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Chapitre 3 — L'homme au regard sombre 2

Author: Dledition
last update publish date: 2026-08-17 01:31:17

Valentina

Mon souffle se suspend une fraction de seconde. Je ne m'y attendais pas. Pas à ça. Je l'avais aperçu une fois, de loin, l'année dernière. Mais de près, c'est autre chose. C'est une présence. Une force. Une gravité qui aspire tout l'air de la pièce.

Il est grand. Plus grand que la moyenne. Les épaules larges sous une veste sombre, la taille étroite, les jambes longues. Son corps est celui d'un homme qui se tient droit, qui ne s'excuse pas d'exister. Son visage est sévère, anguleux, marqué par des années de retenue. Une mâchoire carrée, des lèvres fines mais bien dessinées, un nez droit. Et ses yeux. Ses yeux sombres, profonds, qui balayent la salle sans s'arrêter sur personne. Des yeux qui ont appris à ne pas voir. À ne pas ressentir. Des yeux qui me donnent envie de les ouvrir, de les forcer à me regarder.

Il pose sa mallette sur le bureau, se tourne vers l'assemblée. Son regard glisse sur les visages, impassible. Il ne s'attarde sur aucune des étudiantes qui le dévorent pourtant des yeux. Camila se penche en avant, son décolleté s'entrouvre. Il ne la voit même pas. Il est ailleurs. Dans un monde de livres, d'images, de silence. Un monde où les femmes n'ont pas leur place. Un monde qu'il s'est construit pour survivre.

Je croise les jambes. Le mouvement attire brièvement son attention. Une fraction de seconde. Ses yeux s'arrêtent sur moi. Je soutiens son regard sans ciller. Ce n'est pas de l'insolence. C'est de la curiosité. Je veux voir ce qu'il y a derrière cette glace. Je veux comprendre ce qui l'a rendu si froid, si lointain. Je veux savoir s'il reste quelque chose de vivant sous la surface.

Il détourne les yeux le premier. Je souris intérieurement. Il n'est pas de marbre. Pas tout à fait. Il y a une fissure. Infime, mais réelle. Et je suis patiente. Je sais attendre.

— Bonjour. Mon nom est Joaquín Herrera. Ce séminaire est le plus exigeant de toute la filière. Si vous êtes ici, c'est que vous avez le niveau. Mais cela ne signifie rien. La moitié d'entre vous abandonnera avant la fin du semestre.

Sa voix est grave, posée, sans la moindre émotion. Il parle comme on énonce un verdict. Les étudiants se regardent, certains pâlissent. Moi, je l'écoute à peine. Je l'observe. Je le détaille. Je le déshabille en pensée.

Ses mains. Elles sont posées à plat sur le bureau. Longues, fines, mais puissantes. Des doigts qui semblent faits pour tourner les pages d'un livre, mais aussi pour autre chose. Pour caresser une peau, pour serrer une hanche, pour s'enfoncer dans une chair offerte. Je sens une chaleur diffuse monter dans mon ventre. Je me redresse légèrement sur ma chaise. Mes cuisses se serrent sous la table.

Il continue son discours. Les règles, les attentes, les travaux à rendre, les lectures obligatoires. Une litanie froide et méthodique. Mais je remarque la tension dans sa mâchoire. La façon dont ses doigts se serrent quand une étudiante pose une question trop personnelle. Il est sur la défensive. Il se protège. De quoi ? Des femmes ? Du désir ? De lui-même ?

Je me penche légèrement, feins de chercher un stylo dans mon sac. Le mouvement est calculé. Ma jambe se déplace, ma jupe remonte un peu, dévoile le galbe de ma cuisse. Je sais exactement ce que je fais. Et je sens son regard glisser vers moi, malgré lui. Une seconde. Pas plus. Mais assez pour que je comprenne. Il n'est pas indifférent. Loin de là.

Je me redresse, remets une mèche de cheveux derrière mon oreille. Il a repris son discours, imperturbable. Mais quelque chose a changé dans l'air. Une tension invisible, presque imperceptible. Je la sens partout sur ma peau. Comme une promesse. Comme un avertissement.

Le cours se termine. Les étudiants se lèvent, se pressent vers la sortie. Camila s'approche du bureau, son sourire le plus éclatant aux lèvres. Elle engage la conversation, flatte son cours, rit un peu trop fort. Je la regarde faire, amusée. Elle ne comprend pas. Les hommes comme lui ne se laissent pas charmer par des sourires. Ils se laissent briser par des regards. Par des silences. Par des défis.

Il lui répond poliment, sans chaleur. Ses yeux sont ailleurs. Je les cherche. Et je les trouve. Posés sur moi. Un instant. Un battement de cœur. Puis il détourne le regard, se tourne vers ses notes. Mais c'est trop tard. J'ai vu. Il m'a regardée. Il me veut.

Je souris, lentement, pour moi-même. Ce n'est que le début.

Je me lève, ramasse mon sac, prends mon temps pour sortir. Je passe devant son bureau sans un mot, sans un regard. Mais je sens son regard sur moi. Sur ma nuque, sur mes hanches, sur mes jambes. Je le sens comme une brûlure. Comme une main invisible qui me parcourt. Et j'aime ça. J'aime être désirée en silence. J'aime être l'objet de ses pensées interdites.

Je pousse la porte de l'amphithéâtre. Mon cœur bat fort. Mes joues sont chaudes. Ce n'est pas de la timidité. C'est de l'excitation. Je viens de rencontrer un homme qui me résiste. Un homme qui se refuse. Un homme qui me fait envie comme aucun autre.

Le jeu vient de commencer. Et je compte bien le gagner.

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