LOGINLODI
— Tu n’es pas son père !
Mon cri déchira la chambre minable du motel tandis que je serrais Mathis plus fort contre ma poitrine.
Julien occupait tout l’encadrement de la porte, imposant et menaçant. Ses yeux brûlaient d’une fureur froide et possessive.
Il regarda notre fils — son fils — et quelque chose de dangereux passa sur son visage. Celui d’un prédateur qui venait de découvrir une chose précieuse.
— Mauvaise réponse, Élodie, dit-il d’une voix douce et mortelle. Réessaie.
— Julien…
— On parlera plus tard.
D’un geste rapide, il commença à fourrer nos affaires dans le sac.
— Pour l’instant, je vous mets en sécurité, toi et notre fils.
— Je ne partirai pas avec toi.
— Tu n’as pas le choix.
Il tendit les bras vers Mathis. Je me détournai.
— Il a besoin de son siège auto et de sa couverture…
— Bordel.
Julien les attrapa, puis ouvrit les bras. Après quelques mots secs, je cédai. Je lui tendis mon bébé en pleurs.
Dès qu’il tint Mathis, son attitude changea. Il murmura des mots doux en italien et les cris de mon petit garçon s’apaisèrent peu à peu. La douceur de ces mains dangereuses me brisa le cœur. Quand nos regards se croisèrent au-dessus de la tête de Mathis, le message était clair : tendresse pour lui, glace pure pour moi.
Il sortit avec Mathis. La panique me submergea. Et s’il m’abandonnait ?
— Tiens.
Julien s’arrêta devant la portière ouverte et me rendit Mathis à contrecœur.
— Maman…
Mathis m’adressa un sourire endormi, les joues mouillées de larmes, et serra son doudou contre lui.
Je l’attachai dans le siège avec des mains tremblantes et le bordai avec la couverture.
— Monte dans cette putain de voiture, Élodie.
J’obéis.
Sur l’autoroute, le silence devint oppressant jusqu’à ce que je parle enfin :
— Il faut que j’appelle Sophie.
— Hors de question.
Il passa un rapide coup de fil en italien. Quand il raccrocha, je dis :
— Elle va prévenir la police.
— Non. Elle ne le fera pas.
Je déglutis.
— Qu’est-ce qui se passe vraiment ? Tu as entraîné Mathis là-dedans. C’est un bébé. Dis-moi.
La mâchoire de Julien se crispa.
— J’ai récupéré Camille. Elle est en sécurité. Mais toi et notre fils êtes maintenant en danger.
Mon sang se glaça.
— À cause de toi…
— Oui, répondit-il d’une voix basse et mortelle. Je vais traquer les hommes qui ont tué Lewin et enlevé ma sœur. Quand ils comprendront ce que j’ai fait… ils s’en prendront aux cibles les plus faciles. C’est-à-dire vous deux.
C’était exactement pour cette raison que j’avais fui. Que je m’étais cachée.
Je fixai nos reflets fantomatiques dans la vitre noire tandis que la vérité s’enfonçait en moi.
— Tu n’as pas demandé tout ça, murmura Julien, les yeux rivés sur la route. Mais pour l’instant, toi et Mathis êtes des cibles de choix.
Un lourd silence emplit l’habitacle.
Je serrai Mathis dans mes bras.
— Qu’est-ce que tu vas faire de nous ?
Julien ne répondit pas tout de suite. Sa mâchoire se contracta, ses doigts serrèrent le volant jusqu’à faire blanchir ses articulations.
Puis, d’une voix basse et possessive qui me fit courir un frisson glacé dans le dos, il déclara :
— Je vous ramène à la maison. Là où je pourrai vous protéger.
Il jeta un regard à Mathis dans le rétroviseur, le visage indéchiffrable.
— Et Élodie… tu ne quitteras plus jamais ma vue.
La brutalité de ses mots me noua l’estomac.
Je baissai les yeux sur le visage paisible de Mathis, ses boucles sombres et ses yeux bleu glace si reconnaissables, et sentis la terreur enserrer mon cœur.
J’avais passé trois ans à fuir cet homme.
Et maintenant, il nous tenait tous les deux.
JULIENElle m’a regardé comme si je l’avais putain de giflée.« Tu veux vraiment mon avis ? Parce que réfléchis-y bien. Je débarquerais juste à la putain de mairie, me marierais comme ça. Pas de robe, pas de cortège, pas de gâteau, rien. Juste un témoin et le putain de bout de papier. Alors. Je redemande. Tu veux mon avis ? »« Je veux un grand mariage. C’est ce que j’ai exigé et c’est ce que j’aurai. Alors si tu penses pouvoir dire des choses comme ça et être sorti d’affaire ou trouver un moyen de sortir de ça en me faisant fuir, détrompe-toi. Parce que mon père ne le supportera pas. Il te tuera si tu me fais double jeu. »La menace était réelle, et j’allais lui dire quelque chose quand ses yeux ont glissé au-delà de moi.Je me suis retourné.Putain encore.Camille, Élodie et Mathis.Je ne savais pas ce qu’elle avait entendu, et je n’étais pas sûr que ça importait parce que je savais exactement ce qu’elle ressentait face à tout ça.Et elles me regardaient toutes les deux. Ma sœur et
JULIENLes affaires étaient ma vie. Contrôler et agrandir ma base de pouvoir était dans mon sang. Jusqu’à ce que la jolie Élodie blonde revienne dans ma vie avec mon fils. Maintenant ils prenaient une grande part de cette vie, possédaient une énorme quantité de ce sang.« Il me faut trouver un moyen de sortir. De la saleté… quelque chose pour rendre cet accord nul et non avenu. » Je me suis levé et me suis approché de lui.« Compris, Boss. Je vais fouiller discrètement. Mon projet annexe, d’accord ? » Puis il a marqué une pause. « Jusqu’à ce qu’Antoni soit sur pied. »Oh, ça serait un cadeau. « Quand ça arrivera, vous travaillerez dessus ensemble. Si on ne l’a pas résolu d’ici là. »En le voyant partir, j’ai rejoué la conversation. Le commentaire sur à quel point elle était jolie m’est resté.Putain, est-ce que Pavel pensait à s’offrir en tribut ou en sacrifice pour l’épouser ?J’avais le sentiment que ça lui avait traversé l’esprit,
JULIENJ’ai GÉMI quand la sonnette a retenti.Putain de Ginevra.À neuf heures pile, Rosa a passé la tête dans mon bureau, et je me suis penché en arrière dans mon fauteuil, répondant à la question non posée.« Mets-la dans le salon formel et dis-lui de rester. »Si elle était surprise, elle ne l’a pas montré. Je gardais cette pièce soit pour des invités très importants auxquels je ne faisais pas confiance, soit… eh bien, des gens en qui je n’avais pas confiance ou que je n’aimais pas et que je voulais mettre le plus mal à l’aise possible sans qu’ils aient de quoi se plaindre. C’était opulent, avait l’air important, et était tellement inconfortable que ça ressemblait à une cellule de prison.Je ne l’utilisais jamais.Mais c’est une chose que mon enfoiré de père m’avait apprise : intimider et déstabiliser les gens de façons inattendues.« Oh, et Rosa ? »« Oui, monsieur ? »J’ai souri.« Ne lui offre rien et assure-toi qu’elle comprenne qu’elle doit rester. Pour l’instant, je suis occu
LODILa journée a été un tourbillon. Nous avons fini par aller chez Sophie et laisser Mathis faire sa sieste. Il y avait toujours des vêtements de Mathis ici, alors je l’ai baigné et changé avant sa sieste, puis Sophie a préparé des boissons, mais j’ai secoué légèrement la tête quand elle m’en a proposé une.Son regard était pur questions non posées — celles auxquelles je serais confrontée. Mais elle s’est contentée de me faire une margarita sans alcool.Et quand le début de soirée approchait, nous avons choisi un restaurant près de chez Sophie et y sommes allées. À cette heure, c’était assez vide, et ils ont été heureux d’accommoder Mathis et ont même proposé de concocter un menu enfant, mais j’ai juste commandé pour lui des macaronis au ragoût — quelque chose qu’il aimait, car je savais d’expérience qu’il n’aimait pas les mac and cheese trop sophistiqués.Sophie et Camille ont partagé une bouteille de vin, mais j’ai décliné, disant juste que je n’étais pas d’humeur. Mathis nous a te
LODIMathis et moi sortions quand nous avons passé devant le salon. Camille était assise sur le canapé, seule, fixant un magazine sur ses genoux.Mathis s’est libéré et a couru vers elle. « Sois pas triste », a-t-il dit, lui arrachant un sourire.Je l’ai suivi. Il avait raison — elle avait l’air triste, mais pas aussi anéantie que je l’avais parfois vue. Et je comprends — il y a des hauts et des bas : des jours où elle n’arrive pas à sortir du lit et des jours où la vie semble presque revenue à la normale. Sauf que Lewin manque.« Ça va, Mathis. Va avec ta maman. »« On sort », ai-je commencé.Elle a secoué la tête. « Je sais. Je ne l’aime pas non plus. Mais… » Elle a jeté un regard à Mathis puis à moi. « Il travaille dessus. »Mais je ne voulais pas en parler — pas devant Mathis et pas avec la sœur de Julien. « Viens avec nous, Camille. »Elle a inspiré. « Je ne veux pas m’imposer. »« Tu ne t’imposes pas. »« On va au parc pour jouer. » Mathis a souri de toutes ses dents. « Avec Sop
LODIJ’étais au-delà de l’ennui. Mathis était là, alors il m’avait sauvée, tout comme Camille. Mais je ne pouvais pas compter sur eux pour m’occuper ou me distraire. Il y avait des livres et un ordinateur, mais sans quelque chose de concret à faire, je pensais devenir folle.Ces derniers jours, Camille et moi étions allées faire les magasins pour acheter un cadeau pour l’anniversaire de la mère de Lewin. Ce n’était pas vraiment une virée shopping ; plutôt qu’elle était allée chercher le cadeau que Lewin avait choisi. Elle n’était pas sûre de devoir le faire, mais je lui avais dit que si c’était moi, j’apprécierais. Elle était le dernier véritable lien de sa mère avec son fils. Le cadeau ? Faire savoir à sa mère que Lewin y avait pensé voudrait tout dire. Et que, quand Camille le voudrait, on irait la voir. J’emmènerais Mathis. Mais seulement quand Camille serait prête.À part ça, j’avais réussi à obtenir un contrôle médical pour moi et pour Mathis, mais c’était tout. Julien m’avait mi







