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Chapitre 6 — Le serment intérieur

Author: Dledition
last update publish date: 2026-08-17 00:46:51

Lyra

La nuit est tombée sur la capitale de Kaelthorn, et avec elle, un silence lourd, oppressant, qui n'apaise rien. Je suis enfermée dans une chambre sombre, une cellule dorée aux murs couverts de tapisseries et aux meubles massifs. Tout y est luxueux, mais froid, impersonnel, écrasant. Une prison, comme le reste. Un tombeau de marbre et de velours. Les gardes m'ont jetée ici sans un mot, après l'entrevue avec Seraphine. Ils n'ont pas répondu à mes questions. Ils n'ont pas écouté mes supplications. Ils sont restés muets, indifférents, comme si je n'étais déjà plus qu'un fantôme.

Je suis seule. Seule avec mes pensées, mes souvenirs, mes promesses. Seule avec cette douleur qui ne me quitte plus, qui s'est installée en moi comme une compagne de misère. Père est prisonnier, quelque part dans ce palais ou dans une forteresse lointaine. Mon frère est mort. Ma mère est morte. Astravale est en cendres. Et moi, je suis là, dans cette chambre, à fixer le plafond sans le voir, à écouter le silence sans l'entendre.

Je me lève, lentement, et je m'approche du mur. La pierre est froide sous mes doigts. Je ferme les yeux, et je me souviens. Je me souviens de la chapelle de mon enfance, où ma mère me tenait la main. Je me souviens des remparts d'Astravale, où mon frère m'apprenait à monter à cheval. Je me souviens de la table de la grande salle, où père racontait ses campagnes. Tout cela n'existe plus. Tout cela est parti en fumée. Mais pas moi. Pas encore.

Je rouvre les yeux, et je regarde le mur. Je le regarde comme s'il pouvait me comprendre, comme s'il pouvait recevoir mon serment. Puis, d'un geste lent, j'approche mon ongle de la pierre, et je commence à graver. Ce n'est pas facile. La pierre est dure, mon ongle fragile. Mais je m'obstine. Je griffe, je racle, je creuse. Les mots se forment, maladroits, à peine lisibles, mais ils sont là, et ils sont à moi.

Je détruirai Kaelthorn de l'intérieur. Je ferai tomber leur prince. Je vengerai les Astravale.

Je relis ces mots, et je sens quelque chose bouger en moi. Une force nouvelle, sombre et brûlante, qui se nourrit de ma haine et de ma douleur. C'est un serment. Mon serment. Le seul qui compte désormais.

Je me rassois sur le lit, et je me laisse aller contre les oreillers. La fatigue me submerge, mais je ne dors pas. Je ne peux pas dormir. Les images de la bataille reviennent sans cesse, comme des vagues contre un rivage. Le visage de père dans la poussière. Le sourire froid de Veyne. La gifle de Seraphine. Tout se mêle, se confond, se déforme. Mais au milieu de ce chaos, une chose reste claire, nette, inébranlable : mon serment.

La porte s'ouvre brusquement. Je sursaute, et je me redresse, prête à me défendre. Mais ce n'est pas un garde, ni Seraphine, ni Veyne. C'est une jeune fille, à peine plus âgée que moi, vêtue d'une simple robe de servante. Elle est petite, menue, avec des cheveux bruns et des yeux doux. Elle entre timidement, un plateau à la main, et referme la porte derrière elle.

— Je vous apporte à manger, dit-elle d'une voix hésitante. Vous devez avoir faim.

Je la dévisage, méfiante. Depuis mon arrivée, personne ne m'a adressé la parole sans mépris ou indifférence. Cette fille est différente. Mais est-ce une comédie ? Est-ce un piège ? Seraphine a peut-être envoyé une espionne pour me surveiller, pour gagner ma confiance et mieux me trahir ensuite.

— Posez ça sur la table, dis-je froidement.

Elle obéit, et s'apprête à repartir. Mais au moment de franchir la porte, elle se retourne, et nos regards se croisent. Je vois dans ses yeux une lueur de compassion, une lueur que je n'ai pas vue depuis des jours, et qui me trouble plus que je ne veux l'admettre.

— Je m'appelle Mira, dit-elle. Je suis assignée à votre service. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi.

Elle sort, et la porte se referme derrière elle. Je reste seule, le cœur battant, le regard fixé sur le plateau de nourriture. Mira. Un prénom doux, un visage doux, un regard doux. Est-ce une alliée ? Une ennemie ? Une simple servante ? Je ne sais pas. Mais je sais une chose : je ne peux faire confiance à personne. Personne.

Je me lève, et je m'approche du plateau. Du pain, du fromage, une pomme, un pichet d'eau. Je n'ai pas faim, mais je mange quand même, machinalement, parce qu'il faut bien survivre. Chaque bouchée est une victoire, chaque gorgée un défi. Je ne me laisserai pas mourir. Je ne leur donnerai pas ce plaisir.

La nuit s'écoule, lente et lourde. Je ne dors pas. Je reste assise sur le lit, les genoux contre la poitrine, les yeux fixés sur le mur où mon serment est gravé. Je le répète en silence, comme une prière. Je détruirai Kaelthorn de l'intérieur. Je ferai tomber leur prince. Je vengerai les Astravale.

Au matin, la porte s'ouvre à nouveau. Un garde entre, suivi de deux servantes. Il me regarde avec mépris, et m'ordonne de me lever.

— Préparez-vous, dit-il. Le roi vous attend. Vous partez pour la capitale dans une heure.

Je me lève sans un mot. La capitale. Le palais. Le prince. Le centre de tout. C'est là que tout se jouera. C'est là que je mourrai, ou que je triompherai.

Je jette un dernier regard au mur, à mon serment gravé dans la pierre. Puis je me tourne vers le garde, et je lui fais face, le regard ferme.

— Je suis prête, dis-je.

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