LOGINIl est la dernière personne que je voulais revoir. Mathis Carval. Mon ancien collègue. Mon ennemi préféré. Et maintenant — par une cruelle ironie du destin — mon binôme pour cinq jours de survie sur une île perdue en Polynésie. On s'est quittés il y a trois ans. Mal. Sans vraiment se dire ce qu'il aurait fallu dire. Je pensais avoir tourné la page. Je me trompais. Parce que les forêts tropicales, les feux de camp et les nuits trop belles ont une façon de forcer les vérités qu'on préférait garder enfouies.
View MoreLa forêt de l’île de Motu iti n'avait pas l'air d'une forêt. Elle avait l'air d'un organisme vivant ; vert sombre, humide, respirant ; qui vous regardait entrer avec la patience tranquille de quelque chose qui sait très bien qu'il vous survivra.Léa regarda le sentier disparaître sous les fougères géantes. Puis elle regarda Mathis, qui consultait sa boussole avec la concentration d'un homme qui refuse par principe de demander son chemin.« Teva a dit de longer la rivière vers le nord, dit-elle.- Je sais.- La boussole indique l'est.»Un silence.« Je sais aussi, dit-il sans lever les yeux. »Léa prit une grande inspiration ; l'air sentait la terre mouillée et quelque chose de fleuri qu'elle ne saurait pas nommer ; et choisit de ne rien ajouter. Elle le laissa décider. Elle le laissa prendre le mauvais embranchement, longer une paroi rocheuse qui ne menait nulle part, et s'arrêter vingt minutes plus tard dans une clairière qu'aucun d'eux ne reconnaissait.Le silence, cette fois, fut b
Il y avait quelque chose d'injuste dans la beauté de cette nuit.Le ciel au-dessus de la rivière était d'un noir profond et dense, troué de milliers d'étoiles que Léa n'avait jamais vues aussi nettes, comme si quelqu'un avait décidé d'en faire trop, exprès, juste pour la déstabiliser. L’écoulement régulier de l’eau et la mélopée des animaux nocturnes de la vallée rendaient ce moment irréel.Et au centre du camp, le feu de bois que Teva avait allumé en fin de soirée crépitait avec une douceur presque domestique.Les autres s'étaient retirés dans leurs abris une heure plus tôt. Léa aurait dû faire pareil. Elle avait même commencé à se lever, et puis elle s'était rassise, sans trop savoir pourquoi.Mathis, lui, n'avait jamais bougé.Il était assis de l'autre côté du feu, les coudes sur les genoux, le regard perdu dans les flammes. La lumière orangée lui dessinait des ombres sur le visage : creusait ses pommettes, adoucissait la ligne de sa mâchoire. Il avait l'air de quelqu'un qui pense
La cascade était petite. Honnête. De l'eau noire et froide qui tombait sans chercher à impressionner, dans un bassin cerné de fougères penchées comme des curieuses. Le genre d'endroit qui ne figure dans aucun guide: et qu'on n'oublie jamais.C'était, pensa Léa en arrivant au bord, absolument parfait.«On s'arrête ici trente minutes, annonça Teva. Vous pouvez vous baigner. Mais restez groupés: le courant sous la cascade est plus fort qu'il n'y paraît.»Les autres plongèrent avec des cris joyeux. La femme aux allures de survivante professionnelle ( Léa avait appris qu'elle s'appelait Jeanine et qu'elle avait soixante-deux ans et trois enfants en Nouvelle-Calédonie) entra dans l'eau avec la sérénité d'une personne qui a depuis longtemps réglé ses comptes avec l'univers.Léa s'assit sur une pierre plate au bord du bassin et retira ses chaussures de randonnée, empruntées à l'équipement collectif, depuis que Teva avait regardé ses
Le dernier soir, Teva organisa un repas sur la plage.Poisson grillé sur des pierres chaudes, fruits coupés en quartiers, eau de coco bu directement dans la noix. Simple, parfait, le genre de repas dont on se souvient non pas parce qu'il était exceptionnel mais parce que tout ce qui l'entourait l'était: la nuit tiède, le sable encore chaud sous les pieds, le sentiment diffus que quelque chose touchait à sa fin.Léa mangea peu. Elle regardait beaucoup.Le groupe était différent de celui qui avait débarqué cinq jours plus tôt. Plus détendu, plus bruyant, avec cette familiarité un peu mélancolique des gens qui savent qu'ils ne se reverront probablement jamais. Les deux couples s'étaient rapprochés. Le photographe solitaire avait montré ses clichés sur son appareil en souriant pour la première fois. Henriette racontait une histoire de camping au Spitzberg qui rendait tout le monde silencieux d'admiration.Et Mathis était assis en face de Léa, de l'autre
La navette sentait l'essence et le plastique chaud.Après cinq jours de forêt, de lagon et d'air salé, le retour vers la civilisation avait quelque chose de légèrement brutal — comme sortir d'un rêve en pleine lumière. Les huit passagers étaient silencieux, chacun regardant s'éloigner Motu Iti depu
La seule chose que Léa n'avait pas prévue en s'inscrivant à ce séjour de survie cette petite île en Polynésie, c'était lui.Mathis Carval. Debout sur le ponton, les bras croisés, une expression d'ennui souverain sur le visage ; comme si le soleil lui-même avait besoin de sa permission pour briller.






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