Mag-log inÉlodie pressa le téléphone contre son oreille, ses doigts s'enfonçant dans le métal froid.
— Léonard ? C'est Élodie...
Elle se décolla du mur, le dos endolori par la violence de la scène précédente. En se retournant, elle fixa une dernière fois la porte close.
C'était fini.
Cinq ans d'efforts pour se fondre dans le moule de l'épouse idéale, cinq ans à accepter d'être une ombre pour qu'il brille davantage.
Tout ça pour finir à genoux, vendue comme une vulgaire marchandise pour payer la survie de son propre père. Elle comprit, avec une amertume qui lui brûlait la gorge, qu'aux yeux de Raphaël, elle n'avait jamais été une partenaire, mais un actif parmi d'autres. Et un actif dont on méprise la faiblesse.
Elle redescendit vers le hall des urgences, les jambes flageolantes. Sa mère était toujours là, une petite silhouette ratatinée sur son banc, serrant son sac à main contre elle comme un talisman.
— Élodie !
Sa mère se leva d'un bond, manquant de trébucher. Elle attrapa les mains de sa fille, ses yeux cherchant désespérément un signe d'espoir.
— Alors ? Raphaël... il a dit oui ? Il va nous aider ?
Élodie sentit ses lèvres trembler. Elle dut détourner le regard pour ne pas hurler de douleur.
— Ne parle plus de lui, Maman. S'il te plaît.
— Mais... pourquoi ? Il est ton mari, il a tout cet argent ! S'il ne nous aide pas maintenant, ton père va...
— Mamon, s'il vous plait ! coupa Élodie, sa voix montant d'un cran, attirant les regards curieux des infirmières.
Elle reprit son souffle, essayant de calmer les battements erratiques de son cœur. Elle prit les mains de sa mère dans les siennes, les serrant presque trop fort.
— Écoute-moi. Oublie Raphaël. Il n'existe plus pour nous. Donne-moi trois heures. Je vais ramener l'argent. Je te le promets.
— Trois heures ? Mais où vas-tu trouver cinquante mille euros toute seule ? Élodie, qu'est-ce que tu vas faire ?
— Je vais juste récupérer ce qu'on me doit, murmura-t-elle pour elle-même. Reste avec papa. Ne bouge pas d'ici.
Le retour au penthouse fut un calvaire. Chaque objet dans cet appartement: les vases en cristal, les tableaux qu'elle avait choisis, l'odeur de cèdre du bureau de Raphaël, lui rappelait sa propre naïveté.
Elle entra dans la chambre, le souffle court, et se dirigea vers le coffret à bijoux sur la commode.
Elle l'ouvrit. Ses mains tremblaient violemment.
Elle s'empara de l'alliance, ce cercle d'or blanc surmonté d'un diamant qu'elle avait porté avec tant de fierté. Elle prit tout le reste : une colliers de perles, une montre de luxe qu'il lui avait offerte pour leur troisième anniversaire (ou plutôt que Marc avait achetée pour lui), et bien sûr, le sac de hier soir.
Elle jeta le tout en vrac dans son sac, le métal s'entrechoquant avec un bruit de ferraille sans valeur.
Vingt minutes plus tard, elle entrait dans une boutique de rachat d'or et de diamants de la rue de Châteaudun. L'endroit était étroit, sentant le vieux papier et le métal fondu. Derrière le comptoir, un homme d'un certain âge, la loupe vissée à l'œil, examinait une broche.
— Je veux vendre ça. Tout. En urgence, dit Élodie en vidant son sac sur le tapis de feutre noir.
L'expert sursauta, puis ajusta ses lunettes. Il prit l'alliance en premier.
— C'est une pièce bon, mais pas pure, Madame... Et cette montre, c'est une édition démodé.
Il releva la tête, observant Élodie. Ses cheveux étaient en désordre, ses yeux rougis par les larmes.
Bonne chance pour bon chat.
— Vous êtes sûre de vouloir vendre tout cela ? Ce sont des bijoux personnels, il y a des gravures sur ...
— Je me fiche des gravures, coupa Élodie, sa voix se brisant légèrement. Donnez-moi un prix. Maintenant.
L'homme soupira, pianota sur sa calculatrice, consulta les cours du jour sur son écran. Le silence était pesant, seulement rompu par le tic-tac d'une horloge.
— Compte tenu de l'urgence et du rachat immédiat... je peux vous proposer cinquante-deux mille euros. C'est mon dernier prix.
Cinquante-deux mille euros.
Élodie resta pétrifiée. Cinq ans. Cinq ans de sa vie, de son talent de designer mis au service de la gloire de Raphaël, de ses nuits d'angoisse à l'attendre. Tout cela valait donc cinquante-deux mille euros. Un peu plus de dix mille euros par an.
C'était le solde de tout compte de son mariage. Elle avait été une employée de luxe, et le licenciement était enfin acté.
— C'est d'accord, dit-elle, les larmes coulant enfin librement sur ses joues. Faites le virement à cette référence d'hôpital. Immédiatement.
Elodie signa les documents de cession d'une main tremblante. En sortant de la boutique, elle sentit le vide à son doigt. La marque de l'alliance était encore là, une trace de peau plus claire, comme une cicatrice.
Elle n'avait plus rien.
Elodie monta dans un taxi, le regard fixé sur la pluie qui commençait à tomber.
— Où allons-nous, Madame ? demanda le chauffeur.
— Juste avancez.
— C’est tout ce que tu as, Dubois ? cracha Valentin, les yeux brillants de provocation. Tu frappes comme un mec qui sait qu'il a déjà tout foiré.Raphaël, hors de lui, se jeta à nouveau sur lui. Sa jalousie, nourrie par dix jours d'un silence qui le rendait fou, venait de trouver sa cible. Il attrapa Valentin par le col de sa veste et le plaqua brutalement contre le mur de marbre.— Elle est où, Valentin ? cracha Raphaël, la voix étranglée par la rage. Je sais que tu sais. Tu la planques où ? Accouche avant que je te démonte !Valentin, malgré la pression sur sa gorge, ne lâcha pas son sourire insolent. Il planta ses yeux dans ceux de Raphaël.— Tu crois vraiment qu'elle me raconte sa vie ? Elle s'est tirée, mec. Elle a juste ouvert les yeux. Regarde-toi avec ta famille de requins et ta connasse d'actrice au bras... Tu l'étouffes, Dubois. Tu l'as toujours étouffée.— Ferme ta gueule !Raphaël lui décocha un coup de genou dans les côtes, mais Valentin prolongea le mouvement pour le cei
Dix jours s'étaient écoulés depuis l'intervention. Geneviève ne tenait plus en place. Dès qu'elle se sentit un peu mieux, elle commença à s'agacer contre le personnel et les bruits du couloir.— Je ne vais pas passer ma vie entre ces quatre murs blancs qui sentent le désinfectant, lança-t-elle un matin à Philippe, d'une voix encore un peu faible mais bien décidée. Rentrons à la maison. Je serai bien mieux chez moi.Le docteur Marois, venu faire sa tournée, n'y vit pas d'inconvénient mais posa ses conditions :— D'accord pour un retour à domicile, Madame Dubois, mais la pièce doit être équipée comme une chambre de surveillance. Il faut des moniteurs cardiaques et une infirmière privée pour les premiers jours.En entendant cela, Camille, qui était assise sur une chaise d'appoint, se leva aussitôt avec un grand sourire.— Ne vous inquiétez pas pour ça, Docteur, je m'en occupe, dit-elle d'une voix douce avant de se tourner vers Raphaël. Toi, retourne au bureau, tu as déjà passé trop de te
Le voyant rouge au-dessus de la porte du bloc opératoire s'éteignit enfin après cinq heures d'attente. Jean-Luc Lestrange sortit le premier, baissant son masque chirurgical sur son cou. Raphaël se leva d'un bond.— Tout s’est bien passé, Monsieur Dubois, annonça le chirurgien d'une voix calme. La valve TAVI est en place. Le cœur de votre grand-mère a parfaitement toléré la procédure. Elle est en salle de réveil et devrait reprendre connaissance d'ici une heure.— Merci, Docteur. Merci infiniment, souffla Raphaël, sentant une immense chape de plomb s'enlever de ses épaules. Il sortit un carnet de son veston, y glissa un chèque au montant astronomique qu'il avait préparé à l'avance, et le lui tendit. Restez à Paris deux ou trois jours, s'il vous plaît. Mon chauffeur est à votre disposition, et j'ai fait réserver la suite présidentielle au Plaza. C'est la moindre des choses pour vous remercier.Jean-Luc jeta un coup d'œil distrait au morceau de papier, puis repoussa doucement la main de
La berline d’Élodie s’éloigna de l’hôpital. Elle roula deux kilomètres avant de se garer sur le parking désert d'un supermarché. Elle sortit son deuxième téléphone de sa poche.— Je suis seule, dit-elle sans préambule.— Prenez la direction de la base aérienne de Vélizy-Villacoublay, répondit une voix masculine, grave et sans aucune intonation. Un point de contrôle vous attend au niveau de la porte Sud. Ne vous arrêtez nulle part, ne passez aucun autre appel. Vos accès de sécurité ont été réactivés il y a un minutes.— Quel est le niveau d’urgence ?— Élevé. Le protocole de chiffrement des liaisons satellites de l'armée a été corrompu par une attaque par déni de service distribué, doublée d'une injection de code inconnu. Le système est bloqué sur l'ancien noyau que vous avez développé en 2022. Vous avez trente minutes.La ligne coupa. Élodie jeta un coup d'œil dans son rétroviseur, passa la seconde et écrasa l'accélérateur. Dix-huit minutes plus tard, elle se présentait devant la barr
Élodie cala sa voiture le long du trottoir, pile devant l’entrée de l’hôtel. Jean-Luc Lestrange descendit les marches à grands pas, une petite valise en cuir dans une main et sa mallette technique sous le bras. Malgré son statut, il avait toujours cette même dégaine simple : un pardessus sombre un peu froissé et pas de chichi. Il ouvrit la portière passager et s'installa à côté d'elle.— Salut Docteur, dit Élodie en lui tendant la main avec un vrai sourire de soulagement. Voyage pas trop crevant ?— Ça va, ça va, répondit-il en bouclant sa ceinture. Mais regarde-toi, tu as une mine affreuse. Tu dors parfois ?— On dormira plus tard. Merci infiniment d’être venu aussi vite, je sais que ton planning est blindé.— J'ai toujours du temps pour toi, tu le sais, hein, alors j'ai reporté mes consultations. Raconte-moi, qu'est-ce qui se passe avec son cœur ?Élodie passa la première et s'inséra dans la circulation.— Elle a fait une grosse crise d’insuffisance cardiaque cette nuit. L'équipe ic
Le silence de la galerie d’art était devenu pesant, seulement rythmé par le ronronnement des serveurs. Élodie s’était assoupie une vingtaine de minutes, la tête posée sur ses bras croisés, quand la vibration de son téléphone contre le métal de la table la fit sursauter. Ses yeux, rougis par la lumière bleue des écrans, mirent quelques secondes à faire la mise au point sur le nom qui s’affichait.Philippe Dubois. Le grand-père de Raphaël.Élodie sentit un poids s’installer dans sa poitrine. Philippe n’appelait jamais sans une raison impérieuse. Elle s’écarta du plateau technique, s’isolant dans l’arrière-cuisine où l’odeur du café froid flottait encore.— Philippe ? murmura-t-elle.— Élodie... je suis désolé de te déranger, commença le vieil homme. Sa voix, d’ordinaire si assurée lors des conseils d’administration, était marquée par une fragilité inhabituelle. C’est Geneviève. Elle a fait une nouvelle crise cette nuit. Les médecins sont formels, l’obstruction est critique, il faut opér







