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Chapitre 4

Author: Léo
last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-30 15:50:27

Dans le bureau déserté par le maître des lieux, le silence ne dura pas bien longtemps. Pio se tourna vers Cassien, les yeux pétillants d'une malice non dissimulée, tandis que l'avocat s'asseyait sur le rebord du bureau, un sourire en coin étirant ses lèvres habituellement si sérieuses.

— Non mais tu te rends compte ? s'exclama Pio en s'essuyant une larme imaginaire. Zélia a fait en trois jours ce que personne n'a osé faire en quinze ans. Cette fille a un courage suicidaire ou un grain de folie absolument magnifique ! J'aimerais tellement voir sa tête en ce moment. Elle doit être en train de boire son jus d'orange dans les tasses en porcelaine interdites.

Cassien laissa échapper un rire franc, rangeant enfin ses dossiers juridiques.

— C'est un profil fascinant, je dois l'admettre, répondit l'avocat d'un ton amusé. Déboulonner Agnès de son piédestal avec une telle décontraction, c'est presque un cas d'école. Je pense que je vais devoir aller saluer personnellement cette fameuse Zélia dès que j'aurai un peu de temps libre. En tant que conseiller de la famille, il est de mon devoir de vérifier si elle n'a pas l'intention de brûler le reste des propriétés ou de revendre l'argenterie.

— Oh, tu n'iras pas sans moi ! répliqua immédiatement Pio en se levant du canapé, son gobelet de café vide à la main. Je viens avec toi. Je veux être là quand elle lui demandera s'il est le livreur de pizza. Je ne raterais pour rien au monde le premier round officiel. Ce pari de dix mille euros va être le meilleur investissement de ma vie.

---

De l'autre côté de la ville, le rugissement du moteur de la voiture de sport de Soren déchira le calme de la nuit. Les pneus crissèrent agressivement sur l'asphalte alors qu'il gérait les virages à une vitesse frôlant l'inconscience. Ses mains agrippaient le volant en cuir avec une telle force que ses articulations en étaient devenues blanches. La fureur qui le consumait depuis le message d'Agnès n'avait fait que croître au fil des kilomètres.

Lorsqu'il pila enfin devant les immenses grilles en fer forgé du grand manoir des Kastell — la demeure historique de ses parents —, la lune était déjà haute dans le ciel, baignant la façade de pierre d'une lueur blafarde.

Soren jaillit de l'habitacle, claqua la portière et gravit les marches du perron quatre à quatre. Il écrasa son pouce sur la sonnerie, maintenant la pression, impatient, le cœur battant à tout rompre sous l'effet de la rage.

La lourde porte s'ouvrit lentement. Ce ne fut pas un domestique qui apparut, mais Ambroise Kastell en personne, vêtu d'une élégante veste d'intérieur. Le patriarche jeta un regard calme et impitoyable à son fils, avant de sortir sur le perron et de refermer fermement la porte derrière lui, bloquant l'accès à la maison.

Soren fronça les sourcils, outré.

— Tu ne me laisses même pas entrer ? cracha-t-il, la voix tremblante de colère.

Ambroise croisa les bras sur sa poitrine, son visage restant de marbre face à la tempête qui secouait son fils.

— Que veux-tu faire chez moi à cette heure, Soren ? demanda le vieil homme d'une voix feutrée mais glaciale. À ce que je sache, tu as ton propre domaine. Et une épouse qui t'y attend, si mes souvenirs sont bons.

Soren laissa exploser tout son mécontentement, faisant de grands gestes dans la nuit.

— Ce que je veux ? Je veux que tu arrêtes tes conneries, Père ! D'abord, tu me coinces dans un mariage arrangé avec une folle à lier, et maintenant, cette fille se permet de faire n'importe quoi chez moi ! Elle a viré Agnès ! Elle prend le contrôle de ma maison et du personnel comme si elle possédait les lieux ! C'est hors de question. J'exige le divorce. Immédiatement. Fais préparer les papiers par tes avocats, je sais que tu as le bras long.

Ambroise le regarda un long moment, le silence de la nuit n'étant troublé que par la respiration saccadée de Soren. Puis, un petit sourire méprisant apparut sur les lèvres du patriarche.

— Si tu as un problème de couple, Soren, va en parler à ta femme, pas à moi. Je ne suis pas ton conseiller conjugal, et encore moins ton coursier. Règle tes affaires d'homme toi-même.

La rage de Soren franchit un nouveau palier. Il fit un pas en avant, le visage rouge de colère, le regard assassin.

— Quel couple ?! Quelle femme ?! s'égosilla-t-il, perdant totalement son sang-froid. Je ne suis pas marié, moi ! Ce mariage n'existe pas, c'est juste une farce monumentale pour me punir !

Ambroise haussa un sourcil, d'un calme exaspérant.

— Ah bon ? As-tu déjà vu quelqu'un vouloir divorcer sans être marié ? Si ce mariage n'existe pas, pourquoi viens-tu hurler sur mon perron au milieu de la nuit pour demander un divorce ?

Soren ouvrit la bouche pour répliquer, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Ses yeux s'écarquillèrent sous le coup de la frustration. Il venait de se faire piéger par sa propre logique. Il ne savait tout simplement pas quoi répondre, l'esprit embrouillé par la colère.

Ambroise fit un pas en arrière, posant sa main sur la poignée de la porte.

— Maintenant, quitte ma propriété, Soren. Tu me fatigues. Va assumer le nom que tu portes.

— C'est ça, cache-toi derrière tes grands airs ! hurla Soren alors que son père commençait à lui tourner le dos. Je te promets que je vais mettre cette Zélia dehors dès demain matin ! Elle ne passera pas une nuit de plus là-bas, je vais appeler les huissiers s'il le faut !

Ambroise s'arrêta une fraction de seconde sur le seuil, jeta un dernier regard amusé et provocateur par-dessus son épaule :

— Vas-y. Fais-le... si t'en es capable. Mais j'ai dans l'idée que tu as trouvé à qui parler.

La porte se referma d'un coup sec, laissant Soren seul sur le perron, la respiration coupée par l'affront. Il resta immobile quelques instants, les poings serrés, avant de tourner les talons dans un juron étouffé et de redescendre vers sa voiture.

À l'intérieur du manoir, Othilie Kastell, la mère de Soren, s'avança dans le hall de marbre. Elle venait d'ouvrir la porte du salon intérieur, ayant entendu les éclats de voix de son fils. Elle regarda son mari qui ôtait sa veste d'un geste tranquille.

— Ambroise..., dit-elle d'une voix douce mais teintée d'inquiétude en regardant vers la fenêtre d'où l'on entendait le moteur de Soren démarrer en trombe. Tu n'as pas été un peu trop dur avec lui ? C'est notre fils, tout de même. Il avait l'air hors de lui.

Ambroise se tourna vers sa femme, ses yeux brillant d'une lueur de satisfaction absolue, et prit délicatement sa main.

— Pas du tout, ma chère. C'était même d'une grande douceur par rapport à ce qu'il mérite. Ça lui apprendra à se tenir comme un vrai PDG, et pas comme un enfant gâté qui fuit ses responsabilités et s'affiche dans les journaux à scandale. Cette fille, cette Zélia... c'est exactement le remède qu'il lui fallait. Elle n'a pas peur de lui, elle n'a pas peur de son argent. Elle va le redescendre sur Terre, tu verras.

— J'espère que ton remède ne va pas détruire la maison, murmura Othilie avec un demi-sourire.

— Si la maison survit à cette semaine, elle sera plus solide que jamais, répondit Ambroise.

Ils rentrèrent ensemble à l'intérieur du manoir, éteignant les lumières du hall, laissant la nuit reprendre ses droits.

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