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Chapitre 6 : La Conversation

Author: Déesse
last update publish date: 2026-09-15 06:49:18

Ellie

Un sourire lent étire ses lèvres. Ce n'est pas un sourire chaleureux. C'est un sourire de loup.

— Tout le monde me ment . C'est le prix de ma situation. Les gens me disent ce que je veux entendre, ce qui les arrange, ce qui peut leur rapporter quelque chose. Vous êtes la première personne depuis longtemps qui me parle sans rien attendre de moi.

— Comment savez-vous que je n'attends rien ?

— Parce que vous n'avez aucune idée de qui je suis.

C'est vrai. Et bizarrement, ça m'amuse.

— Vous êtes quelqu'un d'important ?

— Disons que je ne fais pas la queue au supermarché.

Je ris de nouveau. Ce soir, je ris et je pleure en alternance, comme une folle. Mais il y a quelque chose d'enivrant dans cet homme , son calme absolu, son assurance tranquille, la façon dont il occupe l'espace comme si le monde entier était sa propriété.

— Vous devriez rentrer chez vous, dit-il soudain. Vous êtes épuisée.

— Je ne peux pas rentrer. Il est là. Mon... il est là.

— Alors ne rentrez pas.

Ses yeux gris me tiennent prisonnière, et je comprends, soudain, avec une clarté qui traverse le brouillard de l'alcool, que cette conversation vient de changer de nature. Nous ne parlons plus de mon mariage. Nous ne parlons plus du tout.

— Ce serait une erreur, je murmure.

— Probablement.

— Une très grosse erreur.

— Les meilleures nuits de ma vie ont commencé par de très grosses erreurs.

Il se penche légèrement vers moi, et l'odeur du bois de santal m'enveloppe.

— Vous avez passé sept ans à faire ce qu'il fallait, dit-il. Et voilà où ça vous a menée. Ce soir, Ellie... faites ce que vous voulez.

Ce que je veux.

Personne ne m'avait posé cette question depuis sept ans.

Ce que je veux.

Les mots résonnent dans ma tête, plus forts que la musique, plus forts que le bruit de la pluie, plus forts que la petite voix de la raison qui hurle quelque part au fond de mon crâne.

Ce que je veux.

Je veux ne pas être Ellie Brooks pendant une nuit. L'Ellie Brooks fidèle, dévouée, sacrifiée, trompée. Je veux être quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui n'a pas passé sept ans à payer les factures d'un menteur. Quelqu'un qui n'a pas vu sa cousine dans les bras de son mari.

Je veux oublier.

Et cet homme , cet Alexander aux yeux d'orage , il est là, magnétique, dangereux, magnifique, et il me regarde comme si j'étais la réponse à une question qu'il n'a pas encore posée.

— Vous me regardez comme si vous me dévoriez, je dis, et l'audace de ma propre phrase me surprend.

— Parce que c'est exactement ce que j'ai envie de faire, répond-il sans ciller.

Mon souffle se coupe. Personne ne m'a jamais parlé comme ça. Mark était tendre, prévisible, confortable , un feu de cheminée. Cet homme est un incendie de forêt.

— Vous êtes toujours aussi direct ?

— La vie est trop courte pour les détours. Et vous avez eu suffisamment de mensonges pour une vie, non ?

Touche en plein cœur.

— Oui, je souffle. Suffisamment de mensonges.

— Alors voici la vérité. Je vous désire depuis l'instant où vous avez franchi cette porte, trempée et brisée. Je désire vous faire oublier, ne serait-ce que jusqu'à demain matin. Je ne vous promets rien d'autre que ça. Ni amour, ni lendemain, ni poésie. Juste cette nuit.

La franchise est brutale. Rafraîchissante. Après des années de plus tard, de je te jure, de quand on aura les moyens, cet homme me tend la vérité nue comme une lame.

— Et si je dis non ?

— Alors je paie vos verres, je vous fais raccompagner où vous voudrez, et je ne vous reverrai jamais. Il n'y a que votre oui qui m'intéresse, Ellie. Jamais votre contrainte.

C'est la chose la plus étrangement honorable qu'on m'ait jamais dite.

Je bois la dernière gorgée de mon verre. L'alcool me réchauffe les joues, le ventre, le courage. Je tourne la tête vers lui et je le regarde , vraiment pour la première fois. Les pommettes hautes. La mâchoire dessinée. Cette bouche aux contours parfaits, fermes, qui promet des choses que je n'ai jamais connues.

Et je fais quelque chose que la Ellie d'hier n'aurait jamais osé faire.

Je me penche et je l'embrasse.

C'est moi qui l'embrasse. Moi. Ce détail compte , j'y repenserai plus tard, je m'y accrocherai : ce n'est pas lui qui m'a prise. C'est moi qui ai choisi.

La première seconde, il ne bouge pas. Surpris, peut-être. Puis sa main monte, se glisse dans mes cheveux encore humides, et il prend le contrôle.

Le monde explose.

Ce n'est pas un baiser, c'est un court-circuit. Sa bouche est exigeante, impérieuse, elle prend et donne dans le même mouvement. Je goûte le whisky sur mes propres lèvres et quelque chose de menthe fraîche sur les siennes. Sa main se resserre dans mes cheveux et un frisson me dévale l'échine, électrique, incontrôlable.

Le piano joue toujours. La pluie tombe toujours. Quelque part, un glaçon tinte dans un verre. Mais tout cela appartient à un autre univers. Dans mon univers, il n'y a que cette bouche, cette main dans mes cheveux, ce cœur qui cogne si fort dans ma poitrine que je suis sûre qu'il l'entend.

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