LOGINMon téléphone vibre, je le sors de ma poche, je regarde l'écran, c'est Marcus, c'est toujours Marcus, c'est lui qui est là, qui est toujours là, qui m'attend, qui espère, qui aime, qui ne part pas, qui ne fuit pas, qui n'a pas peur, qui n'a jamais peur, ou qui a peur mais qui reste, qui reste quand même, parce que c'est lui, Marcus, l'homme qui n'oublie jamais, l'homme qui ne renonce jamais, l'homme qui ne part jamais, l'homme qui est là, qui sera toujours là, quoi qu'il arrive, quoi que je fasse, quoi que je dise, quoi que je choisisse.— Ça va ? demande-t-il d'une voix qui n'attend pas de réponse, d'une voix qui sait que ça ne va pas, que ça n'ira pas, que ça n'ira peut-être jamais, mais qui est là, qui est là pour le dire, pour le dire que ça va aller, que ça ira, parce que lui est là, parce que je ne suis pas seule,
Elle pousse vers moi une photo, une photo de ces petites fioles qu'on utilise en laboratoire, avec des étiquettes que je ne comprends pas, des noms de produits que je ne connais pas, mais que je devine être la mort, la mort qu'on a voulu donner à mon père, la mort qu'on a préparée, organisée, exécutée avec la précision d'un horloger qui monte un mécanisme dont chaque rouage a été conçu pour tuer.— Nous avons des soupçons sur quelqu'un de très proche, madame Hammond, dit le commandant Renaud en croisant les mains sur la table, en me regardant avec des yeux qui cherchent à lire dans mon âme ce que je ne dis pas, ce que je sais peut-être, ce que je ne veux pas savoir, ce que je refuse de voir, quelqu'un qui était présent lors de la première hospitalisation de votre père, quelqu'un qui a insisté p
ÉlianorLe commissariat sent le café froid et la paperasse, cette odeur particulière des lieux où la vie des gens se déroule en formulaires et en procès-verbaux, où les drames deviennent des dossiers, où les douleurs se transforment en témoignages qu'on classe, qu'on archive, qu'on oublie dans des cartons qui finissent leurs jours dans des sous-sols poussiéreux. Je suis assise sur une chaise en plastique dans un couloir éclairé par des néons qui grésillent, et je regarde l'horloge accrochée au mur, cette horloge dont les aiguilles semblent ne jamais vouloir avancer, comme si le temps lui-même avait décidé de s'arrêter ici, dans ce lieu où l'on vient quand on a perdu quelqu'un, quand on a été victime, quand on a besoin que la justice fasse ce que la vie n'a pas su faire.Mes mains sont posées sur mes
Je reste là, adossée à la porte, je reste là à écouter ses pas s'éloigner dans le jardin, je reste là à écouter la neige tomber, je reste là à écouter mon cœur battre, je reste là à écouter la peur qui hurle, la peur qui crie, la peur qui dit "fuis, fuis, fuis", et l'amour qui murmure, l'amour qui chuchote, l'amour qui dit "reste, reste, reste".ÉlianorJe monte dans ma chambre, je ferme la porte, je m'assois sur le lit, je regarde mes mains, mes mains qui tremblent, mes mains qui ont tenu les siennes, mes mains qui ont tenu mes enfants, mes mains qui ont détruit des hommes, des vies, des empires, mes mains qui ne savent plus ce qu'elles veulent, ce qu'elles peuvent, ce qu'elles osent, mes mains qui voudraient le toucher, le prendre, le retenir, et qui ne savent que fuir, que partir, que s'oublier, que tout oublier, que tout
ÉlianorJe recule d'un pas, puis d'un autre, puis d'un autre, je recule parce que c'est trop, trop de vérité, trop d'émotion, trop de lui, trop de nous, trop de tout, je recule parce que je sens le mur qui se fissure, qui s'effrite, qui va tomber, je recule parce que j'ai peur, peur de ce qui va arriver si je reste, si je l'écoute, si je le crois, si je l'aime, si je dis oui, si je dis enfin ce que je n'ai jamais dit à personne, ce que je n'ai jamais osé dire à personne, ce que je n'ai jamais su dire à personne, oui, oui, oui.— Tu me fuis depuis six mois, Élianor, tu me fuis depuis six mois, depuis que je suis arrivé, depuis que je me suis installé dans cette maison, depuis que j'ai frappé à ta porte, depuis que je t'ai dit que je t'avais cherchée, que je t'avais trouvée, que je t'aimais, tu me fuis, tu me fuis chaque jour, chaque heure,
Sa voix tremble, sa voix tremble sur ces derniers mots, sur ces mots qu'il a dû répéter cent fois, mille fois, dans le silence de sa maison, dans le silence de sa vie, dans le silence de ces six années où il m'a cherchée, où il m'a attendue, où il m'a espérée, où il m'a aimée sans savoir si je pensais à lui, sans savoir si je me souvenais de lui, sans savoir si je l'aimais, ne serait-ce qu'un peu, ne serait-ce qu'une seconde, ne serait-ce qu'assez pour ne pas l'oublier complètement.— Toi, tu as oublié mon visage, dit-il en se levant, en s'approchant de moi, en s'arrêtant à un pas, à un souffle, à un battement de cœur, toi, tu as oublié mon visage, tu as oublié mon nom, tu as oublié cette nuit, tu as oublié tout ce qui s'est passé, tout ce qu'on a été, tout ce qu'on aurait pu être,
MARCUSLeurs petits pas résonnent encore dans ma tête, synchronisés avec les battements désordonnés de mon cœur. Léon. Lilou. Les noms tournent, s’impriment. Des noms doux, légers, qui contrastent violemment avec le poids de leur existence.Je n’ai pas bougé. Le soleil monte, réchauffant la pierre
ÉLIANORElle rougit légèrement, trahie. Nous savons toutes les deux que « troublée » est un mot faible pour décrire l’électrocution qui a passé entre eux dans le jardin.– Et si tu te fais prendre ?– Je ne me ferai pas prendre. C’est notre maison. Notre jardin. Je suis une vieille dame inoffensive
MARCUSLa nuit dans le pavillon est épaisse, poreuse. Elle laisse filtrer les souvenirs, mais c’est l’essentiel qui coule à travers : la sensation. Ce n’est pas une image qui vient d’abord, c’est un climat. Une chaleur moite de nuit d’été. Une musique basse, venue d’ailleurs. Le sentiment aigu, gri
ÉLIANORLa chambre des enfants est un sanctuaire de douceur et de paix qui me déchire. Léon, mon ange aux boucles sombres, dort déjà, une main sous sa joue. Lilou, sa jumelle, plus réservée, respire doucement, serrant son doudou contre son cœur. Deux visages si semblables, si différents. Deux mirac







