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Chapitre 6 : Le vide et l'arrogance

Penulis: Adelina Beston
last update Tanggal publikasi: 2026-03-09 22:37:48

Le silence dans le bureau directorial du Groupe Dubois était devenu oppressant. Raphaël était debout devant l'immense baie vitrée, observant les artères de Paris qui commençaient à s'illuminer sous le crépuscule. Il ajusta ses boutons de manchette en onyx, un geste machinal qui trahissait une tension que son visage de marbre refusait d'avouer. 

À sa montre, 19 heures passées.

On frappa discrètement à la porte. Marc entra, une tablette à la main, l'air plus nerveux qu'à l'accoutumée.

— Monsieur... commença le secrétaire en s'arrêtant à bonne distance du bureau.

— Où est-elle ? coupa Raphaël sans se retourner. La voiture de Monsieur Dunois l'attend en bas depuis dix minutes.

Marc déglutit, ses yeux fuyant le reflet de son patron dans la vitre.

— C'est justement le problème, Monsieur. Madame Dubois est... introuvable. Elle n'est plus à l'hôpital. Sa mère prétend qu'elle est partie chercher de l'argent et n'est jamais revenue. J'ai envoyé quelqu'un au penthouse... Les clés sont sur la console de l'entrée. Son téléphone de fonction a été retrouvé dans le vide-ordures.

Raphaël se tendit imperceptiblement. Un muscle tressaillit sur sa mâchoire carrée. Le silence qui suivit fut lourd de menaces sourdes. Il se retourna enfin, son regard d'ébène fixant Marc avec une intensité qui fit reculer le secrétaire d'un pas.

— Elle a fui ? demanda-t-il, sa voix descendant d'un octave, plus glaciale que d'ordinaire.

— Il semblerait, Monsieur. Elle a également vidé son coffre personnel. Les bijoux... les cadeaux que vous lui aviez offerts... tout a disparu. Elle a dû les gager pour payer l'opération de son père. Le virement a été reçu par l'hôpital il y a une heure. Provenance anonyme.

Raphaël laissa échapper un rire bref, un son sec et dénué de toute émotion qui résonna cruellement dans la pièce.

— Cinquante mille euros. Elle a préféré vendre ses bijoux de mariage et s'enfuir comme une voleuse plutôt que de remplir ses obligations. Quelle immaturité.

Il s'assit dans son fauteuil de cuir noir, croisant ses jambes avec une élégance étudiée.

— Ne la cherchez pas, Marc. Ne gaspillez pas les ressources du service de sécurité pour une fugue de débutante.

— Mais Monsieur, le contrat Skynet ? Monsieur Dunois l'attend...

— Dites à Dunois qu'Élodie a eu un malaise lié au stress. Nous reprogrammerons. Quant à elle... qu'elle profite de sa petite escapade. Elle n'a ni nom, ni réseau, ni ressources une fois ces cinquante mille euros épuisés. Elle reviendra. Elle reviendra ramper à ma porte dès qu'elle réalisera que le monde extérieur est une jungle qu'elle ne sait pas traverser seule. Elle a besoin de moi pour respirer, elle l'a juste oublié un instant.

Raphaël congédia Marc d'un geste de la main, se replongeant dans ses dossiers comme si l'incident était clos. Pour lui, Élodie était une satellite gravitant autour de son astre ; elle pouvait s'éloigner, mais la gravité finirait toujours par la ramener.

Pourtant, à trois heures du matin, le penthouse semblait avoir changé de nature. L'obscurité y était plus dense, plus froide. Raphaël, vêtu d'une simple robe de chambre en soie noire, errait dans les couloirs déserts de l'appartement. 

Il poussa la porte de la chambre. 

L'odeur de son parfum, ce mélange de lin frais et de térébenthine qu'il feignait de détester, flottait encore dans l'air. Il s'approcha du lit parfaitement fait, ses doigts effleurant le drap de satin. Rien ne dépassait. Elle n'avait rien laissé, aucune trace de son passage, si ce n'est ce vide béant qui commençait à lui peser sur la poitrine.

Il se dirigea vers le secrétaire en acajou. Sur le dessus, il trouva les lambeaux de papier qu'il avait lui-même déchirés à l'hôpital. Elle les avait ramassés. Elle les avait posés là, bien en évidence, comme un reproche muet. Et à côté, son alliance. Ce cercle d'or blanc qu'il lui avait passé au doigt cinq ans plus tôt, jurant de protéger son talent.

Une inquiétude sourde, une de celles qu'il ne s'autorisait jamais, commença à ramper en lui. Ce n'était pas la première fois qu'Élodie boudait, mais c'était la première fois qu'elle rendait les bijoux. La première fois qu'elle jetait son téléphone.

Il s'assit sur le bord du lit, les mains jointes, fixant le mur. Pourquoi n'avait-il pas de nouvelles de ses informateurs ? Pourquoi son nom n'apparaissait-il sur aucun registre d'hôtel, aucune liste de passagers ?

« Tu n'as pas la qualification requise pour divorcer de moi. » Ses propres mots lui revinrent en écho, mais cette fois, ils sonnaient creux.

Il se leva brusquement, agacé par sa propre faiblesse. Il retourna dans son bureau, se servit un verre de whisky pur et fixa son téléphone. Il s'attendait à voir un appel manqué, un message de détresse, une excuse larmoyante. Mais l'écran restait désespérément noir.

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