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Chapitre 40 — Le premier baiser

Author: Déesse
last update publish date: 2026-09-04 08:01:15

Il ne sourit pas. Il ne triomphe pas. Il dit cela comme un constat, comme la chose la plus simple du monde : il a attendu que je sois sûre, il a attendu malgré tout, et je ne suis pas sûre, et il attend encore, et cette attente, cet espace qu'il me laisse, est la chose la plus violente qu'on m'ait jamais faite, plus violente que tous les murs qu'on a dressés autour de moi, parce qu'elle ne me demande rien et qu'elle prend tout. Parce qu'elle me dit, sans un mot, que je peux partir, et q
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    Élia Je dis non. Je dis non d'abord, et je le dis fermement, parce que tout ce que j'ai construit depuis la fuite, le parc, la baguette, les mains-racines, le carnet, tout tient dans ce non. — Non, Alessandro. Écoute-moi à ton tour. Je pose ma tasse. Je le regarde dans les yeux, et je ne baisse pas les miens. J'ai passé des semaines à fuir ce que tu es. Et pendant ces semaines, j'ai rencontré des gens. Une vendeuse de fringues qui m'a prise sans questions. Une femme de la montagne bête comme ses pieds qui m'a donné une chambre. Un vieil homme qui m'a offert la moitié de son déjeuner. Tu sais ce que ces gens ont en commun ? Ils ne doivent rien à personne et personne ne leur doit rien. Ils ne se vengent pas. Ils ne possèdent pas. Ils donnent, et ils passent. Et je me suis dit, sur un banc, un soir : voilà ce que je veux devenir. Pas la femme d'un empire. Pas une reine. Quelqu'un qui donne la moitié de sa baguette sans en fai

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    ÉliaIl tient parole le jour même, et c'est ainsi que je comprends que quelque chose d'irrémédiable a changé : Alessandro De Luca a décidé d'être lisible.Cela commence à onze heures. Il me fait asseoir dans le bureau, le bureau, celui des trois fichiers et de la tache, celui dont je n'ai plus franchi le seuil depuis le jeudi de la vérité. Il ouvre tous les tiroirs. Tous. Y compris celui du bas, y compris la petite boîte de métal, y compris les dossiers sans étiquettes, un par un.— Les étiquettes manquent parce que tout le monde ici sait ce qu'elles contiendraient, dit-il. Une maison comme celle-ci fonctionne sur ce que chacun sait sans qu'on l'écrive. Ça s'appelle l'omertà, et ça commence par des chemises sans étiquettes. Alors on va écrire les étiquettes. Ensemble.Pendant trois heures, il déplie sa vie devant moi. Pas comme un acte de contrition : comme un inventaire. Il m'explique la structure : les sociétés-écrans, les holdings, la

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    ÉliaLe lendemain matin, je n'ai pas dormi, il n'a pas dormi, et nous nous retrouvons dans le grand salon, face à face, comme deux pays qui signent quelque chose.C'est moi qui ai demandé cette entrevue. C'est moi qui ai choisi l'heure, le lieu, et même les fauteuils, deux fauteuils séparés par une table, à égale distance de la porte, parce que j'ai appris, dans cette maison, que les géographies sont des langages. Il arrive à l'heure. Il s'assoit. Il attend. Et je comprends qu'il a compris que ce qui va se jouer ici n'est pas une réconciliation d'amants : c'est un traité.— Avant toute chose, dis-je, je veux que tu saches ce que ce matin n'est pas. Ce n'est pas un retour. Ce n'est pas un pardon. Ce n'est pas une victoire pour toi. Si je suis dans ce fauteuil, c'est parce que la nuit dernière, quelque chose a changé que je ne peux plus gérer seule. Voilà. C'est dit.— C'est entendu, dit-il.— Alors voilà mes conditions. Il y en a

  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 128— La colère glaciale

    ÉliaNous ne rentrons pas au manoir tout de suite. Il s'arrête d'abord devant un café ouvert toute la nuit, un café de chauffeurs et de travailleurs du matin, avec des néons et du zinc, le genre d'endroit où personne ne regarde personne, et il dit :— Tu as froid. Et tu as besoin d'entendre ça à la lumière, pas dans le noir.Nous nous installons au fond. Il commande deux cafés. Personne ne nous reconnaît, ou personne ne le montre. Et là, dans ce café ordinaire, sous ce néon ordinaire, je vois pour la première fois de ma vie la colère d'Alessandro De Luca.Je veux être précise, parce que c'est important, parce que je me suis trompée pendant des mois sur ce que la colère pouvait être. Sa colère ne crie pas. Elle ne gesticule pas. Elle ne casse rien. Elle ne ressemble en rien aux colères que j'ai connues : les colères de Graziella, aiguës, théâtrales, faites pour qu'on les entende ; les colères de Lya, fielleuses, serpentines. Non. La colèr

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    ÉliaLa voiture s'arrête. La portière s'ouvre. Et il descend.Il est en manteau noir, sans chauffeur, il a conduit lui-même, trois heures de route de nuit, et il traverse la chaussée vers moi, et il ne court pas, il ne crie pas, il marche, avec cette marche qui possède le sol, et dans la lumière des phares je vois son visage, et son visage est le visage des neuf minutes, le visage en ruines, le visage d'un homme qui a passé des semaines à chercher une femme dans la nuit et qui la trouve couverte de boue et de sang au bord d'un fossé.Il s'arrête à deux mètres. Deux mètres exactement. Et nous nous regardons.Et c'est brutal. C'est brutal parce que tout est là, tout, en une seconde : le manque, la peur, la colère, la pierre dans ma main, la porte qu'on n'ouvre pas, l'article, le fossé, la voix d'horloge, ma belle, la main dans le noir, tout. Et ni lui ni moi ne savons quoi faire de tout ça, alors nous restons là, à deux mètres, dans les phares, et c'est Marco qui recule, imperceptibleme

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