MasukCHAPITRE 3
LE POINT DE VUE DE SALOMÉ
Dans ma chambre, je me sens étrangement légère. Et étrangement pleine.
Je ne sais pas si j’ai avancé aujourd’hui. Je ne sais pas si Élise parlera un jour. Mais j’ai fait quelque chose. J’ai été là. Je me suis assise par terre, j’ai parlé, j’ai chanté, j’ai attendu. Et elle a mangé. Elle s’est endormie.
C’est déjà beaucoup.
Je me déshabille devant la fenêtre. La nuit est profonde, le jardin japonais éclairé par des projecteurs discrets qui découpent les ombres des érables en noir et blanc. Je ne pense à rien. Je ne cherche rien. Je me contente d’exister dans cet espace qui n’est pas le mien, mais qui pourrait le devenir, le temps de quelques mois.
Dans ma valise, au fond, il y a une robe que j’ai glissée sans vraiment savoir pourquoi. Je la sors.
Noire. Soie. Fine comme une caresse. Je ne la mets jamais, d’habitude. Elle est trop fragile, trop audacieuse, trop tout. Mais ce soir, je la veux.
La soie glisse sur mes épaules, sur mes seins, sur mes hanches. Je n’ai rien en dessous. Je ne mets jamais rien en dessous de cette robe-là. Le tissu est si léger que j’ai l’impression d’être nue, mais en mieux comme si on m’avait enveloppée dans un nuage qui suivait chaque courbe, chaque creux, chaque mouvement.
Mes jambes sont nues jusqu’en haut. La robe s’arrête à mi-cuisse, là où ma peau est la plus blanche, là où l’ombre entre mes cuisses est la plus sombre.
Je me regarde dans le miroir de l’armoire.
Mes cheveux sont encore humides, ils tombent en vagues sombres sur mes épaules dénudées. Mes yeux sont d’un bleu presque irréel dans cette pénombre. Ma bouche est un peu plus rouge que d’habitude — j’ai dû la mordre en pensant à quelque chose.
Je souris à mon reflet.
Pas mal, Salomé. Pas mal.
Je m’allonge dans le lit. Les draps sont en lin blanc, frais, immaculés. La soie noire contraste, crue, presque obscène. Mes jambes dépassent, mes pieds nus, mes orteils qui s’allongent machinalement.
Je ferme les yeux.
La soie bouge à chaque respiration. Elle glisse sur mes seins, sur mon ventre, sur l’intérieur de mes cuisses. Je ne dors pas tout de suite. Je reste là, à sentir le tissu contre ma peau, à penser à cette maison trop grande, à cette petite fille endormie, à cet homme aux yeux de tempête qui m’a dit « Vous êtes en retard » sans lever les yeux.
Je pense à la façon dont il m’a regardée quand je suis partie.
Je pense à ses doigts sur le bureau de verre. Longs, parfaits, des doigts qui n’ont jamais connu le doute.
Je pense à ce qu’il ferait s’il me voyait, là, dans cette robe de soie, les draps remontés à peine, les jambes ouvertes sous le tissu.
Je souris dans l’obscurité.
Il ne me verra jamais. Et c’est ça qui le rend fou.
Je m’endors comme ça, la soie collée à ma peau, un sourire aux lèvres, et le rêve qui vient est bleu, noir, et chaud comme une main sur ma nuque.
Le lendemain matin, je me lève avant le soleil.
La cuisine est une cathédrale de marbre noir et d’acier. Je m’y installe comme si j’en étais la prêtresse. J’ouvre les placards, je sors ce dont j’ai besoin. Farine, œufs, lait, un peu de sucre. Je vais faire des crêpes. Des vraies. Pas ces choses aseptisées qui dorment dans son frigo comme des spécimens de laboratoire.
Je travaille pieds nus sur le carrelage froid. Mes cheveux sont relevés en un chignon lâche, quelques mèches s’échappent sur ma nuque. Je porte un short en jean et un débardeur blanc sans manches, assez large pour laisser voir la naissance de mes seins quand je me penche. Je n’ai pas mis de soutien-gorge. Je ne mets jamais de soutien-gorge le matin, pas tant qu’il fait nuit dehors.
Je tourne, je mélange, je renverse un peu de farine sur le plan de travail. Tant pis. Je mets de la musique sur mon téléphone, du vieux rock, pas trop fort. Mes hanches bougent au rythme, sans que j’y pense. C’est plus fort que moi.
— Vous faites toujours autant de bruit le matin ?
La voix tombe comme un couperet.
Je me retourne. Lysander est là, dans l’embrasure de la cuisine, les bras croisés, adossé au chambranle comme s’il avait toujours été là. Il porte un costume sombre, coupé dans un tissu qui doit coûter plus que mon loyer. Mais il n’a pas encore mis la veste, juste le pantalon et la chemise blanche, les manches relevées sur ses avant-bras.
Ses avant-bras. Je ne les avais pas vus, la veille. Ils sont musclés, veinés, parcourus de cette carte de veines qui dit je travaille, je ne passe pas ma vie derrière un bureau. Ses mains pendent le long de son corps, ces mains longues, parfaites, que j’ai vues sur le verre fumé.
Ses yeux sont sur moi. Ils parcourent mon corps sans discrétion — mon short, mon débardeur, la façon dont le tissu moule mes seins, mes mèches folles sur la nuque. Il ne sourit pas. Il ne fait pas ce petit hochement de tête poli des hommes qui veulent te faire croire qu’ils n’ont pas remarqué.
Il regarde. C’est tout. Et c’est déjà trop.
— Je fais des crêpes, je dis en me retournant vers la poêle. Vous voulez ?
— Je ne prends généralement pas de petit-déjeuner.
— Je n’ai pas demandé ce que vous faites généralement. J’ai demandé si vous en voulez.
Silence. Je l’entends traverser la pièce, ses pas feutrés sur le carrelage. Il vient se placer derrière moi, à une distance qui n’est pas tout à fait professionnelle. Je sens sa présence. Sa chaleur. Ce parfum boisé, cuir, quelque chose de plus âcre, de plus humain.
— Vous êtes insolente, dit-il.
Sa voix est basse, presque un murmure. Il n’est pas en colère. Il est… amusé ? Intrigué ? Je ne sais pas. Mais il ne recule pas.
— Vous l’avez déjà dit, je réponds sans me retourner.
— Cela ne vous a pas fait reculer.
— Je ne recule jamais.
Je fais glisser la pâte dans la poêle, je la retourne d’un geste du poignet, elle saute, retombe parfaitement. Je sens son regard sur mes épaules nues, sur la naissance de mes seins quand je me penche, sur mes doigts qui travaillent.
— Vous ne portez pas de soutien-gorge, dit-il.
Ce n’est pas une question. C’est un constat. Froid, clinique, comme s’il notait une anomalie dans un rapport.
Je me retourne enfin. Il est là, à un mètre de moi, les bras toujours croisés, le regard toujours posé sur mon décolleté.
— Non, je dis en haussant un sourcil. Je ne porte pas de soutien-gorge le matin. Ça vous dérange ?
— Non, dit-il. Ça ne me dérange pas.
Ses yeux remontent lentement de ma poitrine à mon visage. Il prend son temps. Il ne se presse pas. C’est un homme habitué à regarder ce qu’il veut, quand il veut, aussi longtemps qu’il veut.
Je soutiens son regard. Je ne baisse pas les yeux. Je ne croise pas les bras sur ma poitrine. Je ne me cache pas.
— Vous êtes toujours aussi direct, je dis.
— Je n’ai pas de temps à perdre en circonvolutions.
— C’est dommage. Les circonvolutions, c’est ce qui rend les choses intéressantes.
Un silence. Il plisse les yeux, comme s’il essayait de me déchiffrer. Je prends une assiette, j’y pose la crêpe, je presse un demi-citron, je saupoudre de sucre. Je la lui tends.
— Goûtez, je dis.
Il prend l’assiette. Ses doigts frôlent les miens. Une seconde, deux secondes. Je sens sa peau — chaude, sèche, un peu rugueuse au bout des doigts.
Il s’assoit sur un tabouret. Il mange en silence, les yeux fixés sur son assiette, méthodique. J’en profite pour l’observer.
Ses cheveux sont sombres, un peu plus longs que la veille, ils retombent sur son front quand il baisse la tête. Ses sourcils sont droits, nets, au-dessus de ces yeux que je commence à connaître — gris, non, bleu-gris, comme la mer avant l’orage. Ses pommettes sont hautes, tranchantes, et sa mâchoire, quand elle se serre, dessine une ligne parfaite.
Il est beau. D’une beauté presque violente, trop nette, trop coupante. On a envie de le toucher pour vérifier qu’il est réel.
Je me sers une crêpe, je m’assois en face de lui, les jambes croisées sous le tabouret.
— Alors ? je demande.
— Acceptable, dit-il sans lever les yeux.
— Acceptable ?
— Les crêpes de ma grand-mère étaient meilleures.
Je ris. Un vrai rire, qui sort de ma gorge sans que je le retienne.
— Votre grand-mère n’était pas une nounou embauchée pour s’occuper de votre fille, je dis. Elle avait le temps. Moi, je me suis levée à l’aube.
Il lève enfin les yeux. Quelque chose passe dans son regard — une lueur, fugace, presque un sourire.
— Comment s’est passé votre premier soir ? demande-t-il.
Sa voix est neutre, professionnelle. Mais ses doigts tapotent sur le comptoir. Un tic nerveux. Il veut savoir. Il veut tout savoir.
— Bien, je réponds en portant ma crêpe à mes lèvres.
— Bien ?
— Oui. Élise a mangé des pâtes. Pas toutes, mais assez. Elle s’est endormie vers vingt et une heures. Je lui ai raconté une histoire.
Ses doigts s’arrêtent de taper.
— Elle s’endort rarement avant minuit, dit-il.
— Elle s’est endormie à vingt et une heures, je répète en croquant dans ma crêpe. Elle avait besoin de quelqu’un qui s’assoie par terre à côté d’elle et qui attende.
— J’ai essayé de m’asseoir par terre.
— Vous êtes resté combien de temps ?
Il ne répond pas. Je vois sa mâchoire se serrer.
— Dix minutes ? je dis en penchant la tête. Quinze ? Assez pour vous dire que ça ne marchait pas, pas assez pour vraiment essayer.
— Vous jugez, dit-il d’une voix plus froide.
— J’observe, je corrige. C’est mon travail.
Il pose sa fourchette. Ses yeux sont fixes sur moi, et dans ce regard, il y a de la colère, oui, mais pas seulement. Il y a autre chose. De la fascination. De l’incrédulité. Personne ne lui parle comme ça. Personne ne le fait taire.
— Elle ne parle toujours pas, dit-il.
— Ça viendra.
— Vous en êtes sûre ?
— Non. Mais je suis sûre qu’elle a besoin qu’on lui donne du temps. Du vrai temps. Pas du temps chronométré entre deux réunions.
Il se lève brusquement. Le tabouret grince sur le carrelage. Il est grand, si grand, et tout à coup la cuisine semble plus petite. Il vient vers moi, pose ses mains à plat sur le comptoir, de chaque côté de mon assiette. Il est si près que je sens son parfum, que je vois les cils de ses yeux, que je distingue cette imperceptible cicatrice sur sa tempe, cachée par ses cheveux.
— Vous avez trois mois, dit-il. Trois mois pour qu’elle parle. Si vous échouez, vous partez. Sans recommandation.
Je ne recule pas. Je lève la tête, je plante mes yeux dans les siens.
— Vous avez peur, je dis doucement.
— Je n’ai pas peur.
— Si. Vous avez peur qu’elle ne parle jamais. Vous avez peur d’être un mauvais père. Vous avez peur de ne pas être à la hauteur. Alors vous faites ce que vous savez faire : vous contrôlez. Vous imposez des délais, vous traitez votre fille comme un projet. Mais ce n’est pas un projet, Lysander. C’est une petite fille qui a perdu sa mère.
Sa respiration s’accélère. Je vois ses doigts blanchir sur le comptoir. Je vois sa pomme d’Adam monter et descendre.
— Vous allez trop loin, murmure-t-il.
— Peut-être. Mais vous m’avez engagée pour ça, non ? Pour aller là où les autres n’osent pas aller ?
Le silence est électrique. Ses yeux plongent dans les miens, et je vois la tempête vraiment, la tempête s’y déchaîner. De la rage. Du désir. De la peur. Un mélange si dense qu’il semble avoir une odeur, une chaleur, une présence physique.
Il recule. D’un seul coup, il est debout, les mains dans les poches, le masque remis en place.
— Finissez vos crêpes, dit-il. Élise se réveille dans une heure.
Il sort sans se retourner. Je reste là, le cœur battant, les mains légèrement tremblantes sur le comptoir.
CHAPITRE 56 : EPILOGUE Cinq ans plus tard.Le jardin japonais est en fleurs. Les érables sont rouges, les cerisiers sont roses, les pierres grises brillent sous la pluie fine du printemps. La maison est pleine de rires. De cris. De pas qui courent. De portes qui claquent.— Léo, ne cours pas comme ça !— Maman, il m'a pris ma poupée !— C'est moi qui l'avais en premier !— Les enfants, calmez-vous !La vie.Elle a éclaté dans cette maison comme une tempête de joie, de bruit, de désordre. Les murs blancs sont couverts de dessins d'enfants. Le canapé en cuir porte les traces de feutres indélébiles. La cuisine sent le chocolat et la pâte à crêpes.Je ne reconnais plus cette maison.Je ne reconnais plus ma vie.Je ne reconnais plus celle que j'étais, il y a sept ans — celle qui est entrée dans cette maison avec ses Docs Martens usées, ses cheveux défaits, sa valise pleine de doutes.Je suis devenue quelqu'un d'autre.Une mère. Une compagne. Une femme.Peut-être même une épouse, bientôt.
CHAPITRE 5509 MOIS PLUS TARD Troisaucunes.C'est le nombre de nuits blanches que j'ai passées à regarder mon ventre, à écouter les coups de pieds, à imaginer son visage. Un garçon. Nous avons appris il y a quatre mois. Un petit garçon. Lysander pleurait debout dans la salle d'échographie, ses mains sur ma peau, ses yeux rivés sur l'écran.Un fils.Il avait déjà une fille. Élise. Ma fille, aussi, maintenant. Mais un fils. Un petit garçon qui porterait peut-être son prénom, ou celui de son père, ou un autre, un nouveau, un juste à lui.Aujourd'hui, c'est le jour.Je le sens. Depuis ce matin, des contractions. Légères. Espacées. Puis plus rapprochées. Puis plus fortes.— C'est pour aujourd'hui, j'ai dit à Lysander.— T'es sûre ?— Mon ventre se contracte depuis six heures. Je suis sûre.Il a posé sa main sur mon ventre. Il a attendu. Une contraction est venue. Ses yeux se sont écarquillés.— Je vais chercher le sac, il a dit.Il est parti en courant. Comme un dératé. J'ai ri. Malgré la
CHAPITRE 54 LE POINT DE VUE DE Salomé — Fais le test.— Non.— Salomé…— Je ne peux pas, Lysander. Je ne peux pas affronter ça. Pas maintenant. Pas après tout ce qu’on a traversé.Il me prend dans ses bras. Il me serre contre sa poitrine. Sa peau est chaude, rassurante.— Tu n’es pas seule, dit-il.— Je sais.— Je suis là. Je serai là. Quoi qu’il arrive.— Tu dis ça parce que tu veux un enfant.— Je dis ça parce que je t’aime. Parce que si tu es enceinte, c’est notre enfant. Parce que je serai le père qu’il mérite. Parce que tu seras la mère qu’il mérite. Parce qu’on est une équipe, toi et moi.Je lève la tête. Mes yeux sont humides.— Tu crois que je vais être une bonne mère ?— Tu es déjà une mère pour Élise. Et elle ne s’en est jamais plainte.— Élise, ce n’est pas ma fille.— Pour elle, si.Je pose ma main sur mon ventre. À plat. Mon ventre est encore plat. Mais il y a peut-être quelque chose là-dessous. Une vie. Une petite vie qui grandit sans que je le sache.— Tu vas faire le
CHAPITRE 53 LE POINT DE VUE DE SALOMÉ Ses mots flottaient dans l'air humide, suspendus entre nous comme une condensation impossible à essuyer. T'es enceinte. La phrase résonnait dans ma tête, faisant écho au battement de mon cœur qui s'était emballé contre mes côtes. Je ne pouvais pas le regarder. Si je croisais son regard, si je voyais cette certitude plantée dans ses iris, tout deviendrait réel, tangible, définitif. J'ai détourné les yeux, fixant le carrelage froid où une goutte d'eau tremblait avant de glisser vers la bonde.Mes jambes ne me portaient plus. Je me suis éloignée de lui, d'un pas maladroit, traînant la lourdeur de ce moment, pour aller m'asseoir sur le rebord de la baignoire. La porcelaine était glacée sous mes cuisses nues, un choc brutal qui me traversa l'épine dorsale. Je me suis laissée tomber, le dos voûté, les coudes posés sur mes genoux, le visage enfoui dans mes mains. L'odeur de vanille et de sueur, si envoûtante quelques minutes plus tôt, me tournait maint
CHAPITRE 52SALOMÉ La respiration de Lysander s'était calmée contre mon cou, son corps lourd et chaud encore étreignant le mien. Nous restions ainsi, enlacés dans la pénombre dorée de la chambre, nos peaux collées l'une à l'autre par la sueur et l'huile vanillée qui imprégnait l'air. Je sentais encore les spasmes de mon sexe autour de sa queue, le souvenir de sa chaleur se répandant au plus profond de moi. Mais ce moment de quiétude, cette apaisée satiété, fut de courte durée.Lysander ne se retira pas. Au lieu de laisser la fatigue nous gagner, il redressa la tête et je vis briller dans ses yeux une lueur nouvelle, farouche, une faim qui n'était pas apaisée par sa première décharge. Sans un mot, il attrapa mes poignets et les écarta de chaque côté de ma tête, plaquant mon dos contre le drap froissé.— On ne s'arrête pas là, murmura-t-il, sa voix grave, rauque de désir.Il commença à boucer ses hanches, sa bite encore dure réveillant instantanément mes nerfs à vif. Ce n'était plus la
CHAPITRE 51 LE POINT DE VUE DE SALOMÉ Il traverse la cuisine.Je ne sais pas où il va. Je m'en fous. Il est là, ses mains sous mes cuisses, ma poitrine contre la sienne, nos souffles mêlés.La chambre.La porte. Il la pousse du pied. Elle claque. Nous sommes seuls. Vraiment seuls.Il me jette sur le lit.Pas doucement. Pas comme une princesse. Comme une femme qu'il veut dévorer. Le matelas grince sous mon poids. Mes cheveux se répandent sur l'oreiller. Mon tee-shirt a remonté sur mon ventre. Il me regarde.Ses yeux gris parcourent mon corps comme s'il le voyait pour la première fois. Ses mains tremblent. Lui — l'homme d'acier, le milliardaire, celui qui contrôle tout — il tremble.— Tu es belle, dit-il.— Tu l'as déjà dit.— Je le répéterai jusqu'à mon dernier souffle.— Alors dépêche-toi de le dire, parce que j'ai besoin de toi.Il sourit. Un vrai sourire. Pas le sourire du manipulateur. Pas le sourire du prédateur. Un sourire d'homme heureux.— J'arrive.Il enlève son tee-shirt. S







