LOGINIl est la dernière personne que je voulais revoir. Mathis Carval. Mon ancien collègue. Mon ennemi préféré. Et maintenant — par une cruelle ironie du destin — mon binôme pour cinq jours de survie sur une île perdue en Polynésie. On s'est quittés il y a trois ans. Mal. Sans vraiment se dire ce qu'il aurait fallu dire. Je pensais avoir tourné la page. Je me trompais. Parce que les forêts tropicales, les feux de camp et les nuits trop belles ont une façon de forcer les vérités qu'on préférait garder enfouies.
View MoreLa seule chose que Léa n'avait pas prévue en s'inscrivant à ce séjour de survie cette petite île en Polynésie, c'était lui.
Mathis Carval. Debout sur le ponton, les bras croisés, une expression d'ennui souverain sur le visage ; comme si le soleil lui-même avait besoin de sa permission pour briller. Il portait un sac de randonnée impeccable, du matériel visiblement hors de prix, et cette façon agaçante de regarder les autres comme s'il les jaugeait au millimètre.
Léa s'arrêta si brusquement que la roue de sa valise lui écrasa le talon.
« Sérieusement ? » murmura-t-elle pour elle-même.
Trois ans. Trois ans qu'elle avait quitté l'agence, qu'elle s'était promis de ne plus jamais croiser Mathis Carval. Et là, à huit mille kilomètres de Paris, sur une île dont la moitié des habitants ne connaissait probablement pas son nom, l'univers avait décidé de se moquer d'elle.
Il tourna la tête. Leurs regards se croisèrent.
Une seconde. Deux. Puis le coin de sa bouche esquissa quelque chose qui n'était pas tout à fait un sourire.
« Rinaldi, dit-il simplement, comme on prononce le nom d'une météo capricieuse.
- Carval,» répondit-elle sur le même ton. Avec le même enthousiasme que si elle venait de trouver un caillou dans son soulier.
Le guide, un homme trapu avec un sourire perpétuel et un chapeau de paille, frappa dans ses mains pour rassembler le groupe. Ils étaient huit en tout : deux couples, un photographe solitaire, une femme d'une soixantaine d'années qui avait l'air de pouvoir survivre à une apocalypse les yeux fermés, Léa, et Mathis.
« Bienvenue sur l’île de Motu iti ! lança le guide. Je m'appelle Teva. Pendant cinq jours, vous allez apprendre à lire la forêt, à trouver l'eau, à construire un abri. Vous repartirez transformés. Ou au moins, très bronzés »
Rires polis dans le groupe. Léa sourit malgré elle. Mathis, lui, continuait de regarder l'horizon comme si l’Océan lui devait des excuses.
Teva distribua les équipements de base et expliqua les règles : pas de téléphone après le premier soir, pas de ravitaillement extérieur, et - Léa sentit son estomac se contracter - les binômes seraient tirés au sort.
« Le hasard est le meilleur professeur, dit Teva avec un clin d'œil. Il vous mettra toujours avec la personne dont vous avez le plus à apprendre. »
Il sortit un petit panier tressé et fit passer les papiers pliés.
Léa déplia le sien. Binôme n°3.
« Binôme trois ? » appela Teva.
Deux mains se levèrent en même temps. Celle de Léa. Et celle de Mathis.
Le silence qui suivit dura exactement le temps qu'il fallut à Léa pour envisager de rentrer à la nage jusqu’à Tahiti.
« Parfait! » dit Teva, rayonnant d'une joie qui semblait sincère et donc légèrement criminelle. « Les meilleurs binômes sont souvent ceux qui se connaissent déjà.
- On se connaît, confirma Mathis. C'est le problème.»
Léa prit une grande inspiration. L'air sentait l’air frais et les fleurs. En d'autres circonstances, elle aurait trouvé ça magnifique.
« Écoute, dit-elle à voix basse en s'approchant de lui. On va faire ça proprement. Tu fais ta moitié, je fais la mienne. On n'est pas obligés de se parler au-delà du strict nécessaire. »
Il la regarda un moment, et quelque chose passa dans ses yeux ; trop rapide pour qu'elle puisse l'identifier.
« Entièrement d'accord, dit-il. Sauf que… »
Il baissa les yeux vers ses pieds. Léa suivit son regard.
Sa valise à roulettes. Ses ballerines blanches. Son total absence d'équipement de survie.
« …tu vas avoir besoin de moi avant ce soir », termina-t-il.
Léa redressa les épaules.
« J'ai survécu à trois ans sans toi. Je pense que je peux gérer une jungle ».
Il eut alors ce sourire ; le vrai, celui qu'elle avait mis des mois à oublier ; et se pencha légèrement vers elle.
« La jungle, peut-être. Mais les moustiques tigre qui vivent sous les fougères? Ça, c'est une autre histoire. »
Il s'éloigna pour rejoindre le groupe.
Léa regarda les fougères verdoyantes qui bordaient le chemin. Elle regarda ses ballerines blanches. Elle regarda le dos de Mathis Carval qui s'éloignait avec une désinvolture parfaitement calculée.
Cinq jours.
Elle allait survivre à cinq jours. Et peut-être même à lui.
Peut-être.
La forêt de l’île de Motu iti n'avait pas l'air d'une forêt. Elle avait l'air d'un organisme vivant ; vert sombre, humide, respirant ; qui vous regardait entrer avec la patience tranquille de quelque chose qui sait très bien qu'il vous survivra.Léa regarda le sentier disparaître sous les fougères géantes. Puis elle regarda Mathis, qui consultait sa boussole avec la concentration d'un homme qui refuse par principe de demander son chemin.« Teva a dit de longer la rivière vers le nord, dit-elle.- Je sais.- La boussole indique l'est.»Un silence.« Je sais aussi, dit-il sans lever les yeux. »Léa prit une grande inspiration ; l'air sentait la terre mouillée et quelque chose de fleuri qu'elle ne saurait pas nommer ; et choisit de ne rien ajouter. Elle le laissa décider. Elle le laissa prendre le mauvais embranchement, longer une paroi rocheuse qui ne menait nulle part, et s'arrêter vingt minutes plus tard dans une clairière qu'aucun d'eux ne reconnaissait.Le silence, cette fois, fut b
Il y avait quelque chose d'injuste dans la beauté de cette nuit.Le ciel au-dessus de la rivière était d'un noir profond et dense, troué de milliers d'étoiles que Léa n'avait jamais vues aussi nettes, comme si quelqu'un avait décidé d'en faire trop, exprès, juste pour la déstabiliser. L’écoulement régulier de l’eau et la mélopée des animaux nocturnes de la vallée rendaient ce moment irréel.Et au centre du camp, le feu de bois que Teva avait allumé en fin de soirée crépitait avec une douceur presque domestique.Les autres s'étaient retirés dans leurs abris une heure plus tôt. Léa aurait dû faire pareil. Elle avait même commencé à se lever, et puis elle s'était rassise, sans trop savoir pourquoi.Mathis, lui, n'avait jamais bougé.Il était assis de l'autre côté du feu, les coudes sur les genoux, le regard perdu dans les flammes. La lumière orangée lui dessinait des ombres sur le visage : creusait ses pommettes, adoucissait la ligne de sa mâchoire. Il avait l'air de quelqu'un qui pense
La cascade était petite. Honnête. De l'eau noire et froide qui tombait sans chercher à impressionner, dans un bassin cerné de fougères penchées comme des curieuses. Le genre d'endroit qui ne figure dans aucun guide: et qu'on n'oublie jamais.C'était, pensa Léa en arrivant au bord, absolument parfait.«On s'arrête ici trente minutes, annonça Teva. Vous pouvez vous baigner. Mais restez groupés: le courant sous la cascade est plus fort qu'il n'y paraît.»Les autres plongèrent avec des cris joyeux. La femme aux allures de survivante professionnelle ( Léa avait appris qu'elle s'appelait Jeanine et qu'elle avait soixante-deux ans et trois enfants en Nouvelle-Calédonie) entra dans l'eau avec la sérénité d'une personne qui a depuis longtemps réglé ses comptes avec l'univers.Léa s'assit sur une pierre plate au bord du bassin et retira ses chaussures de randonnée, empruntées à l'équipement collectif, depuis que Teva avait regardé ses
Le dernier soir, Teva organisa un repas sur la plage.Poisson grillé sur des pierres chaudes, fruits coupés en quartiers, eau de coco bu directement dans la noix. Simple, parfait, le genre de repas dont on se souvient non pas parce qu'il était exceptionnel mais parce que tout ce qui l'entourait l'était: la nuit tiède, le sable encore chaud sous les pieds, le sentiment diffus que quelque chose touchait à sa fin.Léa mangea peu. Elle regardait beaucoup.Le groupe était différent de celui qui avait débarqué cinq jours plus tôt. Plus détendu, plus bruyant, avec cette familiarité un peu mélancolique des gens qui savent qu'ils ne se reverront probablement jamais. Les deux couples s'étaient rapprochés. Le photographe solitaire avait montré ses clichés sur son appareil en souriant pour la première fois. Henriette racontait une histoire de camping au Spitzberg qui rendait tout le monde silencieux d'admiration.Et Mathis était assis en face de Léa, de l'autre






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