce que je dis. Et si tu refuses de coopérer, j’irai voir ton mari pour un test ADN.
Alice tressaillit en pensant à Bruno.
— Mais…
Christian s’approcha encore et lui saisit le poignet.
— Alice…
Sa voix avait changé.
— Regarde-moi.
— Non.
— Regarde-moi.
Ordre.
Malgré elle, ses yeux croisèrent les siens.
Erreur. Toujours la même.
Ce regard avait encore prise sur elle. Son corps réagissait avant sa raison.
Elle arracha son poignet.
— Ne me touche pas.
Un rire bref, sans joie.
— Tu continues de mentir, Alice.
— À propos de quoi ?
— De l’effet que je te fais.
La gifle partit.
Sèche. Violente.
Le visage de Christian bougea à peine. Puis son regard revint vers elle, plus sombre.
— Intéressant, murmura-t-il.
Alice recula, le souffle court.
— Tu joues à un jeu dangereux.
— Je n’ai pas le choix.
— Si, Alice. Tu en avais un.
Il s’approcha encore. Elle recula jusqu’au mur.
Piégée.
— Tu n’es plus en position de négocier.
— Tu n’oserais pas…
— Tu veux essayer ?
Silence.
— Très bien, dit-elle finalement. Tu veux jouer à ça ?
Elle releva les yeux.
Cette fois, il y avait autre chose dans son regard.
— Alors on va jouer.
Le téléphone vibra dans son sac.
— Allô… bébé ?
— Mon cœur, tu en as encore pour longtemps ?
— Non bébé, j’ai presque fini. Encore une heure.
— D’accord. Ne tarde pas.
Clic.
Christian la fixa.
— Toujours des mensonges ?
— Je dois y aller.
— Je suis venu pour un mois. Le 24 mars je repars en France avec mon fils.
Alice leva la main pour le frapper. Il attrapa son poignet.
— Tout doux… n’en fais pas une habitude.
— Lâche-moi.
Il relâcha.
— Tu ne sortiras pas d’ici comme si rien ne s’était passé.
— Tu veux quoi ?
— Tout.
Silence.
— Demain, je rencontre mon fils.
— Hors de question.
— Alors appelle ton mari.
Elle pâlit.
— Une heure, murmura-t-elle. Donne-moi une heure. Et je te donne une réponse.
Christian la fixa longuement.
Puis il sourit.
— Une heure, Alice.
Il se pencha.
— Mais ne te trompe pas… ce n’est pas une négociation.
Un frisson lui parcourut l’échine.
— C’est un ultimatum.
Bruno avait décidé de cuisiner.C’était là le problème.Tristan était assis sur le tabouret haut du plan de travail, les coudes sur les genoux, regardant son père s’agiter devant les fourneaux avec l’expression concentrée d’un chirurgien en pleine opération délicate. La cuisine de Bruno était petite, bien rangée, avec cet ordre militaire des célibataires qui n’avaient pas encore eu le temps de désorganiser leur espace.— C’est quoi ? dit Tristan.— Du poulet yassa.— T’as jamais fait du poulet yassa.— Je sais faire le poulet yassa.— Maman dit que tu sais seulement faire les pâtes et les œufs.— Ta maman exagère.Tristan regarda le poulet dans la casserole. Renifla discrètement.— Ça sent bizarre.— Ça sent la cuisson. C’est normal.— Non, ça sent vraiment bizarre.Bruno souleva le couvercle. Un nuage de vapeur un peu suspect s’échappa. Il fronça les sourcils, remua avec la cuillère en bois, remit le couvercle avec un geste qui voulait dire que tout était sous contrôle alors que visi
Une semaine pile.Alice rabattit le dernier drap bien à plat, l’aplatissant d’un coup sec de la paume — ce geste machinal pour mettre de l’ordre dans le carré quand le reste échappait à tout contrôle.Sept jours que ce message fixait l’écran de son téléphone.Elle l’avait lu trois fois d’affilée dans le silence de la cuisine, traversée par une secousse inattendue. Pas de l’euphorie. Quelque chose de plus discret et de plus lourd — une de ces phrases qui réveillent un vieux souvenir qu’on croyait enfoui.Elle n’avait pas répondu.D’abord par retenue — se donner le temps de réfléchir, ne pas céder à l’impulsion du premier mouvement. Et puis les heures avaient filé. Le lendemain, le message était toujours là, posé au milieu de la conversation comme une attente silencieuse. Elle avait patienté, espéré que les mots viendraient d’eux-mêmes, que l’évidence s’imposerait.Rien n’était venu.Juste cette tension légère au creux de la poitrine, cette incertitude qu’elle s’était refusée à analyser
Il était vingt et une heures quand Kelma poussa la porte du bureau.Christian était assis derrière la table, les mains croisées dessus, aucun dossier ouvert, aucun écran allumé. Juste lui dans cette pièce éclairée par la lampe du bureau, avec cette façon d’attendre qui n’avait rien d’impatient.Elle s’assit en face.— Je t’écoute, dit-elle.Il ouvrit le tiroir du bas. Sortit une enveloppe cartonnée. La posa sur la table entre eux sans la pousser vers elle, sans geste théâtral — juste là, disponible, comme un document parmi d’autres.— Maître Vidal a préparé les termes de la séparation, dit-il. Convention amiable. Répartition des parts, l’appartement, les dispositions conce
L’avion amorça sa descente sur Paris à seize heures vingt.Kelma avait le front appuyé contre le hublot. En dessous, la ville apparaissait progressivement à travers la couche nuageuse — ces toits gris, ces artères qui rayonnaient, cette Seine qui brillait par intermittence comme un fil d’argent posé entre les arrondissements.Paris.Elle souffla doucement.Quatre jours. Quatre jours qui avaient eu la texture d’autre chose — pas des jours de travail avec des soirées volées, pas ce mélange habituel d’efficacité et de culpabilité maîtrisée. Quatre jours entiers où elle avait flotté.Lisbonne.Ces matins avec le café et les pastéis de nata sur la terrasse de l’hôtel, cette lumière
Le mot résonnait encore dans sa tête tandis qu'elle descendait les escaliers sans vraiment les sentir. Une heure. La voix de Christian semblait la suivre, collée à sa peau comme une empreinte qu'on ne peut pas effacer en se frottant, et l'air froid de la rue, quand elle poussa la porte de l'immeubl
Alice n'aurait jamais dû être là.Elle le savait dès l'instant où la porte s'était refermée derrière elle, avec ce petit clic sec qui résonnait encore dans sa tête comme un verdict. Trop tard pour reculer. Trop tard pour prétendre qu'elle s'était trompée d'adresse.L'appartement était silencieux. Tr
Alice avait vingt-deux ans, et à cet âge-là elle n’avait pas encore appris que certaines intensités portent en elles leur propre fin.Elle était allongée contre lui, le souffle encore irrégulier, la peau parcourue de cette chaleur lente qui ne s’éteint jamais complètement, tandis que les doigts de
Christian nouait sa cravate pour la troisième fois.Pas parce qu'elle était de travers. Ses mains avaient simplement besoin de faire quelque chose pendant que sa tête faisait le reste.Dans le miroir, il voyait un homme prêt pour un dîner. Costume sombre, expression maîtrisée, la surface parfaite d












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