LOGINLa Femme qui Aimait son Assassin : Marlène était une femme douce, mariée à Matteo, chef redouté d'un puissant clan mafieux. Lorsqu'elle découvre la vérité sur les activités criminelles de son mari et tente de fuir, elle est assassinée sur son ordre trahie par l'homme qu'elle aimait. Au même instant, à l'autre bout de la ville, Vittoria Falcone, l'héritière unique d'un clan rival, meurt d'une tumeur cérébrale incurable. Puis le miracle se produit : la tumeur disparaît. Vittoria revient à la vie. Mais ce n'est plus Vittoria. C'est Marlène, réincarnée dans le corps de l'héritière ennemie. Vittoria est morte. Son âme a quitté ce monde. Mais son corps garde une empreinte : des souvenirs fragmentaires, des réflexes, des tics, une froideur qui n'est pas celle de Marlène. Marlène doit composer avec cet héritage. Elle porte le corps de Vittoria, ses cicatrices, son passé. Elle découvre peu à peu qui était Vittoria : une femme brisée par un père assassin, une héritière solitaire, une amante d'Enzo. Marlène pleure Vittoria. Elle ne l'a jamais connue, mais elle porte son corps et sa mémoire résiduelle. C'est un deuil impossible. Pour le monde entier, elle est Vittoria Falcone, l'héritière miraculeusement guérie. Elle a désormais le pouvoir, les ressources et la légitimité pour détruire l'homme qui l'a tuée...
View MoreSon visage se referme doucement, avec une précaution qui me serre la poitrine. Même maintenant, il prend soin de ne pas me faire sentir ce que je lui retire. — Repose-toi, dit-il. Je hoche la tête. C’est tout ce que je trouve. Quand il cesse de me regarder, je respire plus largement, puis je m’en veux de ce soulagement. Mes doigts cherchent enfin mon oreille. Je les laisse faire. Sous leur pression, je ne trouve ni le creux familier ni une réponse. Seulement cette peau, et la sensation insupportable que quelqu’un attend derrière moi une femme qui ne revient pas. Marlène Je ne dors pas. À force de garder les yeux fermés, je sens mes paupières plutôt que le sommeil. Elles chauffent, deviennent lourdes, puis une pensée me traverse et tout se rouvre. Le visage d’Enzo revient, pas entier. Sa bouche au moment où il s’interrompt. Ses yeux sur ma main.
MarlèneEnzo me regarde avant même que je tourne la tête vers lui.Je le sens à cette façon que j’ai de retenir mes mains, maintenant, de réfléchir à l’endroit où je les pose. Sur mes genoux. L’une contre l’autre. N’importe où, pourvu qu’elles ne remontent pas jusqu’à mon oreille. Il suffit de si peu pour qu’il cesse de respirer normalement. Un geste, une hésitation. Quelque chose que je fais sans y penser et qu’il semble recevoir en plein corps.Quand nos regards se rencontrent, il ne détourne pas le sien.Je voudrais qu’il le fasse.Les autres cherchent une faiblesse chez Vittoria. Lui cherche autre chose, et c’est presque plus difficile à supporter. Je ne sais pas quoi lui donner. Je peux redresser les épaules, maintenir mon menton à la hauteur que ce corps paraît connaître, mais je ne peux pas fabriquer ce qu’il attend derrière mes yeux.— Qu’est-ce qu’il y a ?Ma voix me paraît trop nue. Je regrette aussitôt de
— MarlèneJ'ouvre la bouche et le mot est déjà là, sur le bord de la langue, prêt, il n'a pas attendu mon avis.— Faites-le.La voix est basse. Elle ne tremble pas. Pas une once, pas un cheveu de tremblement, et pourtant moi je tremble, moi j'ai les mains moites sous la table, moi j'ai le cœur qui tape jusque dans la gorge, mais la voix sort nette et plate comme une lame qu'on sort du linge.Le silence dure une seconde. Puis la salle se met en mouvement, tous en même temps. Les chaises raclent. Le vieux souffle par le nez, un souffle de bœuf, et il hoche la tête trois fois vers la carte. Une casquette se remet sur une tête. Quelqu'un répète l'ordre à voix basse, déjà, comme on répète une prière pour être sûr de ne pas se tromper, et un autre reprend l'ordre derrière lui, et le mot fait le tour de la pièce en vieillissant.Enzo ne bouge pas. Il est le seul à ne pas bouger, le crayon encore dans la main, et il me regarde une seconde de trop, une de ces secondes où on peut mettre beaucou
— Marlène La salle sent la sueur et la cire froide. Il y a une lampe à pétrole au milieu de la table, une carte étalée dessous avec des épingles à tête rouge et une autre carte plus ancienne, déchirée au coin, qu'on a posée dessus pour boucher un trou. Les hommes sont debout, tous debout, six ou sept, la casquette à la main pour deux d'entre eux, et quand j'entre ils se taisent d'un seul coup, pas comme des gens polis, comme des gens qui ont appris à se taire avant d'avoir la pensée. Je m'assois au bout. La chaise est plus haute que les autres, d'un rien, juste ce qu'il faut pour qu'on me voie malgré moi. Ils ont préparé ça sans moi, cette nuit, dans mon dos ou presque, et ils me le posent là maintenant, avec le papier, les épingles et les mots déjà choisis. Enzo tient le crayon. Il le tient comme une arme très petite. Il parle. Sa voix est basse, régulière, une voix qui ne cherche pas à convaincre, et c'est bien plus efficace qu'une voix qui convainc. Il montre les routes du cra
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