LOGINJULIEN
— Comment ça, elle a disparu ?!
Je serrai le téléphone si fort que l’écran faillit exploser. Le silence hésitant de Vitor ne fit qu’ajouter de l’essence sur l’incendie dans mes veines.
On était à quelques minutes du manoir, Camille recroquevillée misérablement à côté de moi, et maintenant ça : une femme terrifiée avait glissé entre toute mon équipe de sécurité comme si c’étaient des amateurs finis.
— Recommence depuis le début, Vitor. Lentement.
— Monsieur, Anni lui a apporté à manger tout à l’heure. Quand elle est revenue, la porte était ouverte. On a fouillé chaque pièce et le terrain deux fois. Mikel pense avoir vu du mouvement près de la propriété voisine, mais…
— Si tu t’apprêtes à blâmer Anni, je vais te montrer exactement comment je traite les lâches qui pointent du doigt au lieu de faire leur putain de boulot. (Ma voix devint un grognement dangereux.) Elle ne fait pas ce genre d’erreur. Ce qui veut dire qu’une seule femme effrayée a échappé à une équipe d’hommes armés et entraînés. Explique-moi ça.
Vitor jura en italien dans sa barbe.
— Ils guettaient les intrus, pas quelqu’un qui essaie de s’enfuir.
— Ça n’arrange rien. Ça empire tout. (Je passai complètement à l’italien, chaque mot aiguisé par la fureur.) À quoi sert un périmètre de sécurité si n’importe qui peut sortir tranquillement ? Ces propriétés autour sont censées être des tampons. Si elles sont mal gardées, tout le système est nul. Des têtes vont tomber, Vitor.
— Monsieur…
— Je m’occuperai de toi plus tard. Retrouve-la. Maintenant.
Je raccrochai avant qu’il puisse ajouter un mot.
Camille sursauta à côté de moi, ses yeux gonflés ternes de choc. Elle ressemblait à un fantôme de la fille vibrante que j’avais connue.
Je détachai ma ceinture et me rapprochai, passant mon bras autour de ses épaules glacées.
— Ça va aller, Angel.
Elle bougea un peu.
— Qui est cette femme… celle qui est partie ?
— Quelqu’un qui s’est retrouvé pris dans l’attaque. Elle était avec toi — une amie de Lewin.
Camille laissa échapper un gémissement brisé. Je me maudis silencieusement pour la gaffe.
Quand on arriva enfin au manoir, j’ignorai tout le monde et la portai directement dans son ancienne chambre. Murs rose pâle, posters de groupes fanés, collection de poupées et d’ours en peluche : tout était exactement comme elle l’avait laissé.
J’appelai Anni pour l’aider à se changer, puis attendis dehors. Quand Anni sortit, elle secoua la tête.
— Elle ne veut pas enlever la robe.
Antoni apparut avec une bouteille de son cognac préféré.
— Je reste juste dehors si tu as besoin.
Je rentrai dans la chambre. Camille était recroquevillée sur le lit à baldaquin comme une poupée cassée. Je tirai la couette sur elle et grimpai à côté, enroulant mon corps autour du sien pour lui donner toute la chaleur et le réconfort possible.
Je l’embrassai sur le front et passai à l’italien.
— Angel… parle-moi. Crie. Pleure. Déteste-moi si tu veux. Dis-moi juste que tu es toujours là.
Elle resta silencieuse un long moment, puis se tourna vers moi. La douleur brute sur son visage faillit m’achever.
— Je ne vais pas bien, murmura-t-elle. Je ne sais pas si je le serai un jour.
— Tu m’as moi. Toujours. (Je dégageai une mèche humide de son front.) Je reste si tu veux.
— Non.
Elle secoua faiblement la tête.
— Celui qui a fait ça… ils ont tué Lewin. Il a essayé de me protéger. Va retrouver cette femme. Elle a essayé de m’aider. Ils pourraient s’en prendre à elle aussi. Elle a un petit garçon.
Un frisson glacé descendit le long de mon dos.
La panique d’Élodie quand elle m’avait vu, sa résistance désespérée… tout prenait soudain un sens terrifiant.
— Quel âge a le garçon, Camille ?
Elle haussa seulement les épaules et se tourna, de nouveaux sanglots secouant son corps frêle.
Je posai une boîte de mouchoirs à côté d’elle et l’embrassai sur la tête.
— Repose-toi, Angel. Il y a un garde juste dehors. Un mot et je reviens.
Je me forçai à la laisser, même si ses pleurs brisés me suivirent dans le couloir.
En bas, Vitor attendait déjà.
— Protège ma sœur. S’il lui arrive quoi que ce soit pendant que je suis parti, ta mort sera lente et douloureuse. Compris ?
Je pris des armes supplémentaires et filai vers ma voiture.
Dès que je fus sur la route, j’appelai Antoni.
— Creuse tout sur Élodie Marchand. Adresse, amis, boulots, chaque homme à qui elle a parlé ces trois dernières années, sa voiture, sa famille — tout. Maintenant.
— Boss… sa voiture est encore au lieu du mariage. Mais j’ai quelque chose. Un Uber a été appelé de chez elle il y a quelques heures. Il est allé chez une amie — Sophie Girard. J’ai tracé le GPS. C’est dans un motel à une heure d’ici. Je t’envoie l’adresse.
Dès que le point apparut, je pilai, fis demi-tour et appuyai sur le champignon dans l’autre sens.
Sa voiture était facile à repérer sur le parking. Un siège auto enfant bien visible à l’arrière. Mon pouls s’emballa.
Je ne passai pas par la réception. Je fonçai direct vers la chambre où une faible lueur de télé filtrait derrière les rideaux. Un petit bruit doux traversait la porte : la respiration calme d’un enfant.
Je frappai une fois.
La lumière s’éteignit. Silence.
Puis le bruit clair d’un petit enfant qui remue.
La fureur explosa en moi comme de la lave.
Je donnai un grand coup de pied. Le bois éclata. J’allumai la lumière.
Élodie était à moitié par terre, yeux écarquillés de terreur pure, essayant frénétiquement de protéger le petit garçon dans ses bras.
Je n’avais pas besoin de test ADN.
Sa panique me disait tout.
Le garçon leva la tête : boucles noires, yeux bleu glacier pâle qui reflétaient exactement les miens.
Il était à moi.
Un grognement bas m’échappa avant que je puisse le retenir.
L’enfant enfouit son visage contre la poitrine de sa mère et se mit à pleurer.
— Mathis, chut, c’est bon, murmura Élodie désespérément. Le méchant monsieur va partir.
Méchant monsieur.
Les mots firent mal comme une gifle, mais je ravalai la rage. Je ne ferais pas plus peur à mon fils que je ne l’avais déjà fait.
— Prends tes affaires, Élodie, sifflai-je entre mes dents serrées. Fais ton sac et monte dans ma voiture. Maintenant. Obéis à tous mes ordres, ou je te jure que tu ne reverras jamais mon enfant.
Elle laissa échapper un son brisé et blessé qui aurait dû me déchirer.
Au lieu de ça, ça nourrit seulement la tempête en moi.
Nom de Dieu.
J’avais un fils.
JULIENElle m’a regardé comme si je l’avais putain de giflée.« Tu veux vraiment mon avis ? Parce que réfléchis-y bien. Je débarquerais juste à la putain de mairie, me marierais comme ça. Pas de robe, pas de cortège, pas de gâteau, rien. Juste un témoin et le putain de bout de papier. Alors. Je redemande. Tu veux mon avis ? »« Je veux un grand mariage. C’est ce que j’ai exigé et c’est ce que j’aurai. Alors si tu penses pouvoir dire des choses comme ça et être sorti d’affaire ou trouver un moyen de sortir de ça en me faisant fuir, détrompe-toi. Parce que mon père ne le supportera pas. Il te tuera si tu me fais double jeu. »La menace était réelle, et j’allais lui dire quelque chose quand ses yeux ont glissé au-delà de moi.Je me suis retourné.Putain encore.Camille, Élodie et Mathis.Je ne savais pas ce qu’elle avait entendu, et je n’étais pas sûr que ça importait parce que je savais exactement ce qu’elle ressentait face à tout ça.Et elles me regardaient toutes les deux. Ma sœur et
JULIENLes affaires étaient ma vie. Contrôler et agrandir ma base de pouvoir était dans mon sang. Jusqu’à ce que la jolie Élodie blonde revienne dans ma vie avec mon fils. Maintenant ils prenaient une grande part de cette vie, possédaient une énorme quantité de ce sang.« Il me faut trouver un moyen de sortir. De la saleté… quelque chose pour rendre cet accord nul et non avenu. » Je me suis levé et me suis approché de lui.« Compris, Boss. Je vais fouiller discrètement. Mon projet annexe, d’accord ? » Puis il a marqué une pause. « Jusqu’à ce qu’Antoni soit sur pied. »Oh, ça serait un cadeau. « Quand ça arrivera, vous travaillerez dessus ensemble. Si on ne l’a pas résolu d’ici là. »En le voyant partir, j’ai rejoué la conversation. Le commentaire sur à quel point elle était jolie m’est resté.Putain, est-ce que Pavel pensait à s’offrir en tribut ou en sacrifice pour l’épouser ?J’avais le sentiment que ça lui avait traversé l’esprit,
JULIENJ’ai GÉMI quand la sonnette a retenti.Putain de Ginevra.À neuf heures pile, Rosa a passé la tête dans mon bureau, et je me suis penché en arrière dans mon fauteuil, répondant à la question non posée.« Mets-la dans le salon formel et dis-lui de rester. »Si elle était surprise, elle ne l’a pas montré. Je gardais cette pièce soit pour des invités très importants auxquels je ne faisais pas confiance, soit… eh bien, des gens en qui je n’avais pas confiance ou que je n’aimais pas et que je voulais mettre le plus mal à l’aise possible sans qu’ils aient de quoi se plaindre. C’était opulent, avait l’air important, et était tellement inconfortable que ça ressemblait à une cellule de prison.Je ne l’utilisais jamais.Mais c’est une chose que mon enfoiré de père m’avait apprise : intimider et déstabiliser les gens de façons inattendues.« Oh, et Rosa ? »« Oui, monsieur ? »J’ai souri.« Ne lui offre rien et assure-toi qu’elle comprenne qu’elle doit rester. Pour l’instant, je suis occu
LODILa journée a été un tourbillon. Nous avons fini par aller chez Sophie et laisser Mathis faire sa sieste. Il y avait toujours des vêtements de Mathis ici, alors je l’ai baigné et changé avant sa sieste, puis Sophie a préparé des boissons, mais j’ai secoué légèrement la tête quand elle m’en a proposé une.Son regard était pur questions non posées — celles auxquelles je serais confrontée. Mais elle s’est contentée de me faire une margarita sans alcool.Et quand le début de soirée approchait, nous avons choisi un restaurant près de chez Sophie et y sommes allées. À cette heure, c’était assez vide, et ils ont été heureux d’accommoder Mathis et ont même proposé de concocter un menu enfant, mais j’ai juste commandé pour lui des macaronis au ragoût — quelque chose qu’il aimait, car je savais d’expérience qu’il n’aimait pas les mac and cheese trop sophistiqués.Sophie et Camille ont partagé une bouteille de vin, mais j’ai décliné, disant juste que je n’étais pas d’humeur. Mathis nous a te
LODIMathis et moi sortions quand nous avons passé devant le salon. Camille était assise sur le canapé, seule, fixant un magazine sur ses genoux.Mathis s’est libéré et a couru vers elle. « Sois pas triste », a-t-il dit, lui arrachant un sourire.Je l’ai suivi. Il avait raison — elle avait l’air triste, mais pas aussi anéantie que je l’avais parfois vue. Et je comprends — il y a des hauts et des bas : des jours où elle n’arrive pas à sortir du lit et des jours où la vie semble presque revenue à la normale. Sauf que Lewin manque.« Ça va, Mathis. Va avec ta maman. »« On sort », ai-je commencé.Elle a secoué la tête. « Je sais. Je ne l’aime pas non plus. Mais… » Elle a jeté un regard à Mathis puis à moi. « Il travaille dessus. »Mais je ne voulais pas en parler — pas devant Mathis et pas avec la sœur de Julien. « Viens avec nous, Camille. »Elle a inspiré. « Je ne veux pas m’imposer. »« Tu ne t’imposes pas. »« On va au parc pour jouer. » Mathis a souri de toutes ses dents. « Avec Sop
LODIJ’étais au-delà de l’ennui. Mathis était là, alors il m’avait sauvée, tout comme Camille. Mais je ne pouvais pas compter sur eux pour m’occuper ou me distraire. Il y avait des livres et un ordinateur, mais sans quelque chose de concret à faire, je pensais devenir folle.Ces derniers jours, Camille et moi étions allées faire les magasins pour acheter un cadeau pour l’anniversaire de la mère de Lewin. Ce n’était pas vraiment une virée shopping ; plutôt qu’elle était allée chercher le cadeau que Lewin avait choisi. Elle n’était pas sûre de devoir le faire, mais je lui avais dit que si c’était moi, j’apprécierais. Elle était le dernier véritable lien de sa mère avec son fils. Le cadeau ? Faire savoir à sa mère que Lewin y avait pensé voudrait tout dire. Et que, quand Camille le voudrait, on irait la voir. J’emmènerais Mathis. Mais seulement quand Camille serait prête.À part ça, j’avais réussi à obtenir un contrôle médical pour moi et pour Mathis, mais c’était tout. Julien m’avait mi







