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Chapitre 8 : Le miroir

Autor: Déesse
last update Data de publicação: 2026-10-19 23:54:23

Marlène

L'infirmière est sortie et je suis seule avec les machines et la lumière blanche, et je me lève, lentement, mes jambes tremblent, elles ne me portent pas comme avant, et je m'accroche à la potence, et je fais un pas, deux pas, et le sol est froid sous mes pieds nus, et j'avance vers la salle de bain, la porte est entrouverte, et je la pousse, et la lumière s'allume automatiquement, et je vois le miroir, et je vois le visage, et ce visage n'est pas le mien, et je reste figée, la main sur
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    Son visage se referme doucement, avec une précaution qui me serre la poitrine. Même maintenant, il prend soin de ne pas me faire sentir ce que je lui retire. — Repose-toi, dit-il. Je hoche la tête. C’est tout ce que je trouve. Quand il cesse de me regarder, je respire plus largement, puis je m’en veux de ce soulagement. Mes doigts cherchent enfin mon oreille. Je les laisse faire. Sous leur pression, je ne trouve ni le creux familier ni une réponse. Seulement cette peau, et la sensation insupportable que quelqu’un attend derrière moi une femme qui ne revient pas. Marlène Je ne dors pas. À force de garder les yeux fermés, je sens mes paupières plutôt que le sommeil. Elles chauffent, deviennent lourdes, puis une pensée me traverse et tout se rouvre. Le visage d’Enzo revient, pas entier. Sa bouche au moment où il s’interrompt. Ses yeux sur ma main.

  • LA FEMME QUI AIME SON ASSASSIN    Chapitre 25 : Le bras droit

    MarlèneEnzo me regarde avant même que je tourne la tête vers lui.Je le sens à cette façon que j’ai de retenir mes mains, maintenant, de réfléchir à l’endroit où je les pose. Sur mes genoux. L’une contre l’autre. N’importe où, pourvu qu’elles ne remontent pas jusqu’à mon oreille. Il suffit de si peu pour qu’il cesse de respirer normalement. Un geste, une hésitation. Quelque chose que je fais sans y penser et qu’il semble recevoir en plein corps.Quand nos regards se rencontrent, il ne détourne pas le sien.Je voudrais qu’il le fasse.Les autres cherchent une faiblesse chez Vittoria. Lui cherche autre chose, et c’est presque plus difficile à supporter. Je ne sais pas quoi lui donner. Je peux redresser les épaules, maintenir mon menton à la hauteur que ce corps paraît connaître, mais je ne peux pas fabriquer ce qu’il attend derrière mes yeux.— Qu’est-ce qu’il y a ?Ma voix me paraît trop nue. Je regrette aussitôt de

  • LA FEMME QUI AIME SON ASSASSIN    CHAPITRE 24 — LA PREMIÈRE DÉCISION

    — MarlèneJ'ouvre la bouche et le mot est déjà là, sur le bord de la langue, prêt, il n'a pas attendu mon avis.— Faites-le.La voix est basse. Elle ne tremble pas. Pas une once, pas un cheveu de tremblement, et pourtant moi je tremble, moi j'ai les mains moites sous la table, moi j'ai le cœur qui tape jusque dans la gorge, mais la voix sort nette et plate comme une lame qu'on sort du linge.Le silence dure une seconde. Puis la salle se met en mouvement, tous en même temps. Les chaises raclent. Le vieux souffle par le nez, un souffle de bœuf, et il hoche la tête trois fois vers la carte. Une casquette se remet sur une tête. Quelqu'un répète l'ordre à voix basse, déjà, comme on répète une prière pour être sûr de ne pas se tromper, et un autre reprend l'ordre derrière lui, et le mot fait le tour de la pièce en vieillissant.Enzo ne bouge pas. Il est le seul à ne pas bouger, le crayon encore dans la main, et il me regarde une seconde de trop, une de ces secondes où on peut mettre beaucou

  • LA FEMME QUI AIME SON ASSASSIN    CHAPITRE 23 — LE CONSEIL DE GUERRE

    — Marlène La salle sent la sueur et la cire froide. Il y a une lampe à pétrole au milieu de la table, une carte étalée dessous avec des épingles à tête rouge et une autre carte plus ancienne, déchirée au coin, qu'on a posée dessus pour boucher un trou. Les hommes sont debout, tous debout, six ou sept, la casquette à la main pour deux d'entre eux, et quand j'entre ils se taisent d'un seul coup, pas comme des gens polis, comme des gens qui ont appris à se taire avant d'avoir la pensée. Je m'assois au bout. La chaise est plus haute que les autres, d'un rien, juste ce qu'il faut pour qu'on me voie malgré moi. Ils ont préparé ça sans moi, cette nuit, dans mon dos ou presque, et ils me le posent là maintenant, avec le papier, les épingles et les mots déjà choisis. Enzo tient le crayon. Il le tient comme une arme très petite. Il parle. Sa voix est basse, régulière, une voix qui ne cherche pas à convaincre, et c'est bien plus efficace qu'une voix qui convainc. Il montre les routes du cra

  • LA FEMME QUI AIME SON ASSASSIN    CHAPITRE 22 — LA HAINE

    — MarlèneÇa revient la nuit, sans prévenir, comme un chien qu'on a chassé et qui connaît la porte.Le froid d'abord. Un froid qui n'est pas celui d'une chambre, un froid de pierre, de pierre mouillée, de cave, un froid qui a une odeur, celle de la laine trempée et de la poussière ancienne, et cette odeur me remplit le nez si fort que je tourne la tête sur l'oreiller pour chercher de l'air propre et qu'il n'y en a pas.Puis le poids. Un poids sur la poitrine, à la hauteur du sternum, un genou, une paume, quelque chose de large et de calme, et sous le poids mon corps est plaqué contre la pierre et ma joue est collée à la pierre et je sens chaque grain de sable entrer dans ma peau, un par un, avec une précision de torture.Ensuite le dedans. Quelque chose entre. Froid d'abord, un froid net, presque propre, comme une aiguille de glace, puis brûlant, puis plus rien du tout, un trou, et le sang qui monte dans ma gorge avec un goût de monnaie et de rouille.Il y a un souffle au-dessus de mo

  • LA FEMME QUI AIME SON ASSASSIN    CHAPITRE 21 — LE NOM DES MATTEO

    — Marlène Le soir tombe et la lampe fume un peu. Enzo la baisse, la mèche grésille, l'odeur du pétrole se mêle à celle de la cire et, dessous, plus ancienne, l'odeur de ma propre peau que je commence à reconnaître, poivre et savon noir. — Une chose, je dis. Une seule, et après je ne demande plus rien ce soir. Il attend, les mains croisées devant lui, le pouce qui frotte l'index, un mouvement si petit qu'on ne le voit que quand on le cherche. — Qui m'a tuée. Le pouce s'arrête. Il ne dit rien pendant un temps qui dure plus longtemps que la politesse. Le silence a une texture, je ne savais pas, il a une texture de drap mouillé. — Vous le savez. — Je le savais. Je ne le sais plus. Il y a des choses qui sont dans la tête et d'autres qui sont dans les mains, et chez moi les mains sont vides. Il me regarde. Et je vois dans ses yeux quelque chose qui hésite, quelque chose qui pèse, et cette hésitation me fait plus peur que tout ce qu'il pourrait dire, parce qu'un homme qui hésite c'

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