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Chapitre 8 : En route pour la tour Draven

Author: Vick
last update publish date: 2026-07-18 23:02:16

 

​Seraphina ouvrit brusquement les yeux. Pendant une seconde de pur bonheur, tout lui sembla normal. Puis son regard se posa sur la pochette d'invitation posée sur sa table de chevet, et la réalité la rattrapa de plein fouet.

​— Oh non…

​Elle se redressa et passa ses mains sur son visage. Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Les documents se contentaient de lui renvoyer son reflet : les détails du transport, l'autorisation d'accès, et une allocation vestimentaire si astronomique qu'elle paraissait encore irréelle. Elle reprit la pochette, relut le tout une seconde fois, espérant secrètement que les chiffres aient changé. Ce n'était pas le cas.

​— C'est de la folie. — Elle se laissa retomber en arrière sur son lit dans un gémissement. — Je devrais probablement m'enfuir. — Un battement de cœur plus tard, elle soupira. — Trop tard.

​On frappa à la porte.

​— Entrez.

​Seraphina faillit tomber du lit en voyant Catherine entrer, un plateau de petit-déjeuner entre les mains. Un vrai plateau de petit-déjeuner. Pour elle.

​— Qu'est-ce qui t'arrive ?

​Catherine cilla.

​— Quoi ?

​— Qui es-tu et qu'as-tu fait de Catherine Vale ?

​— Très drôle.

​— Tu l'as empoisonné ?

​Catherine poussa un soupir théâtral.

​— J'essaie simplement de te soutenir.

​— C'est terrifiant.

​Pendant une seconde, Catherine parut sincèrement offensée, avant de se rappeler la raison exacte pour laquelle elle se montrait aimable.

​— Mange pendant que c'est chaud, dit-elle en posant le plateau.

​Seraphina l'accepta avec méfiance.

​— Merci.

​— Je t'en prie. — Les mots sonnaient presque douloureusement faux dans sa bouche. Catherine s'installa sur le bord du lit. — Tu devrais faire bonne impression aujourd'hui.

​— Et voilà.

​— Quoi ?

​— La vraie raison de ta gentillesse.

​— Je suis sérieuse.

​— Moi aussi.

​Catherine se pencha plus près, lissant un pli imaginaire sur la couverture.

​— Les gens importants n'invitent pas les filles ordinaires sans raison.

​— C'est exactement ce qui m'inquiète.

​— Balivernes. Rappelle-toi simplement qui tu représentes.

​Seraphina faillit s'étouffer.

​— Je représente ?

​— La famille.

​L'ironie de la situation manqua de l'achever.

​— Tu veux dire la famille qui se moquait de moi il y a encore deux jours ?

​Catherine ignora royalement la remarque.

​— Essaie de ne pas nous faire honte.

​Seraphina rit. Catherine resta de marbre, et le silence qui suivit s'étira jusqu'à devenir franchement pesant. Heureusement, un nouveau coup frappé à la porte rompit le malaise — une voix venant d'en bas annonça que l'escorte était arrivée.

​Trente minutes plus tard, Seraphina se tenait dans le salon, entourée d'inconnus : trois femmes en élégant uniforme noir, un homme muni d'une tablette, et un autre portant des housses à vêtements. Elle avait moins l'impression de se préparer pour un rendez-vous que pour un mariage royal.

​— C'est beaucoup trop, dit-elle.

​L'une des professionnelles sourit.

​— Pas du tout.

​— Si, vraiment.

​— C'est la procédure standard.

​— Il n'existe aucun univers où tout ceci est standard.

​Les femmes échangèrent un regard amusé, et l'une d'elles ouvrit une housse. La robe à l'intérieur était magnifique — élégante, visiblement hors de prix, et valant sans aucun doute plus que tout ce que Seraphina pourrait jamais s'offrir.

​— Non.

​— Non ?

​— Je ne peux pas porter ça.

​— Pourquoi donc ?

​— Parce qu'elle coûte probablement plus cher que mon loyer.

​— Elle a été sélectionnée spécialement pour vous, répondit l'habilleuse avec un sourire.

​— Sélectionnée par qui ?

​La femme hésita, puis répondit avec précaution :

​— Sa Majesté a exigé ce qu'il y a de meilleur.

​La pièce devint silencieuse. Le simple fait d'entendre ce titre donna des frissons à Seraphina. Sa Majesté. Qui parlait ainsi dans la vraie vie ? Pourquoi tout le monde agissait-il comme si cet homme dirigeait le monde — et plus encore, pourquoi s'intéressait-il à elle ?

​On la guida doucement vers une chaise.

​— Nous allons vous préparer.

​— Tout cela me semble encore excessif.

​— C'est notre devoir.

​Depuis le pas de la porte, Aria observait le moindre détail — la robe, les bijoux, les mouvements des habilleuses — sans chercher à masquer la jalousie qui brûlait dans ses yeux. Elle finit par coincer Seraphina dès que le personnel eut le dos tourné.

​— Bon, dit-elle. Ça suffit. Dis-moi la vérité.

​— Je te dis la vérité.

​— C'est faux.

​— Si.

​— Non.

​— Aria…

​— C'est qui, ces gens ?

​— Je n'en sais rien.

​— Arrête de répéter ça.

​— Je suis sérieuse !

​Aria pointa le doigt vers les habilleuses.

​— Les gens ne dépensent pas autant d'argent pour une fille au hasard.

​— J'ai remarqué.

​— Tu as rencontré quelqu'un.

​— Non.

​— Si.

​— Je te dis que non.

​L'expression d'Aria se durcit.

​— Alors explique-moi ça.

​— Je ne peux pas.

​— Parce que tu me caches quelque chose.

​Quelque chose finit par lâcher chez Seraphina.

​— Je ne cache rien !

​Un silence de plomb retomba sur la pièce. Aria l'étudia longuement.

​— Alors… même toi, tu n'en sais rien ?

​La question prit Seraphina au dépourvu. Elle hésita, puis secoua la tête.

​— Non.

​Pour la première fois, Aria parut sincèrement déstabilisée — ni en colère, ni jalouse, juste perturbée. Car si même Seraphina ne comprenait pas ce qui lui arrivait, alors cette histoire les dépassait toutes les deux, et de très loin.

​Les véhicules de luxe arrivèrent juste avant midi, et le quartier s'agita instantanément, exactement comme la veille. Des enfants se rassemblèrent au bord du trottoir. Des adultes chuchotaient derrière leurs mains. Les téléphones sortirent de partout pour filmer, photographier, spéculer.

​Seraphina rêvait de disparaître sous terre.

​— Maman, c'est elle ! cria un petit garçon en la pointant du doigt.

​— Elle doit être riche, murmura une femme tout près.

​— Non, elle ne l'est pas.

​— Alors pourquoi ils sont là ?

​Catherine rayonnait littéralement. Debout fièrement à côté des portières, elle souriait et saluait de la main comme si elle avait elle-même orchestré tout l'événement.

​— S'il te plaît, arrête, marmonna Seraphina.

​— Je me montre simplement polie.

​— On dirait que tu es en campagne électorale.

​Patrick sortit à son tour de la maison — fatigué, usé comme toujours, mais étonnamment lucide.

​— Sois prudente, dit-il.

​Seraphina cilla, déstabilisée par le poids de ces mots.

​— Alors… tu t'en soucies un peu.

​Il eut l'air embarrassé, puis hocha de nouveau la tête.

​— Juste… sois prudente.

​C'était peu de chose, mais cela la toucha plus qu'il ne l'imaginait. Elle esquissa un doux sourire.

​— Je le serai.

​Le responsable de l'escorte s'approcha.

​— Nous devrions y aller.

​Seraphina prit une inspiration, monta à bord du véhicule et laissa la portière se refermer sur elle. Sa vie ordinaire s'effaça derrière les vitres teintées.

​Le trajet commença dans le silence — un silence qui dura tout juste trente secondes avant que Seraphina ne le brise.

​— Qui est Sa Majesté ?

​Le représentant sourit poliment.

​— Je crains de ne pas pouvoir vous répondre.

​— Tout le monde répète la même chose.

​— Il préfère expliquer les choses en personne.

​— Pourquoi moi ?

​— Il préfère expliquer les choses en personne.

​Elle poussa un soupir exaspéré. L'homme eut la décence d'afficher un regard désolé, ce qui ne fit qu'agacer Seraphina davantage.

​— Qu'est-ce qu'il me veut ?

​— Il préfère expliquer les choses en personne.

​— Vous répétez vos répliques à l'avance, ou quoi ?

​Un léger sourire étira ses lèvres.

​— Parfois.

​Seraphina laissa retomber sa tête contre le dossier du siège.

​— Merveilleux. — Un silence, puis : — Pourquoi tout le monde agit comme s'il était de sang royal ?

​Le représentant choisit ses mots avec une prudence évidente.

​— Sa Majesté est un homme exceptionnellement important.

​— Ça ne m'apprend absolument rien.

​— Il tient à sa vie privée.

​— Et au mystère, visiblement.

​L'homme ne contredit pas ce point — ce qui, en soi, était suspect.

​De l'autre côté des vitres, le paysage urbain se métamorphosait lentement. Les gratte-ciels devenaient plus hauts, plus propres, plus opulents. Des postes de sécurité apparaissaient aux intersections. Des gardes privés surveillaient les coins de rue. Les voitures de luxe commençaient à surpasser en nombre les citadines ordinaires.

​— Cet endroit existe vraiment ? demanda Seraphina.

​L'accompagnatrice à ses côtés hocha la tête.

​— Tout à fait.

​— On dirait un autre pays.

​Des passants flânaient dans des vêtements de créateurs valant plus que ses revenus mensuels — certains avaient l'air puissants, d'autres dangereux, et la plupart dégageaient ces deux impressions à la fois.

​— Je n'ai définitivement pas ma place ici.

​— Peut-être, répondit la femme avec un sourire qui n'offrait aucun réconfort.

​Puis elle la vit : la tour Draven. Elle dominait l'horizon, alliance de verre, d'acier et de pierre — une élégance séculaire fusionnée avec une modernité saisissante. Elle s'élevait au-dessus de tout le reste, irradiant une forme de pouvoir qui ne se voyait pas mais se ressentait, le genre de puissance qui pousse les gens à baisser la voix sans trop savoir pourquoi.

​— C'est là qu'il vit ?

​— Oui.

​La réponse la rendit plus nerveuse qu'elle ne voulait bien l'admettre.

​— Quel genre d'homme a besoin d'un bâtiment pareil ?

​Personne ne répondit. En soi, c'était une réponse suffisante.

​À l'intérieur, l'atmosphère devint plus étrange encore. Le personnel se déplaçait avec calme et efficacité, sans jamais perdre un mouvement, sans jamais parler plus que nécessaire. Personne n'avait l'air détendu — non pas par peur, à proprement parler, mais par discipline. Le genre de rigueur qui naît lorsque l'on sait que chaque erreur se paie.

​— Qui est cet homme, concrètement ? insista Seraphina.

​À nouveau, le silence lui répondit.

​— Mademoiselle Vale.

​Elle se tourna vers cette voix chaleureuse et se retrouva face à une femme éblouissante aux cheveux d'argent et au regard acéré, dotée d'un port de tête qui rendait la grâce naturelle.

​— Bienvenue.

​— Merci, répondit Seraphina, sur ses gardes.

​Le regard de la femme s'attarda sur elle, l'étudiant, pesant le pour et le contre.

​— Vous n'êtes pas ce à quoi je m'attendais.

​— Je ne sais pas si je dois le prendre pour un compliment.

​Le sourire de la femme devint sincère.

​— Bonne réponse.

​Seraphina se détendit, un tout petit peu.

​— Est-ce que je peux vous demander à quoi vous vous attendiez ?

​— À quelqu'un de plus intimidé.

​— Je suis intimidée.

​— Non, dit la femme dans un rire étouffé. Vous êtes curieuse.

​Ce qui était, agaçant de vérité, tout à fait exact.

​— Et vous êtes… ?

​— Elara.

​Pas de titre. Pas d'explications complémentaires. Juste Elara.

​Leur conversation se poursuivit, prudente et mesurée, semblable à une partie d'échecs déguisée en bavardage mondain.

​— Quelles études faites-vous ? demanda Elara.

​— Du commerce.

​— Intéressant.

​— Pourquoi ?

​— La plupart des gens choisissent une filière parce qu'ils pensent qu'elle changera leur avenir.

​Seraphina fronça les sourcils.

​— Et alors ?

​— Et je me demande quel est l'avenir dont vous rêviez.

​La question resta suspendue dans l'air plus longtemps qu'elle ne l'aurait cru. Finalement, elle répondit avec franchise :

​— Un avenir où je n'aurais pas à me battre en permanence pour m'en sortir.

​Quelque chose s'adoucit dans les yeux d'Elara.

​— C'est honnête.

​— J'essaie de l'être.

​— C'est rare. — Une lueur indéchiffrable passa sur ses traits — de l'approbation, peut-être, ou de la curiosité. Probablement les deux.

​Depuis une autre pièce, Lucien observait les écrans de surveillance braqués sur le hall d'entrée — et sur une personne en particulier. Seraphina Vale lui parut différente de ses souvenirs, et pourtant exactement la même. Les habilleuses avaient modifié son apparence, mais pas sa nature. Elle continuait de défier les conventions. De répondre avec franchise. De refuser les faux-semblants.

​Intéressant. Très intéressant.

​Il garda les yeux fixés sur l'écran, la regardant converser avec Elara, notant sa façon de refuser de se laisser impressionner. Cette curiosité inhabituelle s'éveilla de nouveau en lui — cette même sensation qu'elle provoquait depuis le premier jour.

​On frappa à la porte.

​— Votre Majesté. C'est l'heure.

​Il hocha la tête une fois et détacha ses yeux de l'écran.

​Quelques minutes plus tard, un membre du personnel s'approcha de Seraphina.

​— Mademoiselle Vale. Sa Majesté est prête à vous recevoir.

​Elle se leva d'un bond.

​— Déjà ? — Son estomac se noua. Elle n'était pas prête, loin de là. Pourtant, elle emboîta le pas de son guide le long d'immenses couloirs, croisant un personnel silencieux et longeant des œuvres d'art inestimables. Son anxiété grandissait à chaque pas, jusqu'à ce qu'ils atteignent une double porte massive.

​— C'est ici, annonça l'accompagnateur.

​Seraphina déglutit avec peine, puis hocha la tête. Les portes s'ouvrirent, et elle pénétra dans la pièce.

​L'endroit était désert. La confusion s'empara de son visage — puis une voix familière s'éleva derrière elle.

​— Vous êtes venue.

​Elle se figea. Lentement, elle se retourna.

​Lucien se tenait devant elle.

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