LE FRÈRE DE MON EX

LE FRÈRE DE MON EX

last updateDernière mise à jour : 2026-11-03
Par:  PaulMis à jour à l'instant
Langue: French
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« Dis-moi de partir. » Je n'ai rien dit. Camille aurait dû épouser l'homme de sa vie. À la place, elle a surpris sa trahison, et elle a fui. Vers un chalet perdu dans les Alpes, là où personne ne la chercherait. Personne, sauf lui. Noah Brenner. Le frère aîné de son ex. Celui qu'elle évite depuis des années, celui dont le regard la déshabille sans jamais la toucher. Une tempête de neige bloque la route. Trois jours. Un seul feu. Aucune échappatoire. Camille voulait oublier. Noah, lui, n'a jamais rien oublié. Entre la colère, le désir et un secret qu'il garde depuis trop longtemps, jusqu'où ira-t-elle pour se venger ?

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Chapitre 1

Chapitre 01

POINT DE VUE : CAMILLE

Il y a des portes qu'on ne devrait jamais ouvrir le jour de son mariage.

Celle de la suite nuptiale, au deuxième étage du château de Vaulnay, était entrouverte. Je tenais mon bouquet d'une main et ma traîne de l'autre, cherchant Lucas pour lui avouer que j'avais peur, rien de grave, juste cette peur douce des femmes qui s'apprêtent à dire oui. Je n'ai jamais eu l'occasion de la lui confier.

Un rire m'a arrêtée avant même que je pousse le battant, un rire de femme, bas, essoufflé, que j'aurais reconnu entre mille. C'était celui d'Inès, ma meilleure amie, celle qui m'avait aidée à choisir la dentelle de ma robe et qui devait être mon témoin dans moins d'une heure.

— Arrête, on va nous entendre…

— Qu'ils entendent.

La voix de Lucas, sa voix de velours, celle qui m'avait fait croire pendant trois ans que j'étais la femme la plus chanceuse du monde.

— Dans une heure, c'est fini. Je me marie, et toi, tu restes ma plus belle erreur.

J'ai poussé la porte.

Ils ne m'ont pas vue tout de suite. Elle était à demi allongée sur le lit défait, sa robe de demoiselle d'honneur remontée sur ses cuisses, tandis que lui, la chemise ouverte, les mains perdues dans ses cheveux, avait encore la bouche rougie par la sienne. L'image était si nette que je pourrais la dessiner aujourd'hui, au millimètre près.

Ce n'est pas le cri que j'attendais qui est sorti de moi, mais un silence, un grand silence blanc, pareil à ma robe.

— Camille…

Lucas s'est redressé, livide.

— Ce n'est pas ce que tu crois.

J'ai failli éclater de rire. Les hommes disent toujours cela, comme si la vérité avait besoin de leur permission pour exister.

— Tu as raison, ai-je murmuré. Ce que je crois est bien pire.

Inès pleurait déjà, bien sûr, les mains tendues vers moi, son mascara coulant sur la joue que j'avais embrassée le matin même. Je n'entendais pas un mot de ce qu'elle disait. Je ne voyais que mon reflet dans le grand miroir de la coiffeuse : une femme en blanc, les épaules nues, le visage figé comme une statue.

Alors j'ai retiré la bague. Elle a glissé sans la moindre résistance, comme si mon doigt avait toujours su qu'elle ne lui appartenait pas. Je l'ai posée sur la commode, puis j'ai relevé ma robe à pleines poignées et je me suis enfuie en courant.

Je ne garde presque aucun souvenir de la route. Je me rappelle le volant glacé sous mes doigts, la dentelle qui s'accrochait au levier de vitesse, les invités qui se retournaient sur le parvis en me voyant démarrer en trombe. Je me rappelle surtout avoir pleuré si fort que la chaussée a fini par disparaître, avalée par mes larmes et par la neige qui commençait à tomber.

Quand je reprends mes esprits, je suis déjà dans les Alpes.

Je n'ai pas choisi de venir ici. Mes mains ont pris la décision à ma place, car il n'existe qu'un seul endroit au monde où personne ne songerait à me chercher : le chalet du Val-Noir, perdu au bout d'un chemin forestier, que Lucas m'avait un jour décrit en riant comme « la vieille bicoque de la famille, que personne n'utilise jamais ». Personne. Il avait bien dit personne.

La nuit tombe, la neige s'épaissit, et mes talons de mariée s'enfoncent dans la poudreuse lorsque j'aperçois enfin la silhouette du chalet, sombre et massive contre le ciel d'encre. Une seule fenêtre est éclairée, et un mince filet de fumée s'élève de la cheminée. Mon cœur se serre. Peut-être un voisin, peut-être un gardien, peut-être rien du tout, juste le vent et mon imagination qui se débattent avec ma douleur.

Je me dis que je n'ai plus rien à perdre. C'est faux, mais cela me donne le courage de frapper. Personne ne répond, alors je pousse la porte du plat de la main.

La chaleur m'happe d'un seul coup, dense, enveloppante, chargée d'une odeur de bois brûlé et de résine, mêlée à quelque chose de plus sombre, de plus masculin : du cuir, de la fumée, du savon de cèdre. Un parfum que mon corps reconnaît avant même que mon esprit comprenne pourquoi.

Le feu craque dans l'immense cheminée de pierre. Sur le manteau sont alignées des dizaines de sculptures de bois, des visages, des mains, des silhouettes dont les courbes sont si fines qu'on les croirait vivantes. Sur l'établi, sous la lampe, un carnet de croquis est resté ouvert, et je m'en approche, comme hypnotisée, ma robe traînant sur le parquet.

C'est un dessin au fusain représentant une femme vue de dos, les épaules nues, la nuque dégagée, une mèche retombant dans le creux de ses reins. Il est tracé avec une telle précision, une telle tendresse, que ma gorge se noue. Je connais cette nuque, je la vois chaque matin dans mon miroir.

— Tu es en retard.

Je me retourne si brusquement que mon talon dérape sur le bois. Deux mains me rattrapent avant la chute, deux mains larges, rugueuses, brûlantes à travers la dentelle. Je n'ai pas besoin de lever les yeux pour savoir.

Mais je les lève quand même.

Noah Brenner.

Le frère aîné de Lucas, trente-six ans, les épaules d'un bûcheron, la barbe de trois jours et des yeux gris comme un ciel d'orage. Celui que je croisais aux dîners de famille, qui ne me parlait jamais, qui ne me regardait jamais, du moins était-ce ce que j'avais toujours cru. Car ce soir, il me regarde, longuement, sans la moindre pudeur. Son regard descend sur mes épaules nues, sur la dentelle collée à ma peau par la neige fondue, sur mes lèvres tremblantes, puis il remonte avec lenteur, comme s'il attendait ce moment depuis des années et refusait d'en perdre une seule seconde. Ses mains n'ont pas quitté ma taille.

— Lâche-moi, soufflé-je.

Il n'obéit pas, pas tout de suite.

— Tu trembles.

Sa voix est grave, rauque, un peu cassée, comme si elle servait rarement.

— Viens près du feu.

— Je ne veux rien de ta famille.

— Je sais.

Ses pouces effleurent mes côtes, juste un instant, et ce contact me traverse tout entière, un frisson qui court de la nuque jusqu'au creux des reins.

— C'est pour ça que je ne te le propose pas au nom de ma famille.

J'aurais dû partir, reprendre la voiture, affronter la neige, n'importe quoi. Pourtant mes jambes refusent de bouger, et mon corps, ce traître, se penche vers lui, vers cette chaleur qui est la première chose vraie de toute cette journée.

Il finit par me lâcher. Il ôte sa veste de laine et la pose sur mes épaules très doucement, en prenant son temps, et ses doigts frôlent ma clavicule. Ma peau prend feu.

— Tu as pleuré, dit-il.

— Ne fais pas semblant de t'en soucier.

— Je ne fais pas semblant.

Son pouce essuie une larme sur ma joue, et il la contemple longuement, comme si elle était précieuse. Puis il ajoute à voix basse, dans un murmure que je sens plus que je ne l'entends :

— J'ai toujours su qu'il te ferait pleurer.

Mon sang se glace.

— Tu savais ? Pour lui ? Pour elle ?

Ses yeux gris ne se détournent pas. Il y a de la douleur dedans, de la culpabilité, et autre chose, quelque chose de plus profond et de plus dangereux que je n'ose pas nommer.

— Camille…

— Réponds-moi, Noah.

Il prend une inspiration. Dehors, la tempête se met à hurler contre les volets, comme si elle aussi voulait entendre la réponse. C'est alors que je les vois, sur l'établi, juste à côté du croquis de ma nuque : un petit écrin de velours noir, ouvert, vide.

Il suit mon regard et son visage se ferme.

— Ce n'est pas ce que tu crois.

Cette phrase. Encore cette phrase. Mais cette fois, au lieu de m'y accrocher comme à un mensonge, je sens monter dans ma gorge une question plus terrible encore.

— Combien de temps as-tu attendu que je franchisse cette porte ? murmuré-je.

Noah baisse les yeux sur mes lèvres. Puis, d'une voix si basse qu'elle ressemble à un aveu arraché :

— Six ans.

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