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Chapitre 5 : Le solde de tout compte

last update Last Updated: 2026-03-09 22:37:27

Élodie pressa le téléphone contre son oreille, ses doigts s'enfonçant dans le métal froid. 

— Léonard ? C'est Élodie... 

Elle se décolla du mur, le dos endolori par la violence de la scène précédente. En se retournant, elle fixa une dernière fois la porte close. 

C'était fini. 

Cinq ans d'efforts pour se fondre dans le moule de l'épouse idéale, cinq ans à accepter d'être une ombre pour qu'il brille davantage. 

Tout ça pour finir à genoux, vendue comme une vulgaire marchandise pour payer la survie de son propre père. Elle comprit, avec une amertume qui lui brûlait la gorge, qu'aux yeux de Raphaël, elle n'avait jamais été une partenaire, mais un actif parmi d'autres. Et un actif dont on méprise la faiblesse.

Elle redescendit vers le hall des urgences, les jambes flageolantes. Sa mère était toujours là, une petite silhouette ratatinée sur son banc, serrant son sac à main contre elle comme un talisman.

— Élodie !

Sa mère se leva d'un bond, manquant de trébucher. Elle attrapa les mains de sa fille, ses yeux cherchant désespérément un signe d'espoir.

— Alors ? Raphaël... il a dit oui ? Il va nous aider ?

Élodie sentit ses lèvres trembler. Elle dut détourner le regard pour ne pas hurler de douleur.

— Ne parle plus de lui, Maman. S'il te plaît.

— Mais... pourquoi ? Il est ton mari, il a tout cet argent ! S'il ne nous aide pas maintenant, ton père va...

— Mamon, s'il vous plait ! coupa Élodie, sa voix montant d'un cran, attirant les regards curieux des infirmières.

Elle reprit son souffle, essayant de calmer les battements erratiques de son cœur. Elle prit les mains de sa mère dans les siennes, les serrant presque trop fort.

— Écoute-moi. Oublie Raphaël. Il n'existe plus pour nous. Donne-moi trois heures. Je vais ramener l'argent. Je te le promets.

— Trois heures ? Mais où vas-tu trouver cinquante mille euros toute seule ? Élodie, qu'est-ce que tu vas faire ?

— Je vais juste récupérer ce qu'on me doit, murmura-t-elle pour elle-même. Reste avec papa. Ne bouge pas d'ici.

Le retour au penthouse fut un calvaire. Chaque objet dans cet appartement: les vases en cristal, les tableaux qu'elle avait choisis, l'odeur de cèdre du bureau de Raphaël, lui rappelait sa propre naïveté. 

Elle entra dans la chambre, le souffle court, et se dirigea vers le coffret à bijoux sur la commode.

Elle l'ouvrit. Ses mains tremblaient violemment. 

Elle s'empara de l'alliance, ce cercle d'or blanc surmonté d'un diamant qu'elle avait porté avec tant de fierté. Elle prit tout le reste : une colliers de perles, une montre de luxe qu'il lui avait offerte pour leur troisième anniversaire (ou plutôt que Marc avait achetée pour lui), et bien sûr, le sac de hier soir. 

Elle jeta le tout en vrac dans son sac, le métal s'entrechoquant avec un bruit de ferraille sans valeur.

Vingt minutes plus tard, elle entrait dans une boutique de rachat d'or et de diamants de la rue de Châteaudun. L'endroit était étroit, sentant le vieux papier et le métal fondu. Derrière le comptoir, un homme d'un certain âge, la loupe vissée à l'œil, examinait une broche.

— Je veux vendre ça. Tout. En urgence, dit Élodie en vidant son sac sur le tapis de feutre noir.

L'expert sursauta, puis ajusta ses lunettes. Il prit l'alliance en premier.

— C'est une pièce bon, mais pas pure, Madame... Et cette montre, c'est une édition démodé.

Il releva la tête, observant Élodie. Ses cheveux étaient en désordre, ses yeux rougis par les larmes.

Bonne chance pour bon chat.

— Vous êtes sûre de vouloir vendre tout cela ? Ce sont des bijoux personnels, il y a des gravures sur ...

— Je me fiche des gravures, coupa Élodie, sa voix se brisant légèrement. Donnez-moi un prix. Maintenant.

L'homme soupira, pianota sur sa calculatrice, consulta les cours du jour sur son écran. Le silence était pesant, seulement rompu par le tic-tac d'une horloge.

— Compte tenu de l'urgence et du rachat immédiat... je peux vous proposer cinquante-deux mille euros. C'est mon dernier prix.

Cinquante-deux mille euros.

Élodie resta pétrifiée. Cinq ans. Cinq ans de sa vie, de son talent de designer mis au service de la gloire de Raphaël, de ses nuits d'angoisse à l'attendre. Tout cela valait donc cinquante-deux mille euros. Un peu plus de dix mille euros par an. 

C'était le solde de tout compte de son mariage. Elle avait été une employée de luxe, et le licenciement était enfin acté.

— C'est d'accord, dit-elle, les larmes coulant enfin librement sur ses joues. Faites le virement à cette référence d'hôpital. Immédiatement.

Elodie signa les documents de cession d'une main tremblante. En sortant de la boutique, elle sentit le vide à son doigt. La marque de l'alliance était encore là, une trace de peau plus claire, comme une cicatrice.

Elle n'avait plus rien. 

Elodie monta dans un taxi, le regard fixé sur la pluie qui commençait à tomber.

— Où allons-nous, Madame ? demanda le chauffeur.

— Juste avancez.

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