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Chapitre 2 – Le bureau du notaire 2

last update Petsa ng paglalathala: 2026-04-09 04:16:48

Lydia 

Le notaire est parti. Ma mère est partie. Ethan parle à une autre femme le jour de son mariage.

Je suis seule dans l'étude qui sent le cuir et la naphtaline.

Je suis mariée.

Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, immobile, à regarder le bois de la table. C'est la voix d'Ethan qui me tire de ma torpeur.

— La voiture attend. Ne sois pas en retard.

Il est déjà à la porte. Il ne s'est pas retourné pour me parler. Il s'adresse à moi comme on donne un ordre à un employé.

Je me lève. Mes jambes sont en coton. Ma tête est vide. Mon cœur bat trop lentement, comme s'il économisait ses forces pour ce qui m'attend.

Dans l'escalier de l'étude, je croise mon reflet dans un grand miroir au cadre doré. Une jeune femme pâle, les yeux cernés, dans une robe bleu marine trop stricte pour son âge. Elle a vingt-six ans mais elle en paraît quarante. Elle a signé sa vie sans la lire. Elle s'appelle Lydia Sterling maintenant.

Je ne la reconnais pas.

La voiture est une berline noire aux vitres teintées. Ethan est déjà à l'intérieur, penché sur son téléphone. Il ne lève pas les yeux quand je m'assois à côté de lui. Le chauffeur démarre sans un mot.

Nous roulons dans Paris. Les rues défilent derrière la vitre. Des gens marchent sur les trottoirs. Ils rient. Ils s'embrassent. Ils sont libres.

Je pose ma main sur la poignée de la portière. Juste pour sentir le froid du métal sous mes doigts. Juste pour me rappeler que je pourrais l'ouvrir. Que je pourrais sauter. Courir. Disparaître.

Mais je ne le fais pas. Parce que mes parents ont des dettes. Parce que ma mère m'a dit tu nous dois bien ça. Parce que je ne sais pas qui je suis en dehors de ce qu'on attend de moi.

Alors je reste assise. Et je regarde Paris défiler derrière une vitre teintée.

Ethan ne me regarde toujours pas.

Lydia

La salle des mariages de la mairie du seizième arrondissement ressemble à une salle d'attente de clinique de luxe. Murs beiges. Chaises en velours fatigué dont le rouge a viré au rose poussiéreux. Un drapeau français qui pend mollement près de la fenêtre, agité par un courant d'air que personne ne sent. Des moulures au plafond qui ont connu des temps meilleurs, sous la Troisième République peut-être, quand on célébrait encore des mariages d'amour dans cette pièce.

Je n'ai pas de robe blanche. Ma mère m'a dit que ce serait ridicule. Elle est venue me voir ce matin, dans la petite chambre d'hôtel où j'ai passé ma dernière nuit de femme libre. Elle a regardé la robe que j'avais choisie, une chose simple en crêpe ivoire que j'avais achetée avec mes économies, en secret, parce que je voulais croire que quelque chose dans cette journée pourrait être beau.

— Pas pour une deuxième épouse, a-t-elle dit en pinçant les lèvres. Surtout pas pour toi. Tu veux qu'on te prenne pour une arriviste ? Une qui ne connaît pas sa place ?

Elle a décroché la robe du cintre et l'a jetée sur le lit comme on jette une serviette sale. Puis elle a ouvert ma valise et en a sorti la robe bleu marine. Celle que je porte aux enterrements et aux entretiens d'embauche. Sobre. Fonctionnelle. Un vêtement qui dit je ne fais pas de vagues, je ne demande rien, je suis reconnaissante d'être tolérée.

— Voilà. C'est parfait.

Je l'ai mise sans discuter. Je n'ai plus la force de discuter. J'ai épuisé mes réserves de rébellion il y a des années, dans des batailles que j'ai toutes perdues. Contre mon père qui buvait. Contre ma mère qui regardait ailleurs. Contre ma sœur qui est partie sans se retourner. Contre la vie qui n'a jamais été ce qu'on m'avait promis dans les livres.

Ce mariage est un enterrement et un entretien d'embauche à la fois. La robe est appropriée.

Deux témoins que je ne connais pas attendent debout près de la porte. Payés. Le mien est un clerc de l'étude du notaire, un jeune homme boutonneux qui n'arrête pas de regarder sa montre. Le sien est un employé de Sterling Corporation dont j'ai déjà oublié le nom, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fermé, qui se tient au garde-à-vous comme un soldat.

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