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Chapitre 244 — La confrontation

Author: Déesse
last update publish date: 2026-10-19 08:52:26

Giulia

Une seconde, il y a cette seconde, cette seconde où ce que je suis regarde Silas et calcule, et je la vis de l'intérieur, cette seconde, je la vois naître et je la vois proposer, une bâche, un vallon, personne ne sait qu'il est sorti, les loups sauvages finiront ce que, non, non, et je reprends le monde à deux mains, je replie les crocs, j'éteins la marque, je redeviens la reine en un quart de battement de cœur, et la reine est debout dans les fougères avec du sang d
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    GiuliaUne seconde, il y a cette seconde, cette seconde où ce que je suis regarde Silas et calcule, et je la vis de l'intérieur, cette seconde, je la vois naître et je la vois proposer, une bâche, un vallon, personne ne sait qu'il est sorti, les loups sauvages finiront ce que, non, non, et je reprends le monde à deux mains, je replie les crocs, j'éteins la marque, je redeviens la reine en un quart de battement de cœur, et la reine est debout dans les fougères avec du sang de cerf au menton devant son conseiller, et il n'y a pas de phrase au monde pour couvrir ça.— Tu m'as suivie, dis-je, et ma voix est mauvaise, basse, la voix d'avant les mots.— Je t'ai comptée, dit-il, et il ne bouge pas, il ne recule pas, cet homme qui n'a jamais porté une lame ne recule pas, c'est différent, les corvées de la poterne, les carcasses, les lampes, trois semaines, Giulia, je compte depuis trois semaines, ce soir j'ai voulu voir, j'ai vu.Le silence tomb

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    SilasJe suis un homme de comptes, et les comptes ne mentent pas, jamais, les gens mentent, les registres non, et depuis trois semaines les comptes de Giulia ne sont pas nets, pas nets du tout, des corvées de garde modifiées la veille pour le lendemain, toujours autour de la poterne des cuisines, des nuits où sa lampe brûle puis s'éteint trop tôt, puis se rallume avant l'aube, un cerf retrouvé au ravin, puis un second, puis un troisième, les loups sauvages, dit Enzo, et Enzo est le meilleur pisteux du nord, mais Enzo n'a pas compté, Enzo n'a pas remarqué que les carcasses tombent toujours la nuit où la poterne a servi, moi j'ai remarqué, c'est mon travail de remarquer, c'est le seul travail qu'elle m'ait jamais confié qui compte, voir ce qu'elle ne voit pas.Alors cette nuit je ne dors pas, je me poste dans le hangar à vivres, en face de la cour des cuisines, enveloppé dans une bâche, et j'attends, et à la deuxième heure elle passe, manteau gris, bottes s

  • LES LARMES DE MON EX-COMPAGNON    Chapitre 242 — La chasse nocturne

    GiuliaLa première sortie, je la prépare comme une campagne, la poterne des cuisines, le loquet que j'ai fait huiler moi-même, pensée qui me fait un drôle d'effet quand j'y pense, Dante et moi usons du même loquet à dix ans de distance, le manteau gris sans emblème, les bottes souples, et je passe dans la nuit comme un souffle, et la forêt me reçoit, la forêt qui s'écartait déjà devant moi au retour du nord, et qui maintenant, maintenant, ne s'écarte plus, elle m'ouvre, il y a une différence, et je la sens, les branches ne me touchent pas, le sol se tait sous mes pas, la nuit entière me reconnaît, et cette reconnaissance-là me fait plus peur que toutes les hostilités du monde.Je n'ai pas besoin de piste, c'est la chose la plus étrange, je n'ai pas besoin des leçons d'Enzo, des empreintes, des brisées, j'ai mieux, j'ai le sang, je sens le sang des bêtes dans le noir comme on sent le pain chaud à travers une porte, il y a une harde au nord, je la sens, hui

  • LES LARMES DE MON EX-COMPAGNON    Chapitre 241 — La soif de sang

    GiuliaAu début c'est supportable, c'est même presque rien, une sécheresse au fond de la gorge, le matin, qui passe avec le premier bol, et je fais semblant de croire que ce n'est que ça, pendant trois jours je fais semblant de croire que ce n'est que ça, et puis le quatrième jour le bol ne suffit plus, ni le second, ni le pichet entier, l'eau ne fait rien, le vin ne fait rien, c'est une soif qui traverse les boissons comme un coup de lance traverse un parchemin, elle n'est pas là pour être étanchée par ça, elle le dit, clairement, de plus en plus clairement, elle me dit ce qu'elle veut.Je connais ce qu'elle veut, j'ai les cahiers, je relis la nuit, à la lueur basse, les pages de ma mère sur la sixième feuille, et Lyanna ne ment pas, Lyanna n'a jamais menti, elle écrit le sang des bêtes suffira, s'il est frais, s'il est chaud, le sang humain n'est pas nécessaire, il ne doit jamais l'être, jure-le-toi avant d'en avoir besoin, parce qu'après on ne se jure

  • LES LARMES DE MON EX-COMPAGNON    Chapitre 240 — L'éveil de la sixième feuille

    GiuliaCela commence par une brûlure, au milieu de la nuit, une brûlure au poignet qui me tire du sommeil aussi net qu'une main, et je m'assois dans le noir, et je sais avant de regarder, je sais, parce que ce n'est pas la première fois, parce que mon corps connaît ce feu-là depuis la cinquième, depuis la quatrième, ce feu qui n'est pas une douleur, qui est une naissance, quelque chose qui pousse sous la peau comme une plante pousse sous la neige, lent, irrésistible, écrit d'avance.Je défais le brassard, et je tends le poignet vers la lueur de la braise, et je regarde, la sixième feuille est en train de venir, je la vois se dessiner, nervure après nervure, dans une lumière blanche et basse qui ne vient d'aucun feu, la peau luit de l'intérieur, la marque s'approfondit, la spirale s'enrichit, et je reste là, assise sur ma couche, à regarder mon propre corps écrire une page de plus, et je ne sais jamais, à ces moments-là, si je dois avoir peur ou me proster

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    GiuliaLe château est plus grand quand quelqu'un le quitte, je ne savais pas ça, je pensais que c'était l'inverse, que les gens qu'on aime remplissaient le monde et que le reste était décor, mais non, c'est pire, le château n'est pas vide, il est plein de l'endroit où il n'est pas, chaque pièce a conservé sa géométrie exacte et a changé de taille, la salle des audiences est immense, la table des cartes est immense, mon lit est un continent, et je fais ce que font les reines sur les continents, je le traverse, méthodiquement, matin après matin.Je gouverne. Rien ne s'arrête parce qu'un homme est parti vers le sud, c'est même le contraire, je travaille davantage, par calcul et par besoin, parce que le travail est la seule pièce du château qui garde sa taille normale, alors j'y vis, les audiences, les comptes, les bornages, les queues de vache, et Silas, qui voit tout, dépose sur ma table chaque soir un dossier de plus que la veille, sans un mot, sans un reg

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