LOGIN— Nina !Elias déboucha sur le sentier de la falaise, le visage décomposé par l’inquiétude. Il se jeta vers elle, enserrant ses épaules glacées dans une étreinte vigoureuse. Autour d’eux, la brume de l’océan s’épaississait, avalant l’escalier de roche par lequel Adrian venait de s’évanouir.— Qu’est-ce qui se passe ? Tu es blême... J’ai cru entendre des voix, dit Elias, scrutant la pénombre derrière elle, la main glissant d’instinct vers son flanc sous sa veste de costume.Nina resta muette une fraction de seconde, le cœur martelant sa poitrine à un rythme fou. Les paroles d’Adrian résonnaient comme un glas dans sa tête : Je vais te prendre Elias. Je vais te prendre ta sœur. Si elle révélait sa présence à cet instant, Elias partirait seul dans la nuit pour le traquer, exactement comme Adrian l’avait prévu.— Rien... un vertige, mentit-elle d’une voix mal assurée en se cramponnant au revers du costume de son mari. Le contrecoup de la journée, sans doute.Elias la dévisagea, sceptique m
Le vent de l’Atlantique sembla se figer, glacé par la présence de l’homme que Nina avait vu s’effondrer dans son propre sang quelques mois plus tôt. Sous la lueur tremblante de la lanterne, les détails du visage d’Adrian De Villiers révélaient l’horreur de sa survie : une impressionnante cicatrice boursouflée et déformée courait le long de sa mâchoire jusqu’à sa clavicule, souvenir indélébile du tir à bout portant qu’il avait reçu dans le hall du manoir.— C’est... impossible, murmura Nina, la voix étranglée par un choc si violent qu’elle en oublia presque de respirer. Je t’ai vu mourir. L’autopsie... la police...Un rire sec, rocailleux et dénué de toute humanité s’échappa de la gorge abîmée d’Adrian.— Des légistes achetés à coup de millions et un corps anonyme défiguré dans la morgue de Brest font des merveilles, Nina, cracha-t-il, un œil légèrement voilé par la paralysie faciale consécutive à ses blessures. Tu as sous-estimé la puissance des protocoles d’urgence De Villiers. Une é
Le soleil de septembre baignait la pointe de la presqu’île de Crozon d’une lumière éclatante. Sur la pelouse du domaine, face à l’immensité bleue de l’océan Atlantique, un grand pavillon blanc avait été dressé, paré de fleurs sauvages et de voilages légers qui s’entrouvraient sous la brise marine.La tension des années de traque, l’odeur de la poudre et les éclats de verre n’étaient plus que de lointains fantômes.Vêtue d’une robe fluide aux reflets nacrés, ses cheveux lâchés sur ses épaules et la cicatrice de son flanc à jamais dissimulée sous le tissu, Nina s’avança lentement le long de l’allée. À ses côtés, Inès, resplendissante dans un tailleur crème, lui offrit un sourire les yeux brillants de larmes contenues. Un peu plus loin, la petite Élise parsemait le sol de pétales de roses, riant aux éclats sous le regard attendri de Marc, reconverti en témoin d’honneur.Au bout de l’allée, Elias l’attendait. Dans son costume sombre, le visage autrefois creusé par l’angoisse des combats a
Six mois s’étaient écoulés depuis l’arrestation définitive de Camille de Villiers. Pour la première fois depuis près d’une décennie, l’ombre du clan de Villiers ne planait plus sur l’existence de Nina. Les méandres judiciaires s’étaient enfin refermés, scellant la déchéance totale de l’empire criminel et la réclusion à perpétuité de ses derniers acteurs.Au manoir de Crozon, le silence de la côte bretonne n’était plus lourd de menaces ni teinté d’angoisse. Il était désormais rythmé par le souffle régulier de l’océan et les rires clairs de la petite Élise, qui courait sur la pelouse bordant la falaise sous le regard bienveillant et apaisé d’Inès. La blessure au flanc de Nina n’était plus qu’une fine cicatrice argentée, témoin silencieux des tempêtes traversées.Assise sur le banc en pierre surplombant l’Atlantique, Nina observait le soleil décliner à l’horizon, teignant les vagues d’or et de pourpre. Elle n’avait plus à guetter les ombres, à analyser le bruit d’un moteur au loin ou à d
Le gaz neurotoxique paralysait les membres de Nina, mais son esprit luttait avec la fureur d’une femme qui refusait de mourir au seuil de sa liberté. Les yeux injectés de sang, elle fixa Camille de Villiers, qui contournait lentement la carcasse fumante du SUV, la seringue de toxine cardiaque levée entre ses doigts gantés de noir.— Tu pensais vraiment que l’histoire s’arrêtait à la mort d’Adrian ? murmura Camille en glissant son bras à travers la vitre brisée du côté passager. Mon frère était un barbare. Il a fait de toi une martyre. Moi, je vais simplement faire croire à un arrêt cardiaque consécutif aux séquelles de ta blessure. Pas de procès, pas de drame. Une simple crise du cœur.Camille saisit brutalement le col de Nina pour stabiliser son cou, approchant l’aiguille de l’artère carotide.C’était compter sans la mémoire musculaire et l’instinct de survie que des années de traque avaient ancrés en Nina. Faisant appel à une réserve d’énergie désespérée, Nina ne chercha pas à repou
Contrairement à Adrian, dont la démence sanglante avait fini par consumer le clan, Camille de Villiers appartenait à une race de prédateurs bien plus dangereuse : les calculateurs. Là où son frère frappait avec la violence d’une tempête, Camille agissait comme un poison à diffusion lente.En moins de quarante-huit heures après sa libération, elle avait réactivé les dernières cellules d’influence financières de la famille. Les comptes occultes basés au Liechtenstein et aux îles Caïmans, échappés aux saisies de la justice grâce à des montages fiduciaires complexes, débloquèrent des dizaines de millions d’euros. Camille ne recruta pas de mercenaires bruyants ni de commandos de guerre. Elle s’attacha les services d’un réseau d’exécuteurs de l’ombre, habitués aux opérations sous fausse bannière.— Adrian cherchait à briser Nina en spectacle, déclara Camille à son bras droit dans le salon feutré d’un hôtel particulier à Genève. Il voulait la voir supplier. Quelle erreur absurde... On ne nég







