LOGINJe me lève, je m'approche d'elle, je prends ses mains dans les miennes, je les serre, je les réchauffe, je les tiens, et je lui dis, d'une voix que je ne connaissais pas, une voix qui vient de quelque part en moi que je n'avais jamais exploré, une voix qui est celle de la sœur, de l'amie, de celle qui a traversé les mêmes épreuves, les mêmes peurs, les mêmes douleurs, les mêmes colères, une voix qui dit "je suis là, je suis là, je suis là, quoi qu'il arrive, quoi que tu fasses, quoi que tu dises, quoi que tu choisisses, je suis là, je serai toujours là, parce que tu es ma sœur, parce que je n'aimerai jamais personne comme je t'aime, toi, toi qui es venue, toi qui es restée, toi qui es là, aujourd'hui, dans ma maison, dans ma vie, dans mon cœur, pour toujours, pour l'éternité, pour la fin des temps, pour tout ce qu'on a, tout
ÉlianorLiora arrive le lendemain avec une valise et un sac à dos, elle s'installe dans la chambre d'amis, elle pose ses affaires, elle regarde autour d'elle, elle siffle entre ses dents, elle dit que c'est classe, que c'est vraiment classe, que je suis vraiment riche, que je suis vraiment puissante, que je suis vraiment tout ce qu'elle n'est pas, tout ce qu'elle ne sera jamais, tout ce qu'elle aurait voulu être, si elle avait eu le courage, la force, la volonté de se battre, de gagner, de dominer, au lieu de se laisser porter, de se laisser vivre, de se laisser exister, sans jamais rien faire, rien tenter, rien construire, rien être, rien avoir, rien valoir.Je la regarde, je la regarde avec ses jeans troués, son sweat trop grand, ses baskets qui ont vu meilleur jour, ses cheveux longs qu'elle attache en queue de cheval, ses yeux qui brillent, qui brillent de cette lueur qu'elle cache, qu'elle enfouit, qu'elle ente
Il me regarde, il me regarde avec ces yeux qui savent, qui savent tout, qui savent que je mens, que j'ai toujours menti, que je mentirai toujours, peut-être, parce que c'est plus facile, plus sûr, plus simple, parce que c'est tout ce que je sais faire, mentir, fuir, partir, oublier, tout oublier, tout laisser derrière moi, les visages, les noms, les nuits, les amours, les promesses, tout, tout, tout, mais il ne dit rien, il ne fait rien, il reste là, à côté de moi, à jouer avec mes enfants, avec nos enfants, avec ce qu'on a, ce qu'on n'a pas, ce qu'on aura, peut-être, un jour, si j'arrête de fuir, si j'arrête d'avoir peur, si j'arrête de douter, si j'arrête de me cacher, si j'arrête de m'oublier, si j'arrête d'oublier tout ce qui compte, tout ce qui vaut la peine, tout ce qui mérite qu'on se batte, qu'on reste, qu'on aime, qu'on vive.— Je ferais tout pour
Léon me regarde, il me regarde avec ses yeux qui brillent, qui brillent de cette lumière que seuls les enfants ont, cette lumière qui dit que tout est possible, que tout est vrai, que tout est beau, que tout est juste, que tout est bien, quand on est aimé, quand on est protégé, quand on est défendu, quand on est avec quelqu'un qui est là, qui est toujours là, qui ne part jamais, qui ne fuit jamais, qui n'abandonne jamais, qui aime, qui aime assez pour rester, pour se battre, pour être là, pour dire "je suis là, je suis là, je suis là, quoi qu'il arrive, quoi que tu fasses, quoi que tu dises, quoi que tu choisisses, je suis là, je serai toujours là, parce que je t'aime, parce que tu es mon fils, parce que je n'aimerai jamais personne comme je t'aime, toi, ta sœur, ta mère, vous êtes ma famille, vous êtes ma vie, vous êtes tout ce
Je le prends dans mes bras, je le serre contre moi, je sens ses petites mains qui s'accrochent à mon cou, ses petites larmes qui coulent sur ma joue, ses petites épaules qui tremblent, son petit cœur qui bat, qui bat trop vite, trop fort, trop longtemps, et je pleure, je pleure avec lui, je pleure pour lui, je pleure pour elle, je pleure pour nous, pour tout ce qu'on n'a pas eu, tout ce qu'on a perdu, tout ce qu'on a laissé, tout ce qu'on aurait dû être, tout ce qu'on aurait dû faire, tout ce qu'on aurait dû dire, tout ce qu'on aurait dû être là, pour se protéger, pour s'aimer, pour se défendre, pour ne pas laisser les autres détruire ce qu'on a de plus précieux, ce qu'on a de plus cher, ce qu'on a de plus vrai, l'amour, la confiance, la foi en soi, en l'autre, en la vie, en tout ce qui fait qu'on se lève le matin, qu'on se bat, qu'on gagne, qu'on perd, qu'on recomm
MarcusL'école appelle en milieu de matinée, la voix de la directrice est tendue, embarrassée, elle me dit que Léon s'est battu, qu'il a frappé un autre garçon, qu'il faut que quelqu'un vienne, que c'est grave, que c'est sérieux, que c'est urgent, et je n'hésite pas une seconde, je prends ma voiture, je traverse la ville, je gare n'importe comment devant l'école, j'entre, je cours, je pousse les portes, je traverse les couloirs, je monte les escaliers, j'arrive dans le bureau de la directrice, et je vois Léon, mon fils, mon fils qui a cinq ans, qui est assis sur une chaise, qui a les poings serrés, les yeux rouges, les lèvres qui tremblent, qui ne pleure pas, qui ne pleure pas parce qu'il est fort, parce qu'il est courageux, parce qu'il est un homme, parce qu'il ne veut pas qu'on le voie pleurer, parce qu'il ne veut pas qu'on le prenne pour un faible, pour un peureux, pour quelqu'un qui a peur
MARTHALa tasse de thé refroidit entre mes mains, oubliée. Je suis à la fenêtre de la cuisine, derrière le rideau de dentelle. Une sentinelle silencieuse. J’ai tout vu.J’ai vu Marcus quitter la maison , son visage une tempête figée. J’ai vu Élianor s’écrouler contre sa propre porte, un instant de
LIORAJe la regarde. Je nous regarde tous. Des costumes légèrement défraîchis. Des bijoux qui ont connu des jours meilleurs. Une fierté en lambeaux mais encore tenue par des épingles. Elle a raison. Nous ne sommes plus des pairs de personne.— Alors nous jouerons le rôle, dis-je froidement. Jusqu’à
ÉLIANORLa porte de la maison se referme derrière moi avec un claquement sourd qui résonne dans tout mon être. Je m’y adosse, les paumes à plat sur le bois froid, comme pour m’ancrer à la réalité qu’il représente. Ma réalité. La seule qui compte.Mais derrière mes paupières closes, c’est son visage
ÉLIANORElle rougit légèrement, trahie. Nous savons toutes les deux que « troublée » est un mot faible pour décrire l’électrocution qui a passé entre eux dans le jardin.– Et si tu te fais prendre ?– Je ne me ferai pas prendre. C’est notre maison. Notre jardin. Je suis une vieille dame inoffensive







