LOGINLe mariage est prévu pour le début de l'été, dans le jardin intérieur de la maison blanche. Une cérémonie intime, juste nous, nos amis proches, les témoins. Léa sera là, évidemment. Malik aussi, ce colosse au cœur tendre qui est devenu un ami précieux. Et quelques autres personnes qui ont compté dans nos vies, qui nous ont soutenues, qui ont cru en nous quand nous ne croyions plu
LénaLa porte des appartements de Damiana est entrouverte. Marcus la pousse doucement, et nous entrons dans la pénombre parfumée au jasmin et à l'ambre. La pièce est vaste, plus grande que toutes les cellules du Cercle réunies. Des tentures de velours pourpre couvrent les murs de pierre. Des bougies sont disposées sur des candélabres de fer forgé, leurs flammes projetant des ombres dansantes sur le plafond voûté. Un lit à baldaquin trône au centre, massif, recouvert de draps de soie noire. Des livres s'empilent sur le sol, sur les commodes, sur les rebords de fenêtre , des centaines de livres, de toutes tailles et de toutes époques, comme si Damiana cherchait dans la littérature des réponses que la vie lui refusait.Elle est assise dans un fauteuil près de la fenêtre, le dos tourné à la lumière. Elle s'est recoiffée, a passé une robe propre, a effacé les traces de larmes sur ses joues. Elle a reconstruit son armure, mais je la vois fissurée , par endroits
Sa voix s'étrangle. Ses yeux se remplissent de larmes , ces larmes qu'elle retient depuis des années, ces larmes qu'elle ne laisse jamais couler parce que pleurer serait un aveu de faiblesse, et que la faiblesse, pour elle, c'est la mort.— Je ne suis pas comme eux, dis-je en soutenant son regard. Je ne suis pas votre ex-mari. Je ne suis pas ces amants qui vous ont trahie. Je suis Marcus. Je suis celui qui est resté trois ans sans rien demander. Celui qui a dormi devant votre porte comme un chien de garde. Celui qui vous aime, Damiana. Pas la Maîtresse. Pas le personnage. Vous. La femme. La survivante. Celle qui a peur et qui ne veut pas le montrer.Elle recule comme si je l'avais frappée. Son visage se décompose, passe de la colère à la stupeur, de la stupeur à la panique.— Ne m'appelle pas comme ça, murmure-t-elle.— Pourquoi ? Parce que ça vous rend vulnérable ? Parce que ça vous rappelle que vous êtes humaine ?— Tais-toi.
Marcus Le soleil est levé depuis une heure quand je quitte la cellule de Léna. Elle dort encore, ses cheveux éparpillés sur l'oreiller, son visage paisible comme celui d'une enfant. Je referme la porte sans bruit, le cœur gonflé d'un bonheur qui me semble presque coupable. La nuit a été chaste , nous n'avons fait que dormir, enlacés, partageant une intimité simple et profonde. Mais ce simple fait, dormir ensemble, représente bien plus qu'un geste anodin dans l'enceinte du Cercle. Je remonte le couloir sur la pointe des pieds, me dirigeant vers mes quartiers pour me changer avant le début de la journée. Les torches de la nuit finissent de se consumer, les servantes commencent leur ronde silencieuse, le Cercle s'éveille doucement. Tout semble normal. Tout semble paisible. C'est alors que je la vois. Damiana se tient à l'intersection des deux couloirs, immobile comme une statue de sel. Elle porte une robe noire
Cette pensée le réconforte, je le vois à la façon dont ses épaules se détendent, à la façon dont son regard s'apaise. Il tend la main par-dessus la table, je la prends, et nos doigts s'entrelacent comme le symbole de notre alliance , une alliance qui dépasse désormais la simple stratégie.Nous rentrons au Cercle tard dans la nuit, empruntant la porte secrète avec des précautions de conspirateurs. Les couloirs sont déserts, les torches presque éteintes. Nous nous arrêtons devant la porte de ma cellule, et soudain, l'idée de nous séparer me paraît insupportable.— Reste, dis-je à voix basse. Juste pour dormir. Juste pour ne pas être seule cette nuit.Il hésite un instant, jette un regard vers le fond du couloir, là où se trouvent les appartements de Damiana.— D'accord, dit-il enfin. Juste pour dormir.Nous entrons dans ma cellule, nous refermons la porte derrière nous. La pièce est petite, la couche étroite, mais nous nous glissons so
Marcus hoche la tête, pensif.— C'est exactement ce que j'ai ressenti en arrivant au Cercle. Je suis venu pour enquêter, pour dénoncer, pour libérer des victimes. Et j'ai découvert que les membres du Cercle n'étaient pas des victimes. Ils étaient des volontaires. Ils avaient choisi d'être là, choisi de se soumettre, choisi de souffrir. Leur souffrance avait un sens. Elle les libérait de quelque chose , un traumatisme, une peur, une prison intérieure. Je ne pouvais pas dénoncer ça. Je ne pouvais pas le juger.— Et tu es resté.— Je suis resté. Et j'ai commencé à me poser les mêmes questions que toi. Qu'est-ce que la liberté ? Qu'est-ce que le pouvoir ? Qu'est-ce que l'amour ?La matinée s'écoule, légère, précieuse. Vers midi, nous quittons le café, laissant Rosalie nous saluer chaleureusement avec la recommandation de ne pas rester si longtemps sans revenir. Nous marchons dans les rues du Marais, main dans la main, sans destination précis
LénaLa porte de ma cellule s'ouvre alors que le jour n'a pas encore complètement envahi le ciel. Marcus se tient dans l'encadrement, vêtu simplement , un pull à col roulé sombre, un jean, des bottes de cuir usé. Il ressemble à l'homme que j'ai aperçu dans le square, pas au gardien du Cercle. Ses yeux brillent d'une lumière que je ne leur avais jamais vue, une anticipation presque enfantine qui contraste avec sa carrure imposante.— Prête ? demande-t-il à voix basse, comme s'il craignait de réveiller les pierres elles-mêmes.— Prête, dis-je en me levant.Je porte une robe simple, bleu marine, que j'ai trouvée dans l'armoire de ma cellule ce matin. Quelqu'un l'y a déposée pendant mon sommeil , Damiana, probablement, ou une servante sur son ordre. C'est un vêtement qui n'appartient pas au Cercle, un vêtement du dehors, comme si on m'autorisait à redevenir moi-même le temps d'une journée. Le tissu est doux, fluide, il caresse mes jambes qua
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy
Maya— La première clause, Maya, est la clause de silence, dit Victoria en se levant et en faisant le tour de son bureau, ses talons claquent sur le parquet comme des secondes qui s'égrènent dans un compte à rebours inexorable, et elle s'arrête devant moi, si proche que je peux sentir son parfum, u
MayaJe regarde mes comptes pour la dixième fois aujourd'hui, et le chiffre rouge ne change pas, il tourne dans ma tête comme un couteau qu'on retourne dans une plaie qui ne veut pas cicatriser, et je sais que je suis au bord du gouffre parce que le loyer est impayé depuis deux mois, le prêt étudia







