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Chapitre 7 : Les Messagers du Roi

مؤلف: Vick
last update تاريخ النشر: 2026-07-18 22:41:43

 

​Seraphina fixa l'homme avec incrédulité tandis qu'il demeurait incliné devant elle.

Derrière lui, des véhicules de luxe noirs s'étiraient le long de la rue, comme tout droit sortis d'un film.

C'est alors que Catherine eut un hoquet de surprise en sortant pour voir de qui il s'agissait.

​— Oh mon Dieu.

​Aria faillit faire tomber son téléphone sous le choc.

​Patrick, qui venait tout juste de se réveiller, cilla depuis le couloir.

​— Qu'est-ce qui se passe d'un coup, bordel ?

​Mme Gomez, leur voisine immédiate, sortit sur son porche pour mieux voir la scène tout en feignant de regarder ailleurs. Un autre voisin écarta ses rideaux pour ne rien rater du spectacle. En l'espace de quelques instants, plus de la moitié des habitants de la rue s'étaient déjà rassemblés en petits groupes, guettant la suite des événements.

​Seraphina déglutit péniblement.

​— Euh…

​Le représentant releva la tête.

​— Mademoiselle Seraphina Vale ?

​— Êtes-vous sûr d'avoir la bonne maison, Monsieur ?

​— Tout à fait.

​— Non, je veux dire… — Elle pointa le doigt derrière elle. — Cette maison-ci ?

​— Oui. Oui, Mademoiselle Vale.

​Catherine la bouscula pour venir se placer à ses côtés.

​— Il doit y avoir une erreur quelque part.

​— Il n'y a aucune erreur.

​— Je suis Catherine Vale. — Catherine tentait désespérément d'attirer l'attention de l'homme.

​Ce dernier lui jeta un bref coup d'œil avant de reporter aussitôt son regard sur Seraphina.

​— Nous sommes ici pour Mademoiselle Seraphina Vale.

​Le sourire de Catherine se crispa.

​— Je sais. Je suis sa mère.

​— Nous avons bien compris. — Le représentant ne la regarda même pas.

​La paupière de Catherine tressaillit à nouveau. Aria laissa échapper un ricanement. Seraphina aurait voulu que la terre s'ouvre sous ses pieds pour l'engloutir.

​Le représentant plongea la main dans une mallette en cuir et en sortit un dossier.

​— Nous avions anticipé vos doutes. — Il sortit plusieurs documents et les lui présenta. — Voici les registres d'autorisation.

​Seraphina les accepta prudemment. Toutes les pages portaient son nom.

​Son nom légal complet. Son adresse. Ses informations universitaires, ses antécédents professionnels. Tout y était.

​Son estomac se noua.

​— Comment avez-vous obtenu toutes ces informations sur moi ? Est-ce que vous me voulez du mal ?

​— Nous avons seulement reçu l'ordre de vérifier votre identité, Mademoiselle.

​— Donné par qui ?

​Le représentant esquissa un sourire poli.

​— Par Sa Majesté.

​Cela ne répondait absolument à rien.

​— Je pense que vous cherchez quelqu'un d'autre.

​— Absolument pas. On nous a ordonné de vous remettre cette invitation, rien de plus.

​Catherine fit soudain un nouveau pas en avant.

​— Je vous en prie, entrez.

​Tout le monde se tourna vers elle. Sa voix avait radicalement changé. La femme moqueuse de la veille avait disparu. Elle affichait désormais un ton chaleureux, amical, presque maternel.

​— Nous serions ravies de vous recevoir.

​Seraphina faillit s'étouffer de surprise. Les recevoir ? La veille, Catherine lui avait ri au nez. Aujourd'hui, on aurait dit une diplomate.

​Le représentant s'inclina légèrement.

​— Ce ne sera pas nécessaire, Madame.

​— Allons, n'insistez pas ! — Catherine sourit de toutes ses dents. — Je peux préparer du thé.

​— Non, merci.

​— Un café, alors ?

​— Non.

​— Un petit-déjeuner ?

​— Non.

​Le représentant se tourna vers Seraphina.

​— Mademoiselle Vale, avez-vous des questions concernant l'invitation ?

​Le sourire de Catherine s'évanouit d'un coup. Il venait encore de l'ignorer royalement. Seraphina faillit éclater de rire.

​Quelques minutes plus tard, Aria lui attrapa le bras et l'entraîna à l'écart.

​— Viens là.

​— Quoi ?

​— Tout de suite.

​Elle traîna Seraphina vers le côté de la maison.

​— C'est qui, ces gens ?

​— Je n'en sais rien.

​— Arrête de mentir.

​— Je ne mens pas !

​— Alors explique-moi ça. — Aria pointa du doigt les véhicules de luxe. — Ces voitures.

​— Je ne peux pas.

​— Ces uniformes.

​— Je n'en sais rien.

​— L'invitation.

​— Je n'en sais rien !

​Aria croisa les bras.

​— Quelqu'un d'important s'intéresse à toi.

​— Apparemment.

​— Pourquoi ?

​Seraphina soupira.

​— Si seulement je le savais…

​— Tu as rencontré quelqu'un.

​— Non.

​— Si, c'est sûr.

​— Je te dis que non !

​— Alors comment tu expliques ce qui se passe dehors ?

​— Je n'en sais rien ! — Les mots sortirent plus brusques qu'elle ne l'aurait voulu.

​Les deux jeunes filles se figèrent. Aria plissa les yeux.

​— Tu sais quelque chose.

​— C'est faux.

​— Alors pourquoi tu as l'air si nerveuse ?

​Parce qu'elle pensait à Lucien. Parce qu'elle se rappelait ses yeux cramoisis. Parce qu'elle n'arrêtait pas d'entendre ces mots : Mon Roi.

​Mais elle ne pouvait rien expliquer de tout cela. Pas même à elle-même.

​— Je te jure que je ne comprends pas ce qui se passe.

​Pour la première fois, Aria parut incertaine. Puis jalouse. Terriblement jalouse.

​— Je ne te crois pas.

​Seraphina commençait à s'en moquer.

​Le représentant la rappela.

​— Mademoiselle Vale.

​Elle revint vers lui. L'homme ouvrit une autre mallette.

​— Ceci devrait répondre à certaines questions logistiques. — Il lui tendit une épaisse pochette.

​Seraphina cilla.

​— Qu'est-ce que c'est ?

​— Votre invitation officielle.

​Elle l'ouvrit. À l'intérieur se trouvaient de multiples documents. Les détails du transport. Des accréditations d'invitée. Des horaires. Des cartes. Sa confusion doubla.

​Puis elle passa à la page suivante. Et se figea.

​— Qu'est-ce que c'est que ça ?

​— Votre allocation vestimentaire.

​Catherine lui arracha presque le papier des mains. Le montant inscrit fit écarquiller les yeux de tout le monde. Patrick dessoûla instantanément.

​— C'est de l'argent bien réel.

​Seraphina fixa la feuille. C'était plus d'argent qu'elle n'en gagnait en plusieurs mois. Des mois entiers. Sa voix dérailla :

​— Pourquoi dépenser autant juste pour un rendez-vous ?

​Le représentant répondit calmement :

​— Parce que Sa Majesté accorde une importance capitale à votre présence.

​Personne ne parla. La rue elle-même semblait plongée dans le silence. Catherine lui empoigna le bras.

​— Tu y vas.

​— Quoi ?

​— Tu vas y aller, c'est indiscutable.

​— Je n'ai pas encore décidé.

​— Mais tu es folle ?

​Aria s'empara de la pochette.

​— Regarde-moi ça. — Elle pointa à nouveau le chiffre du doigt. — On ne dépense pas des sommes pareilles pour des inconnus.

​Exactement. C'était bien là le problème. Rien dans tout cela n'avait de sens.

​Le représentant lui remit un dernier document.

​— Une autorisation temporaire d'accès.

​Seraphina leva les yeux.

​— Qu'est-ce que ça veut dire ?

​— Cela vous donne accès aux zones restreintes durant votre visite.

​— Restreintes ?

​— C'est exact.

​— Pourquoi ?

​— Je crains de ne pas pouvoir vous répondre.

​Évidemment.

​Finalement, les émissaires retournèrent à leurs véhicules. Ils ne partaient pas, ils lui laissaient le temps de réfléchir. D'une certaine manière, cela semblait encore plus intimidant.

​Dès qu'ils furent hors de portée de voix, Patrick prit la parole.

​— Est-ce que ces gens peuvent nous aider ?

​Seraphina le regarda.

​— Quoi ?

​— L'argent. — Ses yeux restaient fixés sur la pochette. — Ils ont peut-être des contacts.

​— Papa…

​— On pourrait réparer le toit.

​Seraphina sentit son cœur se serrer. Pas encore. S'il vous plaît, pas encore.

​Patrick continua :

​— On pourrait rembourser nos dettes.

​— Papa.

​— On pourrait—

​— Papa.

​Il s'interrompit. Pendant un instant, un lourd silence pesa entre eux. Seraphina déglutit avec peine.

​— C'est pour moi qu'ils sont venus.

​Patrick sourit jaune.

​— Je dis juste que—

​— Non. — Sa voix resta calme. Stable. — C'est pour moi qu'ils sont venus.

​Un autre silence s'ensuivit. Puis Patrick détourna le regard. Cela fit plus de mal à Seraphina que s'il s'était disputé avec elle. Parce qu'il ne comprenait pas. Il ne voyait pas le danger. Il n'essayait même pas.

​Catherine brisa la tension.

​— Quoi qu'il arrive, ne nous fiche pas la honte.

​Seraphina rit. Un rire court, amer. Puis elle monta à l'étage.

​À des kilomètres de là, à l'intérieur de la tour Draven, un majordome se tenait devant Lucien Draven.

​— L'invitation a été remise, Votre Majesté.

​Lucien se tenait près des immenses baies vitrées qui surplombaient la ville.

​— Et ?

​Le majordome hésita.

​— Elle était confuse.

​Le regard de Lucien resta fixé sur l'extérieur.

​— Naturellement.

​— Elle a cru à une erreur.

​Un infime sourire effleura les lèvres de Lucien. Léger. Presque invisible. Le majordome le remarqua immédiatement. Intéressant. Très intéressant.

​— J'imagine que sa famille a mal réagi.

​Le majordome toussa poliment.

​— C'est une évaluation tout à fait exacte.

​Lucien parut presque amusé. Presque.

​— Quelle a été sa réaction exacte ?

​— Soupçonneuse.

​— Raisonnable.

​— Curieuse.

​Lucien hocha la tête.

​— Également raisonnable.

​Le majordome risqua une question.

​— Pourquoi elle ?

​Le regard de Lucien changea d'intensité. Le majordome regretta instantanément sa curiosité. Une seconde plus tard, Lucien détourna les yeux.

​— Cela ne vous regarde pas.

​— Bien sûr, Votre Majesté.

​Le sourire disparut. Le mystère restait entier.

​— Tu m'attendais. — Lucien ne se retourna pas.

​Elara entra dans la pièce avec grâce.

​— Absolument pas.

​— Menteuse. — Lucien soupira. — Bonjour, Mère.

​Elara s'approcha de la fenêtre.

​— Cette humaine ?

​Lucien garda le silence.

​— Intéressant, nota-t-elle.

​— Vous imaginez des choses.

​— Ah oui ? — Elle l'étudia attentivement. — Est-ce que tu sais depuis combien de siècles je te connais ?

​— Malheureusement, oui.

​Elara éclata de rire.

​— Tu es curieux.

​— Je suis prudent.

​— Envers une humaine ?

​— Envers une anomalie.

​Les yeux d'Elara pétillèrent.

​— Nous y voilà.

​— Quoi ?

​— Ce mot.

​Lucien fronça les sourcils.

​— Quel mot ?

​— Anomalie. — Elle lui adressa un sourire entendu. — Tu l'as déjà classée dans une catégorie spéciale.

​Lucien ne dit rien. Le sourire d'Elara s'élargit.

​— Oh, mon grand…

​— Il ne se passe rien.

​— Évidemment.

​— Rien du tout.

​— Absolument rien.

​Lucien finit par la regarder. Elle avait l'air ravie. Ce qui était plutôt préoccupant.

​La nuit tomba.

​Seraphina était assise seule sur son lit. La pochette d'invitation était posée devant elle. Elle la passa en revue à nouveau. Encore. Et encore. Chaque page semblait authentique. Pas de frais cachés. Pas de demandes suspectes. Pas de menaces. Pas de pièges. Du moins, aucun qu'elle ne puisse déceler.

​Elle fixa les détails du transport. Puis l'allocation vestimentaire. Puis le numéro de téléphone à contacter. Finalement, elle ferma les yeux.

Lucien.

​Le nom résonna dans son esprit. La ruelle. L'attaque. Cette vitesse impossible. La terreur sur le visage de son agresseur. Et ces mots étranges. Mon Roi.

​Lentement, elle se redressa.

​— C'est pas vrai…

​Cette prise de conscience lui tordit l'estomac.

​— Tout ça, c'est à cause de lui.

​Elle reprit la pochette. Relut le numéro. Puis la reposa. Puis la reprit à nouveau.

​— C'est complètement fou.

​Un silence. Puis un autre.

​— Pas vrai ?

​Aucune réponse ne lui vint. Seul le silence lui répondit. Finalement, elle saisit son téléphone. Composa le numéro. Ça sonna une fois. Le représentant décrocha immédiatement. Comme s'il n'avait attendu que cela.

​— Mademoiselle Vale.

​Seraphina prit une profonde inspiration.

​— Dites à Sa Majesté… — Elle marqua une pause. — …que je viendrai.

​— Merveilleux, Mademoiselle Vale.

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