LOGINLilithL'aube se lève sur la ville, teintant le ciel d'une lueur orangée qui ne réchauffe pas la froideur de la chambre. Je suis éveillée depuis longtemps, allongée à côté de Damian, observant la lumière naissante jouer sur les muscles de son dos, sur les marques que mes ongles y ont laissées. Le souvenir de la nuit est gravé dans ma chair, un mélange de douleur et de possession qui a scellé notre alliance d'une manière que les contrats ne pourraient jamais égaler.Il bouge, se retourne, et ses yeux gris me trouvent immédiatement. Il n'y a ni surprise, ni tendresse. Seulement une reconnaissance calme, comme si cet enchevêtrement de nos corps était l'aboutissement inévitable de tout ce qui s'était passé avant.— Vous n'avez pas dormi, constate-t-il.— Non.— Des remords ?La question est directe, sans jugement. Une simple demande d'information.— Non, dis-je, et c'est la vérité. De la clarté.Un léger sourire effleure ses lèvres. — Bien.Il se lève, nu, et se dirige vers la salle de ba
LilithLe retour à la tour se fait dans un silence lourd, chargé d'une tension nouvelle. L'accord tacite scellé sur le balcon de l'ambassade a changé la dynamique entre nous. Je ne suis plus seulement son élève, sa prisonnière, sa création. Je suis son égale en devenir, et il me regarde maintenant avec un mélange de possession et de respect qui allume un feu trouble en moi.Dans l'ascenseur qui nous emporte vers le penthouse, l'air est électrique. Je sens le poids de son regard sur mon profil. La robe noire, le collier de diamants, tout cela ne semble plus être un déguisement, mais une armure que j'ai méritée. Une peau nouvelle.Les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur le salon plongé dans la pénombre, seule la lumière de la ville filtrant par la baie vitrée. Damian jette ses clés sur une table basse, le bruit sec résonnant dans le silence.Il se tourne vers moi. Dans la lueur bleutée, son visage est un masque de pierre, mais ses yeux... ses yeux brûlent d'une intensité que je ne leur
LilithLe corps de Silas est retrouvé trois jours plus tard dans sa voiture, au fond d'un canal. Une balle propre dans la nuque. L'enquête conclura à un règlement de comptes entre truands. Personne ne fera le lien avec Valois Enterprises. Personne n'osera.Damian ne mentionne plus l'incident. C'est devenu un fait acquis, une étape nécessaire, comme signer un chèque. Mais son regard sur moi a changé. Il y a une nuance de respect, presque de camaraderie perverse. Je suis passée de l'élève à l'apprentie sorcière ayant accompli son premier sacrifice.Les leçons s'intensifient. Il me présente à des hommes d'affaires internationaux, à des politiciens de l'ombre, à des banquiers qui font et défont les économies. Je suis présentée comme sa successeure désignée. On me flatte, on me cajole, on me craint. Je maîtrise l'art de la conversation à double sens, du sourire qui cache un coup de poignard, de la poignée de main qui scelle un pacte avec le diable.Un soir, nous sommes invités à une récept
LilithLa réunion avec le ministre de l'Intérieur a lieu dans un restaurant étoilé, un lieu de velours et de chuchotements où les destins se scellent entre deux bouchées de foie gras. Damian est à son apogée : charmeur, érudit, dégageant une autorité si naturelle qu'elle en semble presque bienveillante. Je suis à ses côtés, son sourire en miroir, son rire calculé. Je joue mon rôle à la perfection.Le ministre, un homme aux cheveux gris et au regard fatigué, est séduit. Nous parlons de politique, d'économie, des défis de la nation. Puis, subtilement, Damian glisse la conversation vers les "problèmes de sécurité" entravant certains de nos projets d'infrastructure. Des procédures d'approbation "trop lentes". Des enquêtes "inutilement zélées".Le ministre comprend. Son sourire se fige légèrement. — La loi est la loi, Damian.— Bien sûr, Excellence, répond Damian avec un sourire désarmant. Mais la loi doit servir le progrès, pas l'entraver. Un pays a besoin d'hommes d'action. Comme vous.
LilithLes leçons de Damian deviennent plus intimes, plus invasives. Il ne se contente plus de mon esprit. Il veut tout. Mon corps, mes réactions, mes peurs les plus profondes. C'est une violation bien pire que celle de Cain. Cain prenait par la force. Damian prend par la persuasion, par une emprise psychologique si totale qu'elle en devient physique.Un soir, après une journée épuisante à démanteler les défenses d'une entreprise rivale, il me rejoint dans l'appartement. Je suis adossée au canapé, les yeux fermés, essayant de chasser la migraine qui me tenaille.— Vous êtes tendue, observe-t-il, sa voix trop proche.Je ouvre les yeux. Il se tient devant moi, ayant franchi l'espace sans un bruit. Son regard parcourt mon corps, non avec le désir brut de Cain, mais avec l'attention clinique d'un sculpteur examinant son marbre.— Les migraines sont souvent le symptôme d'une résistance intérieure, poursuit-il. Votre subconscient se rebelle contre l'inévitable.— Je suis juste fatiguée.— N
LilithL'appartement est une prison de luxe. Des murs blancs, des meubles design, une vue imprenable et mortelle sur la ville. Aucun objet pointu. Aucun cordon de rideau. Même les verres sont en plastique incassable. Damian a pensé à tout.Le lendemain, l'éducation commence. Ce n'est pas une métaphore. C'est un lavage de cerveau méthodique, une reprogrammation.Il ne me parle plus de violence, de territoires ou de sang. Il parle de marchés, de fusions, de capitaux, d'influence. Il me fait étudier des dossiers qui semblent légitimes : acquisitions d'entreprises, contrats gouvernementaux, œuvres de charité. Mais à y regarder de plus près, je vois les ficelles. Le chantage élégant. La corruption déguisée en lobbying. La mainmise sur des secteurs clés de l'économie.— Le vrai pouvoir, Lilith, n'est pas de faire peur au petit trafiquant, m'explique-t-il pendant que nous analysons les comptes d'une société pharmaceutique. C'est de contrôler le prix des médicaments qui sauvent des vies. C'es







