Beranda / Fantaisie / LA SIRÈNE ET LE CENTAURE / Chapitre 6 — La Cage de Nacre et de Chagrin

Share

Chapitre 6 — La Cage de Nacre et de Chagrin

Penulis: Déesse
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-01 00:18:30

Éliane

La soumission a un goût de cendre. Il colle à ma langue, bien plus amer que le sang de Kaël. J’ai baissé la tête devant mon père, j’ai accepté le poids de cette couronne qui n’a jamais été mon choix. Et depuis, le palais n’est plus qu’une immense chambre de torture nacrée.

Je erre dans les salles immenses, mes nageoires ne faisant qu’effleurer les mosaïques de perles. Les chants des baleines, autrefois apaisants, résonnent comme des lamentations. Les raies manta qui dansent aux voûtes ont la grâce de geôliers silencieux. Chaque regard de courtisan, chaque sourire obséquieux, me rappelle ma condition : un joyau. Une pièce d’échange. Promise.

— La couleur des tentures pour la cérémonie, Princesse ? L’azur des abysses ou l’argent des grottes lunaires ?

—Les bijoux de la dot doivent être examinés. Le Roi Marinus a exigé que les perles noires de la Tranchée Éternelle y soient incluses.

Je réponds par des hochements de tête vagues, des murmures d’assentiment. Mon esprit n’est pas ici. Il est là-haut, là où l’eau se brise et où l’air bruisse, là où un centaure au regard de tempête m’a mordue comme on marque son territoire.

Je me surprends à porter mes doigts à mes lèvres, cherchant l’écho de sa pression, la mémoire cuisante de sa fureur. Personne ici ne me touche ainsi. Personne n’oserait. Je suis une icône, fragile et distante. Lui, il m’a traitée comme un être de chair. Comme une égale dans le conflit. Comme une proie qu’il désire et qu’il craint.

Ma mère me rejoint dans la Salle des Murmures, où les coquillages amplifient les sons les plus discrets.

— Éliane, ma perle, tu n’es pas toi-même. Ce mariage… je sais qu’il t’effraie.

Je me tourne vers elle. Son visage est un masque de douceur, mais ses yeux, si semblables aux miens, trahissent une profonde lassitude.

— Cela m’effraie autant que l’idée de passer l’éternité emmurée vivante, mère. Marinus… ses mains sont froides comme la mort.

— Le pouvoir est rarement chaleureux, ma fille. Mais il offre la sécurité. La pérennité de notre peuple. Ton père…

— Mon père voit une alliance. Il ne voit pas sa fille se dessécher.

Elle soupire, et son voile d’algues fines ondule tristement.

—Nous sommes reines, Éliane. Notre cœur n’appartient pas qu’à nous-mêmes. Il bat au rythme des océans. Renonce à ces fantômes de la surface. Ils ne peuvent que te détruire.

Ce ne sont pas des fantômes. C’est du granit et de la foudre. C’est une chaleur si violente qu’elle pourrait faire bouillir l’océan. Je ferme les yeux, et je le revois. La tension dans son encolure, l’éclat sauvage dans son regard quand il a cédé, quand sa bouche a trouvé la mienne.

Le pire, c’est Lyra. Ma petite sœur, innocente et cruelle sans le savoir.

—Éliane, raconte-moi encore ! Le centaure, il était comment ? Est-ce qu’il était très méchant ? Est-ce que tu as eu peur ?

Ses yeux brillent de curiosité. Elle voit une aventure. Un conte. Elle ne voit pas le gouffre.

—Il était… entier, Lyra. Comme une tempête. On ne peut pas avoir peur d’une tempête. On ne peut que la subir.

— Et est-ce qu’il reviendra ?

La question, naïve, me transperce comme un harpon. Revient-il ? Me hait-il autant que je le hais ? Son désir est-il aussi dévorant que le mien ?

L’étau se resserre. Les jours se suivent, tous identiques, ponctués par les préparatifs du mariage. On m’apporte la robe. Un tissu vivant tissé à partir de filaments de méduses bioluminescentes, d’une beauté à vous couper le souffle. Je l’enfile. Je regarde mon reflet dans le miroir d’obsidienne. Une princesse parfaite, pâle et luisante, une offrande emmaillotée de lumière. Je ne me reconnais pas. La femme qui a mordu et qui a été mordue a disparu.

Soudain, un besoin viscéral, physique, me prend. Un besoin d’air, de vrai, pas de cet oxygène filtré par les branchies. Un besoin d’espace, de risque. Un besoin de lui.

Je me dégage de la robe précieuse, la laissant flotter telle une âme en peine dans la pièce.

—Je sors, dis-je à l’assistante sidérée.

—Mais, Princesse… le protocole… votre père…

— Mon père peut garder son protocole, je crains qu’il ne lui soit d’aucune utilité contre la marée.

Je nage. Je nage comme une démente, fuyant les couloirs dorés, fuyant les regards, fuyant mon destin tout tracé. Je dépasse les jardins de coraux, les statues des anciens rois, les frontières sécurisées d’Aqualis. Je me dirige vers les hauts-fonds, vers la frontière interdite. Vers notre lieu.

L’eau se réchauffe, s’éclaircit. La pression diminue. Mon cœur bat la chamade, non pas de peur, mais d’une anticipation douloureuse. Et si il n’était pas là ? Et si il avait renoncé ? La pensée est un froid mortel pire que celui des abysses.

Je brise la surface.

La nuit est claire, le vent vif. Je halète, avalant l’air à grands traits, brûlant mes branchies. Mes yeux scrutent la rive, désespérément.

Il est là.

Immobile, sombre, plus massif et plus royal que je ne me le rappelais. Il me regarde, et dans son regard, je vois passer la même tempête que dans la mienne. La haine, le désir, la confusion, la furie.

Nous restons ainsi un long moment, suspendus dans le silence hurlant de notre impossibilité.

Je parle la première, ma voix rauque, brisée par l’émotion et l’effort.

—Ils me marient. À la prochaine pleine lune.

Les mots tombent entre nous comme une condamnation. Je ne suis pas venue pour de nouveaux jeux, pour de nouvelles provocations. Je suis venue lui jeter ma détresse à la face, comme un défi ultime.

La suite dépend de lui.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • LA SIRÈNE ET LE CENTAURE   Le Chant des Deux Rives

    Toi, Sirène, dont la chevelure onduleComme les algues sous le flux changeant,Ton corps d'écume et de nacre qui brûleDes feux captifs d'un soleil négligeant.Tes mains sculptent le corail et le rêve,Ta voix entrouvre les portes du matin,Et le marin égaré qui s'élèveVers ton appel connaît son propre destin.Toi, Centaure, dont le poitrail respireLe vent salin et l'odeur du genêt,Tes sabots marquent le rythme d'un empireOù la poussière et les astres naissaient.Ton galop roule en tempête feutrée,Ton œil reflète la sagesse des nuits,Et la steppe entière,à ton pas, est entréeDans la danse sacrée des éternels ennuis.Vous partagez la blessure première,La grande fêlure au flanc de l'univers,Où la marée,en sa course dernière,A séparé vos destins de concert.La Mer soupire en voyant vos batailles,La Terre pleure vos combats insensés,Et le vieux Temps use ses propres entaillesÀ compter les morts que vous avez laissés.Mais vois-tu, Centaure, comme l'onde est proche ?Et toi,Si

  • LA SIRÈNE ET LE CENTAURE   Chapitre 40 — Fin : Le Crépuscule des Dieux

    AelanLa paix qui suit le Conseil des Éléments est d'une qualité nouvelle. Ce n'est plus la trêve fragile des premiers temps, ni la détermination usée des années de labeur. C'est une harmonie profonde, tissée dans la substance même du monde. La Cité prospère, les mariages mixtes ne font plus scandale, et les enfants aux pieds palmés ou aux reflets d'écaille dans les cheveux sont la norme.J'ai quinze ans. Et je sens un nouveau changement. Plus subtil. Plus profond. C'est comme si le monde, après avoir retrouvé son équilibre, retenait son souffle. Mes parents le sentent aussi. Une mélancolie tranquille habite leurs regards, surtout lorsque le soleil couchant embrase la Frontière de pourpre et d'or.— Le chant change, me dit un soir ma mère, Éliane, alors que nous regardons les dernières lueurs caresser les flots. Il devient... plus doux. Comme une berceuse.— C'est le chant du crépuscule, réponds-je doucement.Ils me regardent, comprenant. Leur tâche est presque achevée.KaëlLes signe

  • LA SIRÈNE ET LE CENTAURE   Chapitre 39 — Le Chant du Monde Nouveau

    AelanJ'ai douze ans, et je sens le poids des mondes sur mes épaules. Pas comme un fardeau, mais comme une mélodie complexe dont je dois apprendre chaque note. La Cité de la Frontière grandit, un organisme vivant de pierre, d'eau et d'espoir. Mais l'équilibre est une danse perpétuelle. Une note fausse, et l'harmonie peut se briser.Mes parents sont les piliers, les Gardiens. Mais je suis le pont. Celui qui sent les frémissements avant les séismes, les courants de méfiance avant qu'ils ne deviennent des marées de haine.Aujourd'hui, la dissonance vient des Anciens. Pas ceux du Conseil, mais ceux des terres lointaines et des profondeurs oubliées. Un groupe de chamanes centaures des Montagnes de Brume est arrivé, leurs robes tissées de runes de silence. En même temps, une délégation de sirènes des Tranchées de l'Oubli a émergé, leurs yeux pâles et réprobateurs.Ils ne viennent pas pour apprendre. Ils viennent pour juger.KaëlJe les reçois dans le Grand Hall de la Cité, une structure à c

  • LA SIRÈNE ET LE CENTAURE   Chapitre 38 — Le Poids de la Paix

    KaëlLa paix a un goût différent de ce que j'avais imaginé. Ce n'est pas l'ivresse de la victoire, ni le silence après la tempête. C'est un travail. Méticuleux, constant, épuisant. Chaque matin, je me lève avant le soleil, mes sabots résonnant sur les dalles de pierre polie de notre palais frontalier. L'air sent toujours cette étrange mixture de sel marin et de terre humide, l'odeur même de notre royaume.Ma première tâche est de rencontrer Bélagos. Le vieux guerrier est devenu mon bras droit, le chef de notre garde mixte. Son rapport est toujours le même : des escarmouves verbales aux frontières, des disputes pour les droits de pâturage ou de pêche, des regards noirs échangés entre jeunes centaures impétueux et sirènes méfiantes. La haine ancestrale ne meurt pas en un jour. Elle se terre, et ressort dans les petits riens du quotidien.— Le Clan du Ruissellet refuse de partager le point d'eau avec les pêcheurs sirènes du Récif de Corail, m'annonce-t-il, le visage grave. Ils disent que

  • LA SIRÈNE ET LE CENTAURE   Chapitre 37 — Le Serment des Gardiens

    KaëlLa paix nouvelle est un cristal fragile entre nos mains. Nous sommes devenus les Gardiens, et le cœur des océans bat en nous. Mais les visions que le Trône nous a montrées – ces ombres de solitude, de rejet, de chaos – hantent nos nuits. Ce ne sont pas de simples cauchemars. Ce sont des possibilités. Des chemins que le futur pourrait encore emprunter.Un matin, je trouve Éliane immobile devant la Source d'Argent, son reflet brisé par les remous. Elle ne me regarde pas quand elle parle, sa voix un murmure chargé de l'écho des profondeurs.—Et si nous avions tort, Kaël ? Et si en liant le cœur des mers au nôtre, nous avons seulement rendu l'effondrement plus cataclysmique ? Si notre amour échoue, tout échoue.Je pose une main sur son épaule, sentant la tension sous sa peau nacrée.—Alors nous ne devons pas échouer. Nous devons être plus forts que la peur.— Comment ? Comment lutter contre un futur que nous avons déjà vu ?— En le changeant. Maintenant. Pas en le fuyant.L'idée germ

  • LA SIRÈNE ET LE CENTAURE   Chapitre 36 — Le Prix du Trône

    KaëlLe silence qui suit notre retour du palais de nacre est lourd, chargé d'une vérité que nous n'osons formuler. Lyra, la propre sœur d'Éliane, a tenté de tuer leur mère. Par amour du pouvoir. Par jalousie. La trahison a un visage familier, et sa cicatrice ne se refermera jamais tout à fait.Aelan, lui, semble porter cette connaissance avec une tristesse résignée. Il a dix ans maintenant, et son regard voit trop loin, trop profond. Il passe des heures à observer la Source d'Argent, comme s'il y lisait des destins que nous ne pouvons percevoir.La nouvelle nous arrive par un messager centaure, couvert de la poussière des steppes lointaines. Le vieux Roi Thalassos est mort. Une embolie soudaine, rapide. Aucun soupçon de poison cette fois. Juste le poids des ans et, peut-être, celui du chagrin.— Le trône des Abysses est vacant, annonce le messager. La Reine Mère Céline, bien que rétablie, a renoncé à la couronne. Elle se retire dans un sanctuaire. Selon la loi, la succession revient à

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status