LOGINValentinaJe lui ai rendu mon travail hier. Une analyse de la représentation du corps féminin dans l'art colonial. J'ai passé des heures dessus, non pas pour obtenir une bonne note, mais pour l'atteindre. Pour le toucher. Pour le forcer à me lire, à me comprendre, à me voir.J'ai écrit sur les madones de l'école de Quito, sur leurs visages extatiques, leurs bouches entrouvertes, leurs corps abandonnés sous les drapés. J'ai écrit sur la sensualité contenue, sur le désir réprimé, sur la transgression qui se cache sous la dévotion. J'ai écrit sur le corps comme lieu de pouvoir, comme instrument de résistance. J'ai écrit sur lui, sans jamais le nommer. Sur nous, sans jamais l'avouer.Aujourd'hui, il rend les copies. Je m'attends à une note excellente. Je ne doute pas de mon travail. Mais je suis curieuse de voir son commentaire. Je veux savoir ce qu'il a pensé de mes idées, de mes provocations, de mes références à l'érotisme et au désir.Il
ValentinaAujourd'hui, c'est jour d'exposé. Pas le mien. Celui de Camila, la petite blonde aux sourires minaudeurs. Elle s'est préparée pendant des jours, j'en suis certaine. Elle espère impressionner Joaquín, attirer son attention, peut-être même le séduire. Pauvre fille. Elle ne comprend pas que les hommes comme lui ne se laissent pas impressionner par des efforts aussi transparents.Je suis assise au premier rang, comme toujours. J'ai choisi une tenue simple : un jean ajusté, une chemise blanche légèrement trop grande. Rien de provocant. Enfin, c'est ce que je voulais. Mais je sais que l'effet sera différent. Il suffit d'un détail. Un bouton ouvert de trop. Une manche qui glisse sur l'épaule. Une posture étudiée.Camila commence son exposé. Sa voix est un peu trop aiguë, un peu trop enthousiaste. Elle parle de l'art baroque latino-américain, de la fusion entre les traditions indigènes et l'esthétique européenne. C'est intéressant, mais maladro
Valentina Les jours passent, et je remarque que Joaquín me suit des yeux dans la salle. Pas ouvertement, non. Discrètement. À la dérobée, pendant qu'il parle, pendant que les autres étudiants prennent des notes. Il ne peut pas s'en empêcher. Son regard glisse vers moi, s'attarde une seconde de trop, puis se détourne. Je le sais, parce que je le surveille. J'ai appris à lire son visage, ses tics, ses gestes. La façon dont ses épaules se raidissent quand je m'approche. La façon dont ses doigts se crispent sur le bureau quand je parle. La façon dont ses yeux s'assombrissent quand nos regards se croisent. Je suis devenue une experte de lui. De ses failles. De ses faiblesses. De ses désirs. Ce matin, je me suis levée tôt. Pas par hasard. Par calcul. Je savais qu'il serait dans son bureau avant le cours. Je suis passée devant la porte, lentement, sans m'arrêter. Juste pour qu'il me voie. Juste pour qu'il sente ma présence.
Valentina Chaque cours devient une arène. Je ne le fais pas consciemment. Enfin, presque pas. C'est plus fort que moi. Dès qu'il ouvre la bouche, dès qu'il commence à parler de son sujet avec cette voix grave qui me fait frissonner, une force s'empare de moi. Une force qui me pousse à le défier, à le contredire, à le pousser dans ses retranchements. Ce matin, je me suis réveillée avec une énergie étrange. Une énergie presque animale. J'ai passé la nuit à me retourner dans mes draps, le corps en feu, l'esprit embrumé par des images de lui. Ses mains sur son bureau. Ses yeux qui me fuient. Cette veine qui pulse à son cou quand il se contient. Je me suis touchée en pensant à lui, encore et encore, jusqu'à l'épuisement. Mais l'épuisement n'est jamais venu. Juste une faim plus grande, plus vorace. Je me suis habillée avec soin. Une jupe droite, noire, qui s'arrête au-dessus du genou. Un chemisier crème, ajusté, qui souligne ma poitr
Valentina Je suis restée à la bibliothèque jusqu'à la fermeture. Pas pour travailler. Pour le sentir. Pour savourer cette tension qui ne nous quitte plus. Pour le regarder, aussi. À la dérobée, derrière mes pages. Il n'a pas levé les yeux vers moi. Mais je sais qu'il savait que j'étais là. Je le sentais. Ce courant invisible qui passait entre nous, même à distance. Chaque mouvement de sa main, chaque tour de page, chaque respiration. J'étais suspendue à lui. Mon corps entier était tendu vers lui, comme une antenne captant la moindre vibration. Et je savais qu'il ressentait la même chose. Je le voyais à la façon dont ses épaules se raidissaient, dont ses doigts se crispaient sur le livre. Il essayait de se concentrer. Il échouait. Plusieurs fois, il a levé les yeux. Pas vers moi directement. Vers un point vague, quelque part au-dessus de mon épaule. Comme s'il cherchait à me regarder sans le montrer. Comme s'il luttait contre l'envie de me dévorer du regard. Et chaque fois, je sent
Valentina La journée s'écoule lentement, comme si le temps refusait de passer. Je suis distraite, incapable de me concentrer. Mes pensées reviennent sans cesse à lui. À ses yeux. À ses mains. À cette tension qui m'habite depuis le premier jour. Je me prépare avec soin. Une robe bleue, simple, qui épouse mes hanches. Des sandales plates pour marcher sans bruit. Mes cheveux sont lâchés, légèrement ondulés. Je veux être belle, mais sans effort apparent. Une beauté naturelle, désarmante. Je me regarde dans le miroir. Mes yeux brillent d'une fièvre contenue. Mes lèvres sont légèrement entrouvertes. Mes joues sont roses. J'ai l'air d'une femme qui se prépare pour un rendez-vous galant. Mais ce n'est pas un rendez-vous. C'est une chasse. La bibliothèque universitaire est immense, silencieuse. L'odeur du papier ancien flotte dans l'air. Les lampes diffusent une lumière dorée, presque intime. Je marche entre les rayonnages, feignant de chercher un ouvrage. Mais je sais exactement où je va







