LOGINElle est là.Assise dans le fauteuil près de la fenêtre, un livre entre les mains. La lumière du jour naissant caresse son visage, adoucit ses traits, allume des reflets cuivrés dans ses cheveux. Elle porte un peignoir blanc, ses pieds nus sont repliés sous elle, ses doigts tournent les pages avec une lenteur méditative.Elle ne lève pas les yeux quand j'entre.Je reste debout, à quelques pas d'elle. J'attends. Elle continue de lire comme si je n'étais pas entré, comme si ma présence ne méritait pas un regard, comme si j'étais devenu le fantôme qu'elle a été pour moi pendant cinq ans.Cette inversion des rôles est insu
J'observe ses moindres gestes tout au long du dîner. Elle ne boit presque pas , une gorgée de champagne au début, un fond de vin blanc qu'elle fait durer jusqu'au fromage. Elle ne parle jamais la bouche pleine. Elle ne coupe jamais la parole. Elle écoute plus qu'elle ne s'exprime, et quand elle ouvre la bouche, c'est pour dire quelque chose de pertinent, d'utile, d'intelligent.Elle est irréprochable.Trop irréprochable.Le soupçon commence à germer. Une graine minuscule qui s'enfonce dans la terre fertile de ma paranoïa. Si elle est aussi maligne, aussi cultivée, aussi fine stratège... pourquoi est-elle restée tout ce temps ? Pourquoi a-t-elle enduré mes humiliations, mes absences, mes silences ? Une femme comme
EthanUne semaine plus tard, le dîner d'affaires avec les actionnaires Anderson m'oblige à exhiber mon épouse comme un trophée.Le restaurant est l'un des plus prestigieux de la ville , un palace du dix-neuvième arrondissement, moquettes épaisses, lustres en cristal, nappes blanches amidonnées à la perfection. La salle privée que j'ai réservée est tapissée de boiseries sombres et éclairée aux chandelles. Un cadre solennel, feutré, intimidant. Exactement ce dont j'ai besoin pour tenir en respect les Richardson, ces vieux requins de la finance qui flairent la moindre faiblesse comme des chiens de chasse.Victoria voulait venir. Elle a insisté, supplié, menacé. Pendan
Elle lève les yeux vers les miens. Et là, je les vois à la lumière du matin, pleinement, sans filtre. Ses iris sont bruns, oui, mais pas uniformément. Il y a des éclats dorés autour de la pupille, des stries plus sombres qui rayonnent vers l'extérieur. Des yeux complexes, nuancés, qui ont dû être magnifiques autrefois, quand ils étaient encore habités.Aujourd'hui, ils sont vides. Comme des fenêtres derrière lesquelles on a tiré les rideaux. Comme des puits dans lesquels on a jeté assez de pierres pour en combler le fond.— Qu'est-ce que tu veux, Ethan ?
EthanLes jours suivants, je m'applique à lui rappeler sa place.Ce n'est pas de la cruauté gratuite. C'est de la logique. De la stratégie. Si elle veut jouer à ce petit jeu morbide, elle en respectera les règles jusqu'à la dernière virgule. Mes règles. Édictées par moi, appliquées par moi, modifiées à ma guise.Elle ne m'a pas demandé ces deux mois pour rien. Personne ne fait rien pour rien — c'est la première leçon que mon père m'a apprise, gravée au
Ma voix est un feulement, un grondement de bête acculée. Ma main se lève — pour quoi faire ? La saisir ? La secouer ? Je ne sais pas. Je la laisse retomber le long de mon corps, inutile, ridicule.— Je ne te menace pas, Ethan. Je te propose une transaction. Tu veux épouser Victoria. Tu veux être libre. Je suis le seul obstacle. Laisse-moi deux mois, et l'obstacle disparaît.Elle fait une pause. Sa langue passe sur ses lèvres , un geste furtif, nerveux, le premier signe d'humanité qu'elle laisse filtrer depuis le début de cette conversation.— Tu ne me dois rien. Tu ne m'as jamais rien dû. Mais ce que je te demande, ce n'est pas de l'a







