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Chapitre 5

Author: Léo
last update publish date: 2026-06-30 15:51:30

Le retour au domaine fut un remake de la course-poursuite précédente, la fureur pure en guise de carburant. Soren pila devant le perron, laissant de longues traces de pneus noires sur le gravier immaculé.

À l'intérieur, confortablement installée dans un immense fauteuil en velours du grand salon, Zélia n'avait pas encore fermé l'œil. Elle tenait une tasse de camomille tiède entre ses mains. Lorsque le rugissement sauvage du moteur déchira le silence de la nuit, elle ne sursauta même pas. Un petit sourire étira ses lèvres.

— Tiens, le fantôme a trouvé le chemin du retour, murmura-t-elle pour elle-même.

Sans se presser, elle posa sa tasse, se leva et se dirigea d'un pas tranquille vers le hall d'entrée. D'un geste sec et calculé, elle tourna le loquet de la lourde porte principale, enfonçant le verrou de sécurité. Un claquement métallique définitif résonna dans la pièce.

Quelques secondes plus tard, la poignée extérieure fut secouée avec une violence rare. Soren poussa la porte de l'épaule, s'attendant à ce qu'elle cède comme d'habitude. Rien ne bougea. Il essaya à nouveau, de plus en plus incrédule, avant de frapper du poing contre le chêne massif.

— C'est quoi ce bordel ? gronda-t-il, la voix étouffée par l'épaisseur du bois.

Ne comprenant pas ce qui se passait, il fit volte-face et interpella Basile, le vigile qui patrouillait près du perron, le fixant avec des yeux ronds.

— Hé ! Toi ! Qu'est-ce qui se passe avec cette porte ? Pourquoi elle est bloquée ?

— Je... Je ne sais pas, Monsieur Soren, bégaya Basile en reculant d'un pas. Elle devrait être ouverte.

— Alors ouvre-la avec ton passe ! ordonna Soren, la main sur la hanche, hors de lui.

— Je n'ai plus les clés, Monsieur... Madame Zélia a récupéré tous les doubles de la sécurité ce soir après le départ de Madame Agnès.

Soren crut qu'il allait imploser. Elle lui avait retiré ses propres clés.

À l'intérieur, les coups sourds contre la porte avaient fini par réveiller la maison. Emma, qui venait tout juste de s'endormir, déboula dans le salon presque en courant, sa veste de pyjama boutonnée de travers. Elle s'arrêta net, le cœur battant, en découvrant Zélia calmement assise sur le canapé, le lourd trousseau de clés posé en évidence sur la table basse, brillant sous la lumière tamisée.

— M-Madame Zélia ? murmura Emma, les mains tremblantes. J'ai entendu... je crois que c'est la voix de Monsieur Soren dehors. Il a l'air très en colère. Je devrais peut-être aller lui ouvrir ?

Zélia tourna lentement la tête vers la jeune gouvernante. Son regard était d'une sérénité absolue, mais ses paroles tombèrent comme une sentence.

— Tu peux aller dormir, Emma. Ou alors, tu peux ouvrir cette porte, mais si tu le fais, tu sors avec lui et tu ne rerentres plus jamais ici. À toi de voir.

Emma blêmit. Elle regarda la porte qui tremblait sous les coups, puis le visage imperturbable de sa nouvelle patronne. La terreur d'être virée à son tour l'emporta sur sa loyauté envers le maître invisible.

— Je... Je retourne me coucher. Bonne nuit, Madame, souffla-t-elle avant de s'enfuir à pas de loup vers l'aile du personnel.

Dehors, c'était la fureur. Soren faisait les cent pas sur le perron, l'air d'un lion en cage. Il voulut sortir son téléphone pour incendier sa soi-disant femme, mais un détail absurde le frappa : il n'avait même pas son numéro de téléphone. Il ne l'avait jamais demandé.

Basile, mal à l'aise de voir son patron milliardaire réduit à errer sur ses propres marches, s'approcha prudemment.

— Monsieur... Vous pourriez peut-être l'appeler par l'interphone du perron ? Il est relié directement au salon principal.

— Vas-y, lance l'appel, cracha Soren en se postant devant le petit boîtier métallique.

Basile s'exécuta, appuyant sur le bouton de cuivre. À l'intérieur, un carillon retentit. Zélia laissa sonner plusieurs secondes, savourant sa victoire, avant de presser le bouton de l'interphone.

— Oui ? dit-elle d'une voix feutrée.

— M-Madame ? C'est Basile, de la sécurité... Le patron est dehors. Il aimerait entrer.

— Passez-moi votre patron.

Soren arracha presque l'appareil des mains de Basile, collant sa bouche contre le micro.

— Zélia ! Ouvre cette porte immédiatement ! cria-t-il, les dents serrées.

— Quelle porte ? répondit la voix lointaine et faussement innocente de Zélia.

— Je ne suis pas d'humeur à jouer à ce jeu de gamine ! Ouvre cette foutue porte tout de suite !

— Non, répondit-elle calmement. J'attends que mon mari soit de retour pour ouvrir. Je n'ouvre pas aux inconnus au milieu de la nuit, Monsieur.

— C'est moi ton mari, espèce de folle ! explosa Soren, frappant le mur du plat de la main.

À côté de lui, Basile, sentant que la conversation devenait beaucoup trop intime et dangereuse pour sa carrière, décida de s'éloigner discrètement de quelques mètres pour inspecter un buisson imaginaire.

— Ah, vous êtes mon mari ? reprit Zélia à travers le haut-parleur. Étrange. Un homme marié ne disparaît pas pendant trois jours après ses noces pour faire la fête avec des mannequins. Alors voilà ce qu'on va faire : rentrez donc terminer votre enterrement de vie de jeune garçon, et revenez quand vous serez devenu un homme marié. En attendant, la maison est fermée.

Un clic sonore mit fin à la communication. Elle venait de lui raccrocher au nez.

Soren resta figé, le combiné de l'interphone suspendu dans le vide. Il n'avait pas le double des clés. Aucun moyen de forcer l'entrée sans briser une vitre de sécurité de trois centimètres d'épaisseur, ce qui aurait alerté la moitié du quartier.

— Elle est complètement malade..., marmonna-t-il pour lui-même, les yeux fixés sur le boîtier muet. Cette fille est un vrai danger public.

Il fit demi-tour et marcha vers sa voiture de sport, l'esprit en ébullition. Sa première impulsion fut de démarrer en trombe et de retourner dormir à son bureau, ou même à l'hôtel. Sa main effleura le bouton de démarrage... puis il s'arrêta net.

S'il partait, Pio et Cassien le sauraient dès demain matin. Pio passerait le reste de l'année à se moquer de lui, il perdrait sa crédibilité, et surtout, il perdrait son pari de dix mille euros. Sa fierté de Kastell refusait de plier face à une fille qui portait des t-shirts troués.

Rageur, il coupa le contact, sortit de la voiture et retourna vers l'interphone. Il appuya. Une fois. Dix fois. Aucune réponse. Zélia avait tout simplement coupé le son de l'appareil. Désespéré, il sortit son portable et tenta une nouvelle fois d'appeler son père. Ça sonna dans le vide avant de basculer sur la messagerie. Ambroise dormait du sommeil du juste, ravi de sa punition.

Soren releva la tête. Près de la grille, à la lueur des lampadaires, Basile le regardait en essayant tant bien que mal d'étouffer un rire, la main plaquée sur la bouche et les épaules secouées de soubresauts.

Le grand Soren Kastell, l'homme d'affaires le plus craint de la ville, venait de se faire enfermer dehors par sa propre femme.

N'ayant plus aucune option décente, Soren retourna vers sa voiture, ouvrit la portière et se glissa sur le siège conducteur. Il régla le dossier au maximum vers l'arrière, croisa les bras sur sa poitrine et ferma les yeux, la mâchoire contractée. Il allait passer la nuit dans sa voiture.

Zélia Vauclair venait de marquer le premier point, et la guerre ne faisait que commencer.

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Comments (1)
goodnovel comment avatar
Zadapimax Talbou
j'adore cette zelia et surtout ce genre de fille ...
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