LOGINIls traversèrent la cuisine tandis que Sarah ouvrait la porte arrière. À peine eurent-ils mis un pied dehors qu'une détonation déchira le silence. Daniel s'effondra sur un genou, une main plaquée contre son flanc où le sang commençait déjà à traverser sa chemise. Malgré la douleur, il se releva. Il n'avait plus qu'une seule mission. Sauver sa fille. La forêt engloutit rapidement les trois silhouettes. Sarah courait en tenant fermement la main d'Elena, tandis que Daniel les suivait tant bien que mal. Chaque pas lui arrachait une grimace de douleur. Le sang continuait de couler le long de son flanc.
- Papa... tu es blessé... sanglota Elena.
- Continue d'avancer.
Sa voix était faible, mais déterminée.
Derrière eux, des cris retentirent.- Ils sont par-là !
Les hommes les poursuivaient.
Après plusieurs minutes de course, Daniel vacilla. Il s'appuya contre un vieux chêne et glissa lentement jusqu'au sol. Sarah s'agenouilla aussitôt.- Daniel !
Il secoua lentement la tête.
- Je... je ne peux pas aller plus loin.
Elena se jeta dans ses bras, les larmes aux yeux.
-Non... On va t'aider. On va appeler une ambulance.
Daniel esquissa un sourire triste.
- Écoute-moi, mon trésor...
Il retira de sa poche une chaîne en argent. Au bout pendait un petit médaillon ovale, usé par les années.
Il le déposa dans la main tremblante de sa fille.-Ne le quitte jamais.
Elena observa le pendentif sans comprendre.
-Pourquoi ?
Daniel appuya discrètement sur un minuscule mécanisme caché. Le médaillon s'entrouvrit, révélant une clé si petite qu'elle semblait presque irréelle.
Les yeux d'Elena s'agrandirent.-Une... une clé ?
- Oui. Un jour... tu découvriras ce qu'elle ouvre. Mais jusque-là... personne ne doit savoir qu'elle existe.
Il referma le médaillon avec précaution.
-Garde-le toujours contre ton cœur.
Sarah essuyait ses larmes en regardant son mari.
- Daniel...
Il leva les yeux vers elle.
- Promets-moi qu'elle vivra.
Sarah hocha la tête sans parvenir à parler.
Daniel reporta son regard sur Elena.-Promets-moi une chose.
- Je te le promets, papa... tout ce que tu veux...
- Ne laisse jamais personne prendre ce pendentif. Même si on te menace... même si tu dois fuir toute ta vie... protège-le. A tes 25 ans tu le rendras à la police
Les larmes brouillaient la vue d'Elena.
-Je te le promets...
Daniel posa une main tremblante sur sa joue.
- Je suis tellement fier de toi.
Des branches craquèrent à quelques mètres. Les poursuivants approchaient. Daniel releva difficile les yeux vers Sarah.
-Pars... maintenant.
- Je ne veux pas te laisser.
-Tu n'as plus le choix.
Il embrassa une dernière fois le front de sa fille.
-Je t'aime, Elena.
-Moi aussi, papa...
Sarah tira doucement Elena en arrière.
La fillette tendait désespérément les bras vers son père.-Papa ! Viens avec nous !
Daniel resta adossé au chêne, un faible sourire aux lèvres. Il attendit qu'elles disparaissent entre les arbres. Puis il ramassa le pistolet tombé près de lui.
Lorsque les premières silhouettes surgirent dans son champ de vision, il inspira profondément. Il savait qu'il ne reverrait jamais sa fille. Mais tant qu'il lui resterait une seule balle... personne ne passerait. Des coups de feu éclatèrent derrière elles. Un. Puis deux. Elena sursauta à chaque détonation.-Papa ! cria-t-elle en essayant de revenir en arrière.
Sarah la retint de toutes ses forces.-Non ! Continue à courir !
Les larmes brouillaient la vue de la fillette, mais elle obéit. Quelques secondes plus tard, un silence pesant tomba sur la forêt. Plus aucun tir. Sarah comprit aussitôt. Daniel venait de tomber. Elle ferma les yeux un bref instant, réprimant le cri qui lui brûlait la gorge. Elle n'avait pas le droit de s'effondrer. Pas maintenant.
-Viens, Elena.
Elles atteignirent la rivière qui serpentait entre les arbres. Un vieux pont de bois, à moitié détruit, permettait de rejoindre l'autre rive.À peine eurent-elles posé le pied dessus qu'une voix retentit derrière elles.
-C'est terminé.
Trois hommes sortirent de la forêt, leurs armes pointées vers elles. Sarah plaça instinctivement Elena derrière son dos.
-Laissez-la partir.
L'homme qui semblait être leur chef esquissa un sourire froid.
-Aucun témoin ne doit survivre.
-Ce n'est qu'une enfant !
- Justement.
Le chef leva son arme. Sarah comprit qu'il n'y avait plus d'issue. Elle se tourna vers Elena, les mains tremblantes.
- Écoute-moi bien.
Elle passa délicatement la chaîne du pendentif autour du cou de sa fille et la glissa sous son pull.
-Peu importe ce qui arrive... ne montre jamais ce médaillon à qui que ce soit.
Elena sanglotait.
-Maman... j'ai peur...
Sarah caressa son visage avec une infinie tendresse.
- Je sais, mon cœur.
Elle déposa un dernier baiser sur son front.
- Ton père et moi t'aimerons toujours.
Avant qu'Elena ne puisse répondre, Sarah la poussa brusquement derrière un énorme rocher qui dominait la rive. Au même instant, une balle fendit l'air. Sarah vacilla. Une tache rouge s'étendit lentement sur son manteau.
-Maman !
Elena voulut courir vers elle.
- Reste cachée ! cria Sarah de toutes les forces qui lui restaient.
Les hommes s'avancèrent. Sarah, bien que grièvement blessée, se redressa et leur barra le passage. Chaque seconde qu'elle leur faisait perdre était une chance de plus pour sa fille. Le chef soupira d'un air agacé.
- Finissons-en.
Une nouvelle détonation résonna. Sarah s'effondra sur le vieux pont, les yeux tournés une dernière fois vers l'endroit où Elena était cachée. Un faible sourire éclaira son visage. Puis elle ne bougea plus.
Recroquevillée derrière le rocher, Elena plaqua ses mains sur sa bouche pour étouffer ses sanglots. Elle venait de perdre ses deux parents en moins d'une heure. Les trois hommes commencèrent à fouiller les alentours.-Retrouvez la fille, ordonna leur chef.
- Elle ne peut pas être loin.
Les pas se rapprochaient. Elena ferma les yeux, persuadée que tout était fini. C'est alors qu'une ombre surgit silencieusement entre les arbres.
Personne ne l'avait vue arriver. Les trois hommes avancèrent lentement, leurs armes braquées sur les fourrés.-Fouillez chaque mètre, ordonna leur chef. Elle est forcément cachée ici.
Le silence de la forêt était oppressant. Puis... Un craquement. Les trois hommes se retournèrent d'un même mouvement. Une silhouette vêtue d'un long manteau noir se tenait au milieu du sentier, immobile. Son visage était dissimulé par l'ombre de sa capuche.
- Qui êtes-vous ? lança le chef.
L'inconnu ne répondit pas. Il fit un pas en avant. Puis un autre. Une étrange inquiétude envahit soudain les hommes.
- Répondez !
Le chef leva son arme. Un éclair d'acier traversa l'obscurité. Avant même que les deux autres ne comprennent ce qui venait de se passer, leur chef s'effondra au sol. Les deux survivants ouvrirent immédiatement le feu. Les détonations déchirèrent la forêt. Mais la silhouette semblait danser entre les balles. En quelques secondes, tout était terminé. Le silence retomba. Les trois hommes gisaient désormais sans vie. L'inconnu resta immobile quelques instants avant de ranger son arme. Il tourna lentement la tête vers le rocher derrière lequel Elena était cachée. La fillette retenait son souffle. Elle n'osait plus bouger. L'homme s'approcha sans un mot. Lorsqu'il arriva devant elle, il s'accroupit. Leurs regards se croisèrent. Pour la première fois depuis le début de cette tragédie, Elena ne vit ni haine ni colère dans les yeux de l'inconnu. Seulement une profonde tristesse. Il aperçut alors le pendentif qui dépassait légèrement du col de son pull. Son regard changea. Il venait de comprendre.
- Alors... c'est toi...
Sa voix était grave, presque un murmure. Pendant quelques secondes, il demeura silencieux. Il revit les ordres qu'il avait reçus quelques jours plus tôt.. Récupère la clé. Ne laisse aucun survivant. Il pouvait accomplir sa mission. Personne ne découvrirait jamais ce qui s'était réellement passé dans cette forêt. Pourtant...Ses yeux se posèrent sur le visage couvert de larmes d'Elena.Une enfant terrifiée. Une enfant qui venait de perdre tout ce qu'elle aimait.Il baissa lentement son arme.
- Vis...
Ce fut le seul mot qu'il prononça. Il se releva et retira discrètement une bague noire gravée d'une couronne, qu'il glissa dans la poche du chef des assaillants. Lorsque leurs commanditaires retrouveraient les corps, ils comprendraient immédiatement qui était intervenu. Le Roi Noir. Et ils sauraient qu'il avait désobéi.Au loin, des sirènes commencèrent à résonner. L'homme lança un dernier regard à Elena.
- Personne ne doit savoir que je suis venu.
En une seconde, il disparut parmi les arbres, comme s'il n'avait jamais existé.Quelques instants plus tard, des policiers arrivèrent sur les lieux. Ils découvrirent une fillette de douze ans, seule, recroquevillée contre un rocher, incapable de prononcer le moindre mot. Autour de son cou brillait un simple médaillon d'argent.Le seul héritage que ses parents avaient pu lui laisser. Sans le savoir, Elena Carter venait d'emporter avec elle un secret capable de faire tomber des empires.Et, quelque part dans l'ombre, le Roi Noir venait de déclarer une guerre dont personne n'imaginait encore les conséquences.
A suivre le chapitre 2
Chapitre 20 Le silence était devenu insupportable. Elena se tenait au milieu du tunnel, le médaillon serré dans son poing. En face d’elle, Richard maintenait son arme contre la tempe d’Adrian. Daniel, Alexander et Michael étaient immobiles. Personne n’osait faire le moindre mouvement. Richard fixa Elena.– Tu négocies avec moi ?– Oui.Un léger sourire apparut sur les lèvres de Richard.– Tu as beaucoup changé depuis la dernière fois que je t’ai vue.Elena fronça les sourcils.– Vous m’avez déjà vue ?Richard ne répondit pas.Adrian tourna légèrement la tête.– Elena, ne l’écoute pas.– Tais-toi.Richard appuya davantage son arme contre lui.– Je veux la vérité.– Tu l’auras.Elena désigna Adrian du regard.– Mais vous le libérez d’abord.Richard eut un rire bref.– Tu crois vraiment être en position de négocier ?– Non.Elle leva légèrement le médaillon.– Mais vous êtes en position de perdre ce que vous cherchez depuis vingt-cinq ans.Le sourire de Richard disparut.Elena comprit q
Chapitre 19Le silence qui suivit les paroles d’Alexander fut assourdissant. Adrian ne bougeait plus. Son regard était fixé sur son grand-père.– Tu mens.Alexander ne détourna pas les yeux.– J’aimerais.Adrian serra son arme.– Mon père n’est pas le Roi Noir.– Tu as passé ta vie à croire qu’il était simplement ton père.Alexander fit un pas vers lui.– Mais Richard Blackwood a toujours été bien plus que cela.Daniel baissa les yeux.Elena le regarda.– Papa… tu savais ?Daniel hocha lentement la tête.– Oui.Adrian se tourna brusquement vers lui.– Depuis combien de temps ?– Depuis le jour où j’ai commencé à travailler pour lui.– Et tu ne m’as jamais rien dit ?– Je voulais te protéger.Adrian eut un rire froid.– Tout le monde veut me protéger.Il regarda Elena.– Et pendant ce temps, tout le monde me ment.Elena sentit son cœur se serrer.Elle comprenait parfaitement ce qu’il ressentait.Elle aussi venait de découvrir que les personnes qu’elle aimait lui avaient caché des vérit
Chapitre 18La lettre tremblait entre les doigts d’Elena. Elle relut plusieurs fois la dernière phrase. Ne fais confiance à aucun Blackwood. Puis elle leva les yeux vers Adrian.– Vous avez quelque chose à me dire ?Adrian resta silencieux.– Adrian ?– Ton père connaissait beaucoup de choses sur ma famille.– Ce n’est pas une réponse.– Je sais.Elena se leva.– Alors donnez-moi la vraie.Adrian la fixa quelques secondes.– Je n’ai jamais voulu te faire du mal.– Ce n’est toujours pas une réponse.– Non.Il s’approcha lentement.– Mais c’est la seule chose dont je sois absolument certain.Elena recula.– Mon père m’a demandé de ne faire confiance à aucun Blackwood.– Ton père avait ses raisons.– Et vous, vous en avez aussi ?Adrian ne répondit pas.Avant qu’Elena puisse insister, une porte s’ouvrit brusquement au bout du couloir.Victor apparut.– Monsieur.Adrian se tourna.– Daniel est réveillé.Elena oublia immédiatement leur conversation.– Je peux le voir ?– Oui.Elle se préci
Chapitre 17 Elena resta figée devant l’enveloppe. Ses mains tremblaient.POUR ELENA, À OUVRIR À SES VINGT-CINQ ANS.Elle reconnut immédiatement l’écriture.C’était celle de son père. Treize années avaient passé depuis la nuit où elle l’avait perdu. Et pourtant, elle aurait reconnu cette écriture entre mille.– C’est lui…Adrian regarda l’enveloppe.– Tu es certaine ?Elena hocha lentement la tête.– Oui.Elle la prit avec précaution.Mais au moment où elle voulut l’ouvrir, Daniel murmura faiblement :– Non…Elena se retourna.Son père avait rouvert les yeux.– Papa ?Daniel tenta de se redresser.Adrian l’aida.– Cette lettre…Il reprit difficilement son souffle.– Tu ne dois pas la lire ici.Elena fronça les sourcils.– Pourquoi ?– Parce que si elle tombe entre leurs mains…Il s’arrêta.– Tout le monde mourra.Elena sentit son cœur se serrer.– Qu’est-ce que tu as écrit dedans ?Daniel regarda Adrian.– Il doit être avec toi lorsque tu la liras.Adrian fronça les sourcils.– Pourquo
Chapitre 16Le claquement de la porte métallique résonna dans le tunnel. Elena sursauta. Elle se retourna immédiatement.– Nous sommes enfermés.Adrian s’approcha de la porte et posa une main dessus. Il examina rapidement le mécanisme.– Elle est blindée.Damien éclata de rire.– Tu ne vas quand même pas me dire que le grand Adrian Blackwood est incapable d’ouvrir une simple porte ?Adrian se retourna lentement.– Tu parles beaucoup.– Et toi, pas assez.Damien pointa son arme vers Elena.– Le médaillon.Daniel se plaça immédiatement devant sa fille.– Non.– Daniel…Damien sourit.– Treize ans caché dans l’ombre et tu recommences exactement la même erreur.Daniel serra les poings.– Tu ne l’auras jamais.– Alors elle mourra avec le secret.Adrian leva son arme.– Tu vas baisser la tienne.Damien ricana.– Tu crois vraiment que je vais avoir peur de toi ici ?– Non.Adrian fit un pas en avant.– Je veux simplement te donner une dernière chance de repartir vivant.Le sourire de Damien
Chapitre 15 Le monde d’Elena venait de s’arrêter. Elle fixait l’homme devant elle. Son visage avait changé. Il était plus marqué. Ses cheveux étaient devenus légèrement grisonnants. Une cicatrice traversait sa joue. Mais ses yeux. Ces yeux-là, elle les aurait reconnus entre mille.– Papa…Le mot sortit à peine de ses lèvres. L’homme ne bougea pas. Puis son regard se remplit de larmes.– Elena.Elle fit un pas vers lui.Adrian lui attrapa immédiatement le bras.– Attends.Elena se retourna.– Lâchez-moi.– Nous ne savons pas encore qui il est.L’homme sourit tristement.– Toujours aussi méfiant, Adrian.Le Roi Noir se figea.– Si tu es vraiment Daniel Carter…– Je le suis.Elena regarda son père.– Mais tu es mort.Daniel baissa les yeux.– C’est ce que tout le monde devait croire.Elle sentit les larmes couler.– Pourquoi ?Daniel s’approcha lentement.– Parce que si mes ennemis avaient su que j’étais vivant, ils t’auraient retrouvée bien avant tes vingt-cinq ans.Elena secoua la têt







