로그인Valentina
Je me déshabille dans la salle de bain, laisse tomber ma robe à mes pieds. Mon corps est encore marqué par la nuit. Des rougeurs sur mes hanches, là où ses mains m'ont serrée. Des traces de dents sur mon épaule. Une sensibilité entre mes cuisses qui me rappelle chaque coup de reins, chaque caresse, chaque orgasme. Je fais couler l'eau brûlante. La vapeur envahit la pièce, embue le miroir. Je me glisse sous le jet, laisse l'eau glisser sur ma peau. Les traces de la nuit s'effacent une à une. Les caresses de l'inconnu, ses baisers, ses mots murmurés. Je ferme les yeux. Tout devrait disparaître. Mais quelque chose reste. Une tension diffuse au creux du ventre. Une faim qui n'a pas été rassasiée. Pourtant, il m'a prise avec ardeur, encore et encore. Il m'a fait jouir trois fois, quatre fois, je ne sais plus. J'ai crié, j'ai gémi, j'ai tremblé. Mais ce n'était pas assez. Ce n'est jamais assez. Comme si mon corps cherchait quelque chose qu'il n'a pas encore trouvé. Quelque chose qui dépasse le simple plaisir charnel. Quelque chose qui ressemble à une dévoration totale, à un abandon absolu. Je coupe l'eau, m'enveloppe dans une serviette. Mes cheveux dégoulinent sur mes épaules. Je m'observe dans le miroir embué. Vingt-trois ans. Un visage que l'on dit magnétique, des yeux sombres qui soutiennent tous les regards, une bouche pleine qui ne tremble jamais. Mes seins sont fermes, ma taille fine, mes hanches dessinées pour attirer les mains. Je me plais. J'ai appris à aimer ce corps, à m'en servir. Le désir des hommes ne me fait pas peur. Je le provoque, je le consomme, puis je le laisse sur le carreau. C'est un jeu. Mais ce matin, le jeu ne m'amuse pas. Une inquiétude sourde me serre la gorge. Comme si quelque chose allait arriver. Quelque chose de plus grand que moi. Quelque chose que je ne pourrai pas contrôler. Je chasse cette pensée d'un mouvement de tête. Ridicule. Je suis Valentina Sosa. Rien ni personne ne peut me déstabiliser. Je m'habille avec soin. Je sais exactement ce que je veux montrer aujourd'hui. Une jupe noire qui s'arrête au-dessus du genou, un chemisier blanc dont j'ouvre un bouton de plus que nécessaire, des talons qui claquent sur le sol. Mes cheveux sont lâchés, encore humides, ils ondulent sur mes épaules. Je mets une touche de rouge à lèvres. Le rouge, c'est ma couleur. Celle de la passion, du danger, de la provocation. Dans le miroir, je me souris. Un sourire sûr, presque insolent. Je suis prête. Prête à affronter le monde, les regards, les désirs. Prête à prendre ce qui m'appartient. Je suis Valentina Sosa. Je n'ai peur de rien. Surtout pas des hommes. Je sors dans la rue, mes lunettes de soleil sur le nez. La journée s'annonce chaude malgré le vent. Je marche vers l'université, le cœur étrangement léger. Je ne sais pas encore que ma vie va basculer aujourd'hui. Je ne sais pas encore que je vais rencontrer l'homme qui va m'apprendre ce que signifie vraiment trembler. L'homme qui va faire tomber toutes mes certitudes, une à une. L'homme qui va me consumer. Et je ne sais pas encore que je vais l'aimer. L'université de Buenos Aires s'élève devant moi, majestueuse et poussiéreuse. Les murs gris, les couloirs interminables, l'odeur du papier ancien et du café bon marché. J'ai toujours aimé cet endroit. Pas pour la nostalgie, non. Pour le pouvoir qu'il dégage. Ici, les idées s'affrontent, les destins se fabriquent, les ambitions se heurtent. Et les regards s'échangent. Surtout les regards. Je traverse le hall principal, salue quelques têtes connues d'un signe de menton. Les conversations s'interrompent sur mon passage. Je le sens. Je ne me retourne pas. Mon corps connaît la route. Mes hanches ondulent naturellement, mes talons martèlent le sol avec assurance. Ma jupe noire épouse mes courbes, mon chemisier blanc laisse deviner la naissance de ma poitrine. Je suis une apparition, et je le sais. Les hommes me suivent des yeux, les femmes me jugent en silence. Je m'en moque. Je suis chez moi. L'amphithéâtre est déjà presque plein. Les étudiants se pressent, le brouhaha monte. Le séminaire avancé sur l'art latino-américain. J'ai attendu ce moment tout l'été. Pas pour l'ennui académique, non. Pour le défi. Le professeur Herrera est connu pour son exigence, sa froideur, sa réputation d'homme inaccessible. On dit que personne ne l'a jamais vu sourire. On dit qu'il refuse toute familiarité avec ses étudiants. On dit qu'il est brillant et impitoyable. On dit aussi qu'il est beau. Terriblement beau. Et terriblement seul. Je m'installe au fond de la salle. Je préfère observer. Toujours. Les autres étudiantes chuchotent, lissent leurs cheveux, ajustent leurs décolletés. Camila Rojas, la petite blonde aux yeux écarquillés, vérifie son rouge à lèvres pour la troisième fois. Elle espère attirer son attention. Ridicule. Les hommes comme lui ne regardent pas les femmes comme elle. Ils les fuient. Ils se méfient des sourires trop faciles, des regards trop insistants. Ils sentent le piège. La porte s'ouvre. Le silence se fait instantanément. Il entre. Le professeur Joaquín Herrera.Silence.— Dis-le. Si c'est vrai. Si tout ça n'était qu'une erreur, si je n'étais qu'une illusion, dis-le. Dis-moi que tu ne m'aimes plus. Regarde-moi dans les yeux et dis-le. Et je partirai. Je te le jure. Je partirai et je ne reviendrai jamais. Mais dis-le. Dis-le vraiment. Pas avec cette voix. Pas avec ce masque. Dis-le avec ta voix. Avec ta vraie voix. Celle que tu utilises quand tu es nu. Celle que tu utilises quand tu as peur. Celle que tu utilises quand tu m'appelles dans le noir. Dis-le.Il n'a rien dit. Il a fermé les yeux. Une seconde. Deux. Ses lèvres ont tremblé. À peine. Un frémissement. Un souffle. Puis il les a serrées. Il a rouvert les yeux. Et il a regardé ailleurs. Encore. Toujours. Cet ailleurs qui n'était pas moi. Ce point dans le vide. Cette fuite silencieuse.— Tu vois, j'ai dit. Tu ne peux pas. Tu ne peux pas le dire. Parce que ce n'est pas vrai. Parce que tu m'aimes encore. Parce que tu m'aimes toujours. Et tu le sais. Et c'est pour ça que tu détournes les yeux
Valentina Le message est arrivé à quatorze heures dix-sept. Un SMS. Un seul. Trois mots. Viens. Maintenant. Signé de son prénom, comme si j'avais pu l'oublier, comme si mon téléphone n'avait pas conservé chaque lettre de lui depuis des mois, comme si je n'avais pas relu cent fois ses messages précédents, ceux où il m'appelait mon cœur, ma douce, ceux où il me disait des choses qu'on ne dit pas à une erreur. J'ai regardé l'écran. J'ai lu. J'ai relu. Le mot maintenant m'a frappée en plein plexus. Pas d'explication. Pas de tendresse. Pas de point d'interrogation. Une convocation. Comme on convoque un témoin. Comme on convoque un accusé. J'ai mis dix minutes à sortir de chez moi. Dix minutes à tourner dans la chambre, à chercher une veste, à la reposer, à la reprendre, à me regarder dans le miroir, à détourner les yeux. Je ne savais pas ce qui m'attendait. Je le savais. Je ne voulais pas le savoir. Mon corps, lui, savait. Mes jambes tremblaient déjà dans l'escalier. Mes mains étaient m
Je me souviens du matin. Du premier matin. La lumière était douce, timide, elle entrait par la fenêtre en biais, elle tombait sur le lit, elle tombait sur lui. Il dormait. Je l'ai regardé dormir. Je l'ai regardé longtemps. J'ai posé ma main sur son torse, j'ai senti son cœur, j'ai senti sa chaleur, j'ai senti son souffle. Et pendant un moment, ce moment-là, j'ai cru que la vie serait autre chose. J'ai cru que, désormais, tout serait différent. J'ai cru que ce bonheur-là allait durer. J'ai cru. C'est ça, le pire. J'ai cru.Je me touche. Je ne sais pas pourquoi. Je ne peux pas m'en empêcher. C'est plus fort que moi. Je veux retrouver quelque chose, même un morceau, même une ombre, même le souvenir d'un souvenir. Ma main descend, doucement, elle se pose, elle se glisse, mes doigts font ce qu'ils savent faire. Je pense à lui. Je pense à ses mains à lui, à sa bouche à lui, à son corps à lui. Et pour la première fois depuis des jours, pour la première fois depuis cette rue,
ValentinaJe me réveille sur le sol. Le jour s'est levé. Une lumière grise, laide, entre par la fenêtre mal fermée. Mon corps est courbaturé. J'ai dormi dans mes vêtements, dans une position impossible, la joue collée au parquet. J'ai mal au dos, mal à la nuque, mal partout. Je me redresse. Je m'assois contre le pied du lit. Je me frotte les yeux. Ils sont gonflés, brûlants. J'ai la bouche pâteuse. J'ai soif. Mais je ne me lève pas tout de suite. Je reste là, une minute, à écouter le silence. Le silence est total. C'est un silence de dimanche. C'est un silence d'après-guerre.Je pense à notre première nuit. Ce n'est pas un choix. C'est un réflexe. Quand on a mal, on cherche là où ça a fait le moins mal. Et la première nuit, c'est là où ça a fait le moins mal. C'est là où tout a commencé, là où tout était possible, là où l'avenir n'existait pas encore et où le présent était tout. Je ferme les yeux, et la mémoire me revient, par vagues, par morceaux, par od
ValentinaIl est tard. Je ne sais plus quelle heure. Je suis assise dans ma chambre, sur le sol, adossée au pied du lit. La lumière est éteinte. Je ne veux pas de lumière. La lumière me force à voir mes mains, à voir mes vêtements, à voir cette vie en désordre autour de moi. Le noir est meilleur. Le noir me cache. Le noir me berce.Je ne me suis pas déshabillée. Je suis encore dans mes vêtements de la journée. Je sens l'odeur de la rue sur moi, l'odeur de la pluie, l'odeur de sa veste quand je me suis approchée de lui, l'odeur de sa peau, l'odeur de lui qui reste collée à moi comme une marque qu'on ne peut pas laver. Je m'en fiche. Je ne me laverai pas. Je veux la garder, cette odeur. Je veux la garder encore un peu. Même si elle me tue.Je pleure. Depuis des heures. Je pleure sans m'arrêter, sans me reposer, sans reprendre mon souffle. J'ai les yeux brûlants, la gorge à vif, la tête lourde. Les larmes coulent toutes seules. Elles ne me demandent
Il me regarde. Il ouvre la bouche. Il hésite. Il la referme. Il détourne les yeux. Je vois dans ce geste tout ce que je redoutais. Il ne l'a jamais dit, et il ne le dira pas. Il ne le dira pas aujourd'hui, il ne le dira pas demain, il ne le dira jamais. Peut-être qu'il le pense. Peut-être qu'il ne le pense pas. Peut-être qu'il ne le sait même pas. Un homme qui se déteste d'avoir aimé ne sait plus ce qu'il a aimé. Un homme qui se punit d'avoir vécu ne sait plus ce qu'il a vécu.— C'est tout ce que tu as à me dire, dis-je. Le silence. Le silence et les mâchoires serrées. Tu vas passer ta vie à ça, Joaquín ? À serrer les mâchoires ? À te taire ? À laisser les femmes t'aimer et à les laisser partir ? Regarde-toi. Regarde-toi. Tu me fais pitié.— Ne me parle pas comme ça.— Pourquoi ? Parce que c'est vrai ? Parce que tu sais que c'est vrai ? Tu sais que tu es lâche. Tu l'as toujours été. Même avec moi, dans les meilleurs moments, tu étais lâche. Tu m'aimais à l







