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Chapitre 5 — L'humiliation publique

作者: Dledition
last update 公開日: 2026-08-17 00:45:21

La porte s'ouvre enfin. Une femme entre. Elle est jeune, élancée, vêtue d'une robe somptueuse. Ses cheveux blonds sont coiffés avec soin, ses bijoux scintillent à la lumière des torches. Elle est belle, mais sa beauté est glaciale, artificielle, comme celle d'un masque. Elle me regarde avec une expression de mépris non dissimulé.

— Alors, voici la colombe d'Astravale, dit-elle d'une voix sucrée. On m'avait dit qu'elle était jolie. On m'avait menti.

Elle tourne autour de moi, lentement, comme un prédateur. Je ne bouge pas. Je ne réponds pas. Je me contente de la regarder, de graver son visage dans ma mémoire. Elle s'appelle Lady Seraphine du Valtour. Je l'apprendrai plus tard. Mais dès cet instant, je sais qu'elle sera mon ennemie.

— Vous ne parlez pas ? reprend-elle. C'est aussi bien. Les femmes d'Astravale ne sont bonnes qu'à se taire et à obéir. Vous apprendrez vite les règles de la cour de Kaelthorn.

Elle s'arrête devant moi, tout près, si près que je peux sentir son parfum entêtant. Elle lève la main, et je m'attends à recevoir une gifle. Mais elle se contente de caresser ma joue, d'un geste faux et dégoûtant.

— Vous allez me servir, dit-elle. Vous allez porter mes robes, coiffer mes cheveux, vider mes bassins. Vous allez me montrer le respect que vous me devez. Et si vous êtes sage, peut-être que je vous laisserai vivre.

Je la fixe, sans ciller. Elle veut me briser, m'humilier, me réduire à l'état de servante soumise. Mais elle ne sait pas qui je suis. Elle ne sait pas ce que j'ai vu, ce que j'ai perdu, ce que je me suis promis. Elle croit avoir affaire à une princesse déchue, brisée par la guerre. Elle se trompe.

— Je ne suis pas votre servante, dis-je d'une voix calme, posée, qui tranche avec le tumulte intérieur qui me dévore.

Le visage de Seraphine se durcit. Sa main se referme sur ma joue, ses ongles s'enfoncent dans ma chair.

— Vous l'êtes, dit-elle. Vous l'êtes depuis que votre père a perdu la guerre. Vous n'êtes rien. Vous n'êtes plus rien. Vous êtes à moi.

Je ne réponds pas. Je me contente de soutenir son regard, sans ciller, sans faiblir. Elle peut me frapper, m'insulter, m'humilier. Elle ne m'aura pas. Elle ne m'aura jamais. Je suis Lyra d'Astravale, et je ne plierai pas.

La gifle part, violente, cinglante. Ma tête bascule sur le côté, et un goût de sang envahit ma bouche. Mais je ne tombe pas. Je redresse la tête, et je la regarde à nouveau.

— Vous ne me briserez pas, dis-je. Jamais.

Seraphine éclate d'un rire mauvais, un rire qui sonne faux, qui sonne creux.

— C'est ce qu'elles disent toutes, dit-elle. Et pourtant, elles finissent toutes à genoux.

Elle tourne les talons et sort, me laissant seule dans la pièce vide. Mes jambes tremblent, ma joue brûle, mon cœur bat à tout rompre. Mais je reste debout. Je reste debout, parce que c'est tout ce qui me reste.

La porte se referme derrière elle, et je m'effondre enfin, le visage dans les mains, les larmes aux yeux. Mais je ne pleure pas de douleur. Je pleure de rage. De cette rage sourde, immense, qui me consume depuis six jours. De cette rage qui me donne la force de rester debout, de continuer, de survivre.

Un jour, je reviendrai.

Un jour, je leur ferai payer.

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