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Les Complications

Autor: Mafiel
last update Última atualização: 2025-12-30 19:30:10

Depuis la veille, un orage rôdait sur Saint-Orlac.

Le ciel s’était chargé d’une lumière jaune, presque maladive, qui faisait vibrer la surface du lac comme une peau vivante.

Camille n’avait presque pas dormi.

La cassette tournait en boucle dans son esprit — cette voix, ce cri, ce nom : Léonie.

Le matin, elle a pris la voiture de Louise pour aller au village.

Les rues restaient vides, vu que les rues étaient désertes, les vitrines closes.

Saint-Orlac respirait à peine, coincé entre hier et demain.

Au bout de la ruelle principale, elle trouva la bibliothèque municipale, un bâtiment aux murs fissurés qui sentait la pierre humide et la poussière.

Une dame d’environ soixante ans, petite taille, portait des lunettes rondes. Elle releva les yeux depuis sa table de travail.

- Bonjour.

- Bonjour. Je cherche des archives locales… anciennes. Fin des années 90.

- De quoi tu parles ?

Camille hésite.

- incidents… arrivés près du lac.

Elle l’a regardée un moment, après quoi elle a poussé un petit soupir.

- Vous n’êtes pas la première à poser la question.

- Vraiment ?

- Il y a eu… des rumeurs, des histoires. Mais pas de dossier officiel.

Elle s'est redressée, puis a cherché dans un tiroir.

- Tenez, il y a ça : un article du Courrier d’Annecy, juillet 98.

La feuille avait pris une teinte vieille, avec des mots légèrement effacé :

> “Une petite fille a disparu près de Saint-Orlac.

Les recherches ont cessé au bout de trois jours, car aucune trace n’avait été trouvée.

L’écolière, prénommée Léonie R. Agée de huit ans, aurait été vue pour la dernière fois près du lac, en compagnie d’une autre fillette non identifiée.”

La poitrine de Camille se crispa.

La petite fille sans nom, c'était bien elle.

Pourtant, aucune image précise ne revenait.

Juste des morceaux : un sourire, l’éclat du soleil sur l’eau, la main d’une enfant.

- Vous souvenez-vous de cette histoire ? demanda-t-elle à la bibliothécaire.

- Oui. Tout le monde s’en souvient… jusqu’à ce qu’on préfère oublier. La mère de l’enfant a quitté le village peu après. Le père, lui, est resté un moment, puis il s’est… effacé.

- Effacé ?

- Disons qu’il ne parlait plus à personne. Et puis un jour, la maison a été vendue.

Camille nota mentalement l’adresse.

Avant de partir, la femme ajouta, comme à contrecœur :

- Faites attention, mademoiselle. Saint-Orlac n’aime pas qu’on remue l’eau trouble.

En rentrant, il s’est remis à pleuvoir - lourd et serré.

Camille aperçut, dans son rétroviseur, une voiture noire à bonne distance derrière elle. Elle roulait sans se presser, l’air tranquille.

Elle accéléra légèrement.

Le véhicule a imité le geste.

Un frisson la parcourut. Elle a emprunté un petit sentier, juste après les arbres droits. Puis elle avançait vite, entre les troncs sombres et fins.

La voiture est restée sur la même route.

Arrivée à la maison, elle coupa le moteur, resta un instant immobile.

Son cœur battait vite, trop vite.

Avait-elle rêvé ? Ou quelqu’un la suivait-il vraiment ?

Elle entra.

Louise était absente.

Sur la table reposait une lettre scellée.

Elle l'a tout de suite ouverte

> “Camille, je vais à l'hôpital faire des tests médicaux. Pas de panique, je reviens après-demain.

L.”

Camille a pris place, tenant le mot fermement.

Le calme paraissait sans fin.

Seule dans la maison, elle sentit le poids du passé s’épaissir autour d’elle.

Plus tard dans la journée, elle téléphone à son père.

Le numéro qu’il avait utilisé la dernière fois apparaissait encore sur le téléphone.

Elle prit une grande bouffée d’air, puis lança l’appel.

Une sonnerie.

Deux.

Puis cette voix profonde, impossible à confondre.

- Camille ?

- Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

- Ce n’était pas à toi d’en porter le poids.

- De quoi ? De la disparition d’une enfant ? De Léonie ?

Un long silence.

Puis :

- Certaines choses, ta mère préférait que tu les ignores.

- Toi aussi, t’as suivi les ordres.

- Parce que je croyais qu’elle avait raison. Parce que ce que j’ai vu, ce jour-là, ne devait pas exister.

La ligne grésilla, puis coupa.

Camille resta immobile, le souffle court.

Ces derniers mots — ce que j’ai vu ne devait pas exister — résonnaient comme un écho venu d’un autre monde.

La nuit tomba d’un seul coup.

Camille est montée de coucher, pas de lumière.

La maison tremblait avec le vent, tandis que la flotte tambourinait sur les toits.

Elle s'est étendue, puis a fermé les paupières.

Mais un son soudain lui fit bondir - un bruit fort, là dehors, comme du fer qui gratte.

Elle s'est levée, puis elle a marché vers la vitre.

Dehors, sur le balcon, la porte du cabanon bougeait un peu, poussée par le vent.

Elle est sortie avec une torche. Elle avançait doucement dans le noir.

Il pleuvait à torrents pendant que le vent hurlait. Les gouttes frappaient violemment les carreaux sans s’arrêter.

Elle est sortie, pieds nu touchant le sol humide.

La porte a brusquement tapé en s'ouvrant.

À l’intérieur, tout semblait en ordre.

Sauf… une empreinte.

Dans la poussière du sol : la marque récente d’une botte.

Taille adulte.

À côté, il y avait un jouet d'enfant, laissé sur une caisse en bois.

Un petit canard bleu, en plastique abîmé à cause des années. Il a perdu de son éclat, rongé par l'usure du quotidien.

Camille a fait un pas en arrière, la bouche pâteuse.

Ce truc en plastique, elle savait d’où ça venait.

C’était celui de Léonie.

Elle grimpa vite, boucla chaque entrée, puis bloqua les serrures.

Puis elle s’est laissée tomber sur le matelas, secouée de frissons.

L’extérieur semblait battre à l’unisson de son cœur.

Dehors, le lac murmurait sans se montrer, caché par la pluie.

Et dans ce grondement, elle crut entendre, à nouveau, une voix d’enfant, presque noyée dans le vent :

> - Camille… pourquoi tu es partie?

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