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Chapitre 5

作者: Persephone
last update publish date: 2026-03-24 23:24:15

ENGOURDI

Son pouls restait irrégulier. Ses yeux, d’ordinaire perçants et froids, semblaient désormais troubles et inquiets. Il resta un long moment à fixer le vide, les respirations haletantes et superficielles.

Lorsqu’il leva les yeux vers l’horloge murale, celle-ci indiquait deux heures du matin.

Il expira lentement, se leva de sa chaise et prit son téléphone sur le bureau. Rester immobile était impossible. Tout son corps semblait agité, comme poursuivi par une peur dont il ne pouvait s’échapper.

Il sortit du bureau, ses pas résonnant faiblement dans le couloir silencieux, ralentissant lorsqu’il arriva devant la porte de la chambre. La pièce sombre le fixait, silencieuse et froide. Sa main se crispa sur la poignée, mais après une longue seconde, il se détourna.

Il descendit l’escalier, traversa le couloir et sortit dans la nuit froide derrière la maison.

L’air extérieur était glacial. Une grande piscine s’étendait devant lui, l’eau sombre et immobile sous la faible lumière de la lune, tandis qu’une fine brume flottait à la surface.

Victor marcha jusqu’à la table près de la piscine, se versa un verre de whisky et l’avala d’un trait. La brûlure descendit dans sa gorge sans qu’il la ressente vraiment. Son expression ne changea pas. Son corps restait raide, les épaules carrées, sa chemise légère offrant peu de protection contre le froid, mais celui-ci semblait ne plus l’atteindre.

Il se resservit, avala de nouveau, puis encore.

Chaque gorgée était brutale, sa pomme d’Adam se contractant sans pause.

Il faisait les cent pas le long de la piscine, les yeux fixés sur le reflet de l’eau, revenant sans cesse à la même pensée, elle était partie seule, alors pourquoi pleurait-elle maintenant pour qu’il l’aide ?

Mais ces mots ne le convainquaient pas lui-même. La colère ne suffisait plus à masquer cette étrange oppression dans sa poitrine.

Il vida encore un verre, puis son regard tomba sur son téléphone posé sur la table. Une tension sourde l’envahit.

Il le prit, fixa l’écran un long moment, puis composa finalement un numéro.

« Monsieur Hale ? » répondit la voix endormie de William.

« Geneviève t’a recontacté ? »

Un silence suivit. « Non, monsieur. Rien du tout. »

Victor reposa le téléphone, l’écran s’éteignant. Il reprit son whisky, en but quelques gorgées, et recommença à marcher. Le silence semblait l’écraser de toutes parts.

Il but encore. Et encore.

Le verre était presque vide lorsqu’il se crispa. Sa main trembla légèrement. Quand la dernière gorgée disparut, il serra plus fort, jusqu’à ce qu’un craquement sec résonne.

Le verre se brisa dans sa paume.

Des éclats entaillèrent sa peau, mais il ne réagit pas. Il retira simplement les morceaux un à un, les jeta, puis essuya le sang sur sa chemise comme si de rien n’était.

Au lever du jour, la ville s’illuminait faiblement. L’espace de la piscine brillait sous la lumière pâle du matin.

William entra dans le jardin et s’arrêta net en voyant Victor assis, une bouteille vide à côté de lui, le dernier verre encore à la main.

« Monsieur Hale… vous allez bien ? »

« Ce n’est rien. »

William inclina la tête. « Votre père sera au bureau dans l’heure pour la réunion. »

« D’accord. »

Victor repoussa le verre vide et se leva. Malgré la nuit d’alcool, aucun signe d’ivresse ne transparaissait, seulement une fatigue creusée jusqu’aux os.

Il rentra sans un mot, alla directement dans la chambre et ouvrit le placard. Son regard s’arrêta sur les vêtements de Geneviève, soigneusement rangés, encore imprégnés d’un parfum léger.

Sa poitrine se serra. Une frustration brutale monta en lui. Il arracha ses propres vêtements du placard et sortit.

Il prit une douche froide et longue, qui ne calma rien. Puis il s’habilla avec soin, ajusta sa montre et son parfum, retrouvant son apparence impeccable, tandis que le chaos restait enfermé à l’intérieur.

Dans la salle à manger, la table était vide.

Mme Maisel s’empressa. « Monsieur Hale, je vous prépare ça tout de suite. »

Victor regarda la chaise vide en face de lui. Habituellement, Geneviève aurait déjà tout préparé, assise à ses côtés dans une routine silencieuse devenue familière.

Le vide de cette routine effaça son appétit.

Sans un mot, il fit demi-tour et sortit, se dirigeant directement vers le bureau.

À midi, après une matinée remplie de réunions, Victor retourna à son bureau. Gabriel l’attendait, assis négligemment dans une chaise, faisant défiler son téléphone. Dès que Victor entra, Gabriel se leva d’un bond, les yeux brillants d’excitation.

« Enfin ! Je t’attendais depuis des heures, Victor, » s’exclama Gabriel.

« J’étais en réunion, » répondit Victor froidement. Baissant la tête sur sa chaise, il demanda : « Qu’est-ce que tu fais ici ? »

L’excitation de Gabriel ne fit que croître. « Ce soir, il y a une soirée bien plus importante que tes réunions du conseil. »

Victor posa les mains sur la table, ses doigts tremblant légèrement, son esprit à peine attentif aux mots de Gabriel. « Quelle soirée ? » demanda-t-il.

Gabriel se pencha en avant, les yeux pétillants de malice. « Tu te souviens de tous nos amis de la fac ? Ils se retrouvent tous ce soir à la villa de Neil. Et devine quoi ? Ophélia sera là aussi ! Tu dois venir tôt. Ne rate pas cette chance de l’impressionner. »

Victor s’appuya contre sa chaise, indifférent. « Je ne viendrai pas. »

Gabriel se figea, fronçant les sourcils, et s’approcha du bureau. « Pourquoi pas ? Je parle d’Ophélia. Tu ne te souviens pas à quel point elle t’aimait à l’époque ? Si ce n’était pas pour Geneviève, tu aurais pu… tu sais bien. » Il ajouta sur un ton taquin, en se penchant légèrement vers Victor : « Je me suis renseigné. Elle n’a eu aucun petit ami, même en France. C’est incroyable, non ? Malgré sa carrière d’actrice là-bas, elle revient ici pour toi. Tout le monde dit qu’elle t’attend encore. Tu n’es pas un peu tenté ? »

Victor posa son tablette, la voix plate. « Je suis marié. »

Gabriel cligna des yeux, la confusion traversant son visage tandis que l’excitation s’évanouissait. « Attends… tu l’aimes pas, Geneviève Brooks ? »

Les doigts de Victor se serrèrent. Pour un instant, ses yeux brillèrent d’une émotion mais il reporta rapidement son regard sur les dossiers.

« Tu deviens fou ou quoi ? » dit-il brusquement, son ton chargé d’irritation. « Pourquoi je serais amoureux d’une femme comme elle ? »

Gabriel resta bouche bée. Victor repoussa brutalement sa chaise, se leva et se dirigea vers la porte, la claquant derrière lui.

Quand Victor rentra chez lui, la vue du manoir le fit hésiter.

La grande maison se dressait dans une obscurité noire, silencieuse et imposante. Les mots de Gabriel résonnaient faiblement dans son esprit, le rongeant.

« Tu l’aimes pas, Geneviève Brooks ? »

Il serra les poings, mâchoire crispée, et se força enfin à entrer.

À l’intérieur, son regard se porta directement sur l’escalier menant à l’étage. Ses pieds fléchirent, son corps se raidit. Au lieu de monter, il se laissa tomber sur un des canapés.

Mme Maisel s’approcha immédiatement, sa voix douce et mesurée. « Monsieur Hale, je prépare le dîner ? »

Son regard glissa vers la chaise vide où Geneviève s’asseyait habituellement, et sa frustration monta jusqu’à ce que ses tempes commencent à battre douloureusement. Cette chaise avait toujours été la sienne. Chaque jour, elle s’y installait tranquillement, l’attendant. Maintenant, ce siège vide lui retournait l’estomac. Cette femme avait disparu de son champ de vision pour venir troubler encore et encore sa tranquillité !

Sa poitrine se serra alors qu’il passait une main dans ses cheveux, expirant fortement. Il repoussa Mme Maisel sans un regard. « Non, je n’ai pas envie de manger pour le moment. »

« Oui, Monsieur Hale, » dit-elle calmement, hochant légèrement la tête. Elle hésita une seconde comme si elle voulait dire quelque chose, puis s’éloigna.

Mais quelques instants plus tard, ses pas revinrent, plus légers, hésitants, presque incertains. Quand Victor leva les yeux, elle se tenait devant lui avec quelque chose dans les mains. C’était un album, épais, à la couverture rose fanée, encore imprégné d’une légère odeur de poussière et de parfum.

« Monsieur Hale, » dit-elle doucement en s’avançant, « pendant que les femmes de ménage rangeaient la chambre de Madame, elles ont trouvé cet album dans un coin, derrière les canapés. Il y a des photographies dedans… ça a l’air d’être un objet personnel. Je me suis dit que vous voudriez peut-être le voir. »

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