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LE MARCHÉ DU DIABLE
LE MARCHÉ DU DIABLE
Penulis: Darkness

Chapitre 1 : La Dette

Penulis: Darkness
last update Tanggal publikasi: 2025-11-26 21:14:28

Eléni

Le goût du sel et de l’huile d’olive est encore sur mes lèvres. Dans la cuisine du Kyrios, l’air est chaud, familier, bercé par le murmure des clients et le crépitement de la friture. C’est l’âme de mon père, ici. C’est tout ce qu’il me reste.

Et c’est à ce moment précis que la porte s’ouvre, balayant d’un coup la chaleur et les sourires.

Ils ne sont pas entrés en criant. Leur silence était bien plus terrifiant. Deux hommes, larges comme des portes, vêtus de costumes sombres qui ne dissimulaient pas la menace qui émanait d’eux. Ils se sont écartés, et lui est entré.

Léandros Markos.

Je n’avais jamais vu qu’une photo de lui, dans la presse économique. En personne, c’était une onde de choc. Grand, taillé dans le marbre et l’arrogance. Son regard, de ce gris orageux de la mer Égée avant la tempête, a balayé la salle avant de se poser sur moi. Il a traversé le restaurant comme une lame, indifférent au silence soudain qui s’était abattu.

— Eléni Petrakis.

Ma voix s’est coincée dans ma gorge. Je n’ai pu que hocher la tête, les doigts serrés sur le torchon que je tenais.

— Ton frère, Nikos, nous doit une somme considérable. Un pari… malheureux.

Il a sorti un papier de la poche intérieure de sa veste. Un contrat. Les chiffres dansaient devant mes yeux, si élevés qu’ils en perdaient leur sens. De quoi nous ruiner vingt fois.

— Il ne peut pas payer, a-t-il continué, sa voix était un velours posé sur de l’acier. Selon nos termes, cela a des conséquences. Très… définitives.

La peur a glacé le sang dans mes veines. Nikos… Mon petit frère, idiot et impulsif.

— Je… Je trouverai l’argent. Donnez-moi du temps, ai-je supplié, la voix tremblante.

Un sourire froid a effleuré ses lèvres. Ce n’était pas un sourire de compassion.

— Le temps est une denrée que je ne vends pas. Mais il y a autre chose. Une contrepartie.

Son regard a parcouru mon visage, puis mon corps, avec une intensité si brute que j’ai eu l’impression d’être mise à nu. C’était une évaluation. Une estimation.

— Toi.

Le mot a résonné dans le silence absolu.

— Moi ? ai-je chuchoté, incrédule.

— La dette sera effacée. Ton frère sera oublié. En échange, tu viens avec moi. Tu m’appartiens.

Le monde a vacillé. Appartenir. Le mot a résonné comme un verrou qui se ferme.

— Vous êtes fou, ai-je respiré, la révolte se levant enfin. Je ne suis pas une marchandise !

— Tout est une marchandise, Eléni. Même l’âme a un prix. Le tien vient d’être fixé : la vie de ton frère.

Il a posé le contrat sur le comptoir, à côté d’un plat d’olives.

— Tu as jusqu’à demain matin neuf heures pour dire au revoir à cette vie. Ensuite, elle ne t’appartiendra plus.

Sans un mot de plus, il s’est retourné et est parti, laissant derrière lui le parfum froid du pouvoir et du désespoir. Ses hommes l’ont suivi.

Je suis restée là, figée, les jambes tremblantes. Le parfum enivrant du basilic et de l’ail, qui était toute ma vie, s’était soudainement évaporé. Remplacé par l’odeur métallique de la peur.

Je regarde mes mains. Elles ne sentent plus la nourriture. Elles sentent la dette.

Et je sais, au plus profond de moi, qu’à neuf heures demain, je serai partie.

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