Se connecterSoren faisait les cent pas dans la chambre d'amis, l'oreiller serré sous le bras, une fureur sourde lui tordant les entrailles. Être chassé de son propre lit par une gamine de vingt ans munie d'un casque de licorne était l'humiliation de trop. Il attrapa son téléphone et composa un numéro à la hâte. Il avait besoin d'un pion sur son échiquier, et il savait exactement lequel utiliser.Le téléphone sonna quatre fois avant qu'une voix masculine, ensommeillée et profondément agacée, ne réponde :— Allô... Soren ? Tu as vu l'heure, putain ? Tu es marié, mec, pourquoi tu m'appelles à cette heure ? Profite de ta femme et laisse-moi dormir.— Ferme-la, Zadig, et écoute-moi attentivement, gronda Soren en s'arrêtant devant la fenêtre. Demain matin, tu viens au domaine. Je t'impose de venir saluer ta belle-sœur et de passer la journée avec elle. Amène-la faire un tour, sors-la de la maison.À l'autre bout du fil, Zadig laissa échapper un soupir théâtral.— Quoi ? Hors de question. Je n'ai aucune
La panique qui venait d'effleurer les traits de Zélia se transforma instantanément en une défensive farouche. Elle fit un pas rapide vers Soren, abandonnant son air provocateur pour une supplique dissimulée sous un ton impératif.— N'y va pas, Soren. Ne fais pas ça. S'il te plaît.Soren la regarda, savourant chaque bribe de son inconfort. Voir cette fille si sûre d'elle perdre ses moyens pour la première fois de la journée était un délice qu'il n'avait pas l'intention de s'interdire. Il laissa échapper un rire moqueur, presque cruel.— Ah, parce que maintenant, Madame me donne des ordres ? C'est dommage, ma décision est prise. Je me fais une joie de partager ce repas avec ta charmante maman. Je suis curieux de voir d'où tu viens, cela expliquera peut-être tes manières.— Tu ne comprends pas, Soren ! insista-t-elle, sa voix perdant de son assurance. Elles ne veulent pas faire ta connaissance par pure politesse. Ce sont des monstres. Elles vont essayer de te soutirer de l'argent, ou pir
Soren resta figé, les poings si serrés que ses phalanges en étaient devenues blanches. Autour d'eux, les déménageurs continuaient de décharger des cartons dans un vacarme incessant, totalement inconscients de la guerre froide qui se jouait à deux mètres d'eux.— Tu te fous de moi, Zélia ? siffla-t-il, la voix basse mais vibrante d'une rage contenue. Tu as appelé mon père pour lui faire croire que j'approuve ce cirque ?Zélia ôta gracieusement son chapeau de paille, l'utilisant pour s'éventer avec une nonchalance exaspérante. Elle fit un pas vers lui, ses yeux pétillants plantés dans les siens.— Je n'ai fait que répondre au téléphone, chéri. Ton père prenait des nouvelles de notre lune de miel. Je lui ai simplement dit la vérité : que je m'occupais de redonner un peu de vie à cette maison funéraire. Et il était ravi. Il a même doublé le budget de décoration pour le mois.— Arrête de l'appeler "beau-papa", gronda Soren en s'avançant, réduisant la distance entre eux pour tenter de l'int
Pendant que la voiture d'Hermine et Garance s'éloignait dans un crissement de pneus rageur, l'ascenseur privé de la holding Kastell remontait vers les sommets de la tour de verre. À l'intérieur, le silence fut rompu par Pio, qui n'attendit même pas que les portes s'ouvrent pour éclater de rire.— Eh bien, mon vieux ! On peut dire que tu as un succès fou avec la belle-famille ! La petite sœur avait des yeux de prédatrice affamée, j'ai bien cru qu'elle allait te sauter dessus dans le hall !Soren ne répondit pas tout de suite. Il passa une main nerveuse sur sa nuque, son dos le lançant douloureusement à cause de sa nuit improvisée dans la voiture. Sa matinée tournait au cauchemar. Entre le grand ménage de sa chambre et cette visite impromptue, son espace vital était violé de toutes parts.— Ce sont des sangsues, lâcha finalement Soren, la voix basse et contractée par la colère. Elles ont senti l'argent. Zélia ne m'avait pas menti sur ce point : elle n'a aucun lien d'affection avec ces d
Le hall d'accueil de la holding Kastell était un chef-d'œuvre d'architecture moderne. Des murs de marbre blanc s'élevaient jusqu'à un plafond de verre, et le silence feutré trahissait la puissance financière des lieux. Assises sur l'un des canapés en cuir design, Hermine et sa fille Garance attendaient depuis déjà vingt minutes. Elles s'étaient parées de leurs plus beaux vêtements de marque, affichant une assurance feinte qui dissimulait à peine leur excitation.— Tu es sûre de toi, maman ? chuchota Garance en ajustant nerveusement la manche de sa veste de tailleur cintrée. C'est bien ici ?— Évidemment que c'est ici, répliqua Hermine d'une voix basse mais tranchante. Les journaux ne mentent pas sur ce genre de fortune. Ta vaurienne de demi-sœur a réussi à mettre la main sur un Kastell. Je ne sais pas quel genre de sorcellerie elle a utilisée, mais nous faisons partie de la famille. Il est hors de question qu'elle garde cette mine d'or pour elle seule.Garance serra les dents, le cœur
Soren fusilla Pio du regard, mais son ami se contenta de lui adresser un clin d'œil appuyé en déposant la boîte de viennoiseries sur la table basse. Cassien, quant à lui, restait assis, un sourire poli mais profondément amusé scotché aux lèvres.— Installez-vous, je vous en prie, intervint Zélia avec une grâce parfaite. Je vais demander à Emma de nous apporter un deuxième plateau de café. Soren, chéri, tu devrais t'asseoir. Tu as l'air si fatigué... On dirait que tu as passé la nuit sur une planche de bois.Soren serra la mâchoire au point d'en avoir mal aux dents. Elle appuyait exactement là où ça faisait mal, devant les deux seules personnes qu'il voulait impressionner.— Je vais très bien, répliqua-t-il d'une voix blanche en s'asseyant sur le bras du fauteuil de Cassien, refusant de s'installer trop près de Zélia. Qu'est-ce qui vous amène si tôt, les gars ? On a une réunion avec le conseil d'administration à dix heures.— Oh, le travail peut attendre une demi-heure, balaya Pio en s







