MasukGiuliaJe découvre les dégâts autrement quand je ne dois plus les traverser en courant, ce qui n’est qu’un obstacle pendant la bataille retrouve sa taille, sa matière, son usage, et je m’arrête devant des choses que mes yeux ne prennent pas le temps de voir jusque là.La meute aussi s’arrête.Puis elle reprend.Ce mouvement me retient davantage que tout le reste, la manière dont les corps fatigués reviennent vers ce qui demande à être relevé, les mains qui cherchent une prise au lieu d’attendre qu’on leur dise où se poser, et je comprends que la reconstruction commence souvent avant la première décision, dans ce refus très simple de laisser ce qui tombe à l’endroit où cela tombe.Je travaille avec ce qui reste.C’est beaucoup, je dois me le répéter, parce que mon regard s’accroche d’abord à ce qui manque, à ces espaces où je continue malgré moi d’attendre un visage, puis je vois les vivants, leurs efforts, leur patience parfois mauvaise, les épaules qui
GiuliaJe me réveille avec une chaleur contre moi, et pendant quelques instants je ne cherche pas à comprendre, je reste dans ce peu de conscience où le corps sait avant la tête, ma joue repose quelque part où je respire bien, une main demeure près de la mienne, je n’ai pas froid.Puis je reconnais Matteo.Je n’ouvre pas aussitôt les yeux.Il y a dans cette seconde quelque chose que je voudrais prolonger sans le serrer trop fort, cette possibilité d’être éveillée sans être déjà appelée ailleurs, sans devoir me lever avant de savoir comment je vais, et je reste immobile avec une attention presque maladroite, comme si un mouvement brusque pouvait rendre ce matin à une autre vie.Je sens son souffle contre ma peau.Je l’écoute, je perds le compte, je recommence sans raison, puis je cesse de compter, je n’ai rien à vérifier.Quand j’ouvre enfin les yeux, la lumière me paraît douce jusque sur ce qui ne l’est pas, mes épaules tirent encore, mon corps garde
GiuliaLa nuit vient et je reste avec Matteo.Cette fois, nous ne nous arrêtons pas au bord de ce que nous voulons, je ne compte pas les minutes qui nous restent avant un départ, je ne cherche pas dans le silence le premier mot qui nous sépare, je suis près de lui et je laisse cette proximité prendre toute sa place.J’y parviens mal au début.Mon corps attend encore qu’on le rappelle ailleurs, une tension me traverse sans raison, mes doigts se resserrent puis se détendent, je retiens ma respiration avant de comprendre qu’aucun ordre ne m’attend dans l’air que je n’ose pas relâcher.Matteo le sent.Je le comprends à la manière dont il ne me presse pas, dont sa main demeure là sans me demander de devenir soudain une femme reposée, légère, débarrassée de ce qui se passe avant cette nuit.Je ne sais pas l’être.Je peux seulement venir avec tout.— Reste, dis-je.Le mot sort plus bas que je ne le veux, et je pourrais presque prétendre ne pas le dire, je pourrais détourner le visage, repren
GiuliaJe retrouve Matteo sur le champ de bataille, et pendant un instant je ne fais rien d’autre que le regarder.Il est là.Je sais ce que ces mots ont de pauvre, je les pense pourtant avec une application presque douloureuse, là, devant moi, assez près pour que je distingue ce que la fatigue creuse autour de ses yeux, assez près pour que je voie sa poitrine se soulever, et je reste fixée à ce mouvement comme si je dois en apprendre le rythme avant d’oser avancer.Je fais un pas.Le sol retient un peu ma semelle.Ce détail me parvient avec une netteté absurde, après tout ce que je viens de voir, le poids de mon pied, la résistance de la terre, mon corps qui continue à traverser le monde alors que je ne sais plus quoi faire de mes mains.Matteo me regarde.Je ne lis pas d’abord une question dans ses yeux, je lis cette même vérification que je sens dans les miens, je suis là, il est là, je ne dois plus le chercher entre des épaules qui combattent ou derrière un mouvement trop rapide,
GiuliaJe ne reconnais pas la victoire quand elle commence, je reconnais un pas qui recule.Un seul.Je le suis des yeux avec méfiance, prête à y voir une manière de m’attirer hors de ma place, puis un autre corps recule à côté du premier, puis leurs mouvements se répondent, et je comprends que ce n’est plus un espace qu’ils nous accordent, c’est un espace qu’ils cherchent.Je respire par la bouche.Ma langue colle à mon palais.Je regarde encore, parce que je n’ose pas confier trop vite cette image à mon espoir.L’armée du Conseil se retire.Les mots restent un moment sans trouver de voix en moi, ils n’entrent pas correctement, après tant de jours à penser leurs avancées, leurs retours, leurs attaques, ma tête continue à chercher la menace dans le mouvement qui les éloigne, et je dois m’obliger à voir ce que je vois.Ils reculent devant nous.Devant Selene.Devant la meute qui tient encore.Je n’entends pas aussitôt de clameur, peut être parce que le combat fait toujours trop de brui
GiuliaJe comprends que quelque chose change avant de comprendre quoi, un regard devant moi se détourne, pas assez pour m’offrir une victoire, assez pour me donner une seconde, et je prends cette seconde comme je prends tout depuis le début, sans demander si une autre vient après.Je repousse.Je respire.Un bruit traverse le combat dans une direction qui n’est pas la nôtre.Pendant un instant, je refuse presque de l’entendre, parce que mon corps se prépare déjà à une menace supplémentaire, il cherche où se placer, comment couvrir ce qui reste découvert, et je tourne la tête avec les épaules encore serrées, prête à découvrir une autre mauvaise nouvelle.Je vois Selene.Je la vois réellement, pas un espoir auquel je donne un visage, pas cette façon que la fatigue a parfois de recomposer ce dont on manque, je reconnais sa manière d’avancer, cette économie dure dans le mouvement, et derrière elle je vois les renforts.Ma poitrine se soulève sans que l’air entre.Puis l’air entre trop vit







