LOGINQuand Thomas arriva à Porto Mina, le soleil commençait à peine à mordre les façades blanches du vieux port. Il gara la berline sur le parking de la marina, coupa le moteur, et resta assis un moment les mains sur le volant à regarder la mer qui prenait sa couleur du matin — ce bleu sombre et froid qui deviendrait turquoise dans deux heures.
Il avait quitté tôt, vraiment tôt.
Le mail arriva à quatorze heures dix-sept.Thomas était en réunion avec deux clients quand son téléphone vibra sur la table — une vibration discrète, professionnelle, qu'il ignora sans effort apparent. Il était au milieu d'une explication sur les avantages fiscaux d'un placement en assurance-vie, et ses clients l'écoutaient avec cette attention des gens qui ne comprennent pas tout mais font confiance à l'homme en face d'eux.Il finit sa phrase, répondit aux deux questions qui suivirent, et raccompagna ses clients à la porte à quinze heures passées avec les poignées de main et les sourires qu'il fallait.Il ferma la porte de son bureau.Il prit son téléphone.Bonjour Thomas, suite à notre revue budgétaire des Alizés ce matin, i
Clara arriva à l'agence à huit heures et demie avec deux cafés — un pour elle, un pour Marc — et cette légèreté particulière des matins où on a dormi vraiment, sans se réveiller à trois heures avec quelque chose qui pèse.Elle posa le café de Marc sur son bureau, accrocha son manteau, alluma son ordinateur.Avant d'ouvrir ses dossiers, elle prit son téléphone.Bonjour Vincent. J'espère que tu vas bien. On déjeune cette semaine si tu veux.Elle envoya le message, posa le téléphone, et ouvrit le dossier des Alizés.Marc arriva neuf minutes plus tard, trouva son café, dit merci sans lever les yeux de son téléphone, et s'installa en face d'elle avec les rouleaux de plans sous le bras.
Il arriva un mardi matin.Un message WhatsApp, sobre comme tout ce qu'il écrivait : Valderia demain. Vous êtes disponible mardi soir ?Clara répondit oui en trente secondes.Il proposa un endroit — pas un café du centre-ville, pas un restaurant. Un bar discret dans le quartier des anciens entrepôts, rue Castors, que Clara ne connaissait pas. Elle regarda l'adresse sur le plan, vit que c'était à vingt minutes à pied de chez elle, et dit d'accord.Elle passa la journée du mardi à travailler normalement — réunion avec Marc sur le bâtiment C, validation des échantillons de façade, un appel avec l'ingénieur structure de Porto Mina. Elle mangea un sandwich à son bureau. Elle ne pensa pas à Malik toutes les cinq minutes comme elle l'aurait fait quelques mois p
Léo se réveilla à sept heures moins le quart en réclamant ses céréales au chocolat.Elena l'entendit depuis la chambre — ce bruit de petits pieds sur le parquet, puis la voix encore enrouée de sommeil qui appelait maman avec l'urgence absolue de quelqu'un qui n'a pas mangé depuis des siècles alors qu'il dormait six minutes plus tôt. Elle sourit dans son oreiller, attendit trente secondes pour la forme, puis se leva.La cuisine de la villa à cette heure-là avait quelque chose de parfait. La lumière du matin entrait par la fenêtre au-dessus de l'évier — cette lumière de Porto Mina qui n'existait nulle part ailleurs, dorée et légèrement iodée, qui faisait paraître même les choses ordinaires un peu plus belles qu'elles n'étaient. Elena prépara le bol de L&eacu
Le lundi matin, Thomas quitta la maison à huit heures précises.Bénédicte lui avait préparé un café qu'il but debout dans la cuisine pendant qu'Éthan cherchait son cahier de maths quelque part dans le chaos de sa chambre et que la petite Léa tendait les bras depuis sa chaise haute en réclamant ses tartines. Thomas coupa les tartines en mouillettes avec la précision d'un homme qui a fait ce geste des milliers de fois, embrassa le sommet du crâne de sa fille, cria à Éthan que le cahier était probablement sous son lit, et déposa un baiser sur la joue de Bénédicte en attrapant sa veste.— Tu rentres à quelle heure ce soir ? demanda-t-elle.— Dix-neuf heures, dix-neuf heures trente. J'ai une réunion en fin d'après-midi qui peut déborder.
Vincent rentra chez lui à dix-neuf heures.Il sentit en ouvrant la porte qu'Éva était là avant même de la voir — une odeur de cuisine, de la musique trop forte depuis le salon, et cette atmosphère électrique des appartements qu'on a investis avec une intention. Il accrocha son manteau, posa ses clés, et la trouva dans la cuisine, dos tourné, qui remuait quelque chose sur le feu avec l'énergie de quelqu'un qui a passé l'après-midi à se préparer à une conversation.— Tu as cuisiné, dit-il.— J'avais envie, dit-elle sans se retourner.Il s'approcha, l'embrassa sur la tempe. Elle se laissa faire avec cette nonchalance étudiée qu'elle avait parfois — ni froide ni chaude, juste présente.La table était mise avec







