LOGINLa fille que le milliardaire devait détester Ysoria Naven est engagée comme gouvernante dans une immense propriété appartenant à Eryx Valcyrun milliardaire connu pour avoir détruit financièrement plusieurs familles. Le premier jour, Eryx lui interdit une aile entière du manoir. Le deuxième, il lui ordonne de ne jamais prononcer le prénom de sa défunte sœur. Le troisième, Ysoria découvre une photographie ancienne. Sur cette photographie se trouve une femme qui lui ressemble trait pour trait. Eryx devient immédiatement convaincu qu'Ysoria est liée à la mort de sa sœur. Il décide alors de la garder près de lui pour découvrir la vérité. Mais plus il enquête, plus il tombe amoureux d'elle. Puis Ysoria découvre le véritable secret : elle n'est pas la fille de l'homme qu'elle croyait être son père. Et sa naissance pourrait révéler que la famille d'Eryx a été construite sur un meurtre.
View MoreChapitre 1
Ysoria
La grille du manoir Valcyr s’ouvre avec une lenteur solennelle, comme si le fer lui-même hésitait à me laisser entrer. Je resserre mes doigts autour de la poignée usée de ma valise. Je ne possède presque rien, et pourtant, ce sac me paraît soudain peser une tonne, comme s’il savait que je m’apprête à franchir un seuil au-delà duquel plus rien ne sera pareil.
L’allée principale s’élance devant moi, bordée de cyprès taillés avec une précision militaire. La bâtisse apparaît, immense, orgueilleuse, couverte de pierres grises que la pluie a patinées d’une tristesse élégante. Je respire lentement, mais l’air a un goût de mousse, de terre mouillée, de métal ancien, un parfum de richesse et de solitude mêlées.
Je ne suis pas attendue avec chaleur. Les domestiques m’observent comme une intruse. Leurs silences sont des murs, leurs gestes des verdicts. Je ne suis pas la première gouvernante envoyée par l’agence, mais je suis sans doute la plus étrangère à ce monde, avec mon chemisier blanc trop simple, ma jupe noire légèrement trop longue, mes cheveux bruns coiffés à la hâte. Je me tiens droite malgré l’envie de disparaître. J’ai appris à cacher mes failles, à avancer même quand tout en moi tremble.
Le hall d’entrée me coupe le souffle. Il est vaste, glacial, d’une beauté qui écrase. Le sol de marbre noir reflète les lustres de cristal qui pendent des plafonds. L’odeur de la cire, des fleurs coupées, du bois ancien se mêle à celle, plus diffuse, du feu éteint dans l’immense cheminée. Je ne suis pas impressionnée par le luxe, je le suis par l’absence. Ce manoir est une cage magnifique, un tombeau où l’or ne réchauffe rien.
Madame Duvrey, la gouvernante en chef, m’accueille d’une voix neutre. Elle me parle des horaires, des tâches, des zones strictement interdites. Ses yeux clairs ne me quittent pas, mais ils ne me voient pas vraiment. Elle m’évalue comme on jauge un outil. Je réponds avec calme, avec cette politesse qui ne laisse aucune prise, même quand son regard s’attarde sur ma valise bon marché avec une nuance de mépris discret.
Ma chambre est à l’étage des domestiques. Petite, propre, d’une tristesse irréprochable. Je dépose ma valise sur le lit. Le silence est total, à peine troublé par le souffle lointain du vent dans les arbres. Je devrais être soulagée d’avoir trouvé ce refuge. Mais quelque chose d’invisible serre ma poitrine, une appréhension que je ne sais pas nommer.
Le lendemain matin, je me lève avec l’aube. Je m’habille avec soin, je lisse ma jupe, je relève mes cheveux. Madame Duvrey me guide à travers des couloirs interminables jusqu’à une haute porte en bois sombre. Elle frappe trois coups.
Une voix répond, grave, brève.
— Entrez.
La pièce est immense, baignée d’une lumière grise. Derrière un bureau massif, un homme se tient debout. Immense. Sombre. Les cheveux noirs légèrement décoiffés, la mâchoire dure, les épaules carrées sous un pull noir. Il me regarde. Et ce regard est une chose vivante, brûlante, pesante comme une main posée sur ma gorge.
— Vous êtes la nouvelle gouvernante, dit-il sans me saluer.
— Oui, monsieur.
Ses yeux sont d’un bleu glacé, presque métallique. Ils me détaillent avec une lenteur attentive, clinique, brutale. Je ne détourne pas le regard.
Il contourne le bureau, les mains dans les poches, les épaules pleines d’une tension retenue. Son parfum me parvient, boisé, amer, entêtant.
— Je ne veux pas d’erreurs. Pas de questions. Pas de familiarité.
Sa voix est basse, contrôlée, chaque mot porté par une colère ancienne.
— L’aile est de la maison est interdite. N’y mettez jamais les pieds.
Je hoche la tête, la gorge sèche.
— Et ne prononcez jamais le prénom de ma sœur. Jamais.
Le mot claque dans le silence. Je sens la menace derrière la consigne, le poids d’un deuil transformé en violence contenue. Il s’approche encore, plus près. Son regard s’accroche à mon visage.
— Vous avez compris ?
— Oui, monsieur.
Il reste là, à me fixer, et je crois voir passer dans ses yeux une lueur étrange, une faille dans la glace. Puis il se détourne brusquement.
— Allez.
Je sors sans un mot. Dans le couloir, mes jambes flageolent. Je remonte dans ma chambre, le souffle court. Je me tiens devant la fenêtre, le front contre la vitre froide. Le parc s’étend, noyé de brume. Je distingue l’aile interdite, plus massive, plus noire que le reste. Les fenêtres y sont closes, presque toutes, sauf une.
Soudain, je la vois. Une silhouette de femme, immobile, derrière la vitre. Elle me fait face. Son visage est flou, mangé par l’ombre, mais je jurerais qu’elle me regarde.
Mon sang se glace.
La silhouette lève lentement une main, comme pour un adieu.
Puis elle recule dans l’obscurité.
Je reste figée, le cœur en charpie, le regard rivé à cette fenêtre désormais vide.
Pourquoi ai-je l’impression que cette maison m’attendait depuis toujours ?
Chapitre 75YsoriaJe suis assise sur le lit de la chambre bleue, les genoux repliés contre ma poitrine, les yeux fixes. La pluie frappe la fenêtre, un crépitement régulier qui emplit le silence. Je ne sais pas combien de temps je suis restée là. Des heures, peut-être. Depuis que je suis rentrée de chez Gaspard. Depuis qu’il a refusé de me répondre. Depuis que je ne sais plus qui je suis.La porte s’ouvre doucement. Eryx entre, le visage inquiet. Il s’approche lentement, comme s’il craignait de m’effrayer. Il s’assied au bord du lit, à distance, et me regarde. Je sens son regard sur moi, chaud, inquiet. Mais je ne peux pas le regarder. Pas encore.— Ysoria, dit-il doucement. Tu es rentrée. Je t’ai attendue.— Je sais.— Où étais-tu ?— Chez Gaspard.Il ne dit rien. Il
Chapitre 74YsoriaLa maison est petite, grise, coincée entre deux immeubles plus hauts. Je n’y suis pas venue depuis des années. Pas depuis la mort d’Hélène. Pas depuis que j’ai fui cet homme et ses silences. Mais aujourd’hui, je suis là. Devant sa porte. La main levée, suspendue, tremblante.Je frappe. Trois coups secs. Le silence, puis des pas lourds. La porte s’ouvre. Gaspard Naven se tient devant moi. Plus vieux, plus sec, les joues creusées, les yeux gris toujours aussi froids. Il me regarde comme si j’étais une étrangère.— Ysoria.— Bonjour, Gaspard.Il ne m’invite pas à entrer. Il reste là, sur le seuil, à me détailler.— Qu’est-ce que tu veux ?— Je veux des réponses.Il hausse un sourcil. Rien d’autre. Aucune émotion. Aucun
Chapitre 73EryxJe tiens les documents entre mes mains, les doigts crispés sur le papier jauni. Kaïros vient de partir, me laissant seul avec ces preuves qui pèsent plus lourd que tous les contrats que j’ai signés. Je les étale sur mon bureau. La photographie. La lettre. Le certificat. Et cette vérité qui me frappe au visage.Mon père. Aldren Valcyr. L’homme de glace, le patriarche impitoyable, celui qui ne souriait jamais, qui ne touchait personne, qui traitait sa femme et ses enfants comme des employés. Cet homme-là avait une maîtresse. Une femme de chambre. Nora Naven.Je reprends la photographie. Ils sont là, tous les deux, devant le manoir. Elle, jeune, brune, le regard doux. Lui, la main posée sur son épaule, possessif. Le sourire aux lèvres. Un sourire que je ne lui ai jamais vu. Un sourire d’homme amoureux. Ou d’homme sati
Chapitre 72YsoriaJe suis assise dans la bibliothèque, un livre ouvert sur les genoux, mais je ne lis pas. Mes yeux fixent les lignes sans les voir. Depuis des jours, une question me ronge. Qui était vraiment ma mère ? La femme de la photographie, Nora Naven, celle qui me ressemble trait pour trait. Celle qui a travaillé dans ce manoir. Celle qui a été chassée trois mois après ma naissance.Je referme le livre, me lève, et je me dirige vers les archives. Eryx m’a dit de ne pas y aller seule, mais je n’ai pas besoin de sa permission. Je pousse la porte basse, allume la lampe de poche que j’ai glissée dans ma poche, et je m’enfonce dans la pièce poussiéreuse. Les rayonnages s’élèvent autour de moi, chargés de registres, de dossiers, de boîtes. Je cherche le nom de Nora. Je le trouve dans un registre de personnel, jauni par l


















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