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Chapitre 6 – Le réveil en bouche 1

Author: Déesse
last update publish date: 2026-06-08 23:37:02

Maya

Le sommeil est un lac noir et profond où je flotte sans penser, sans rêver, sans exister, et puis quelque chose bouge contre mes lèvres, une pression légère d'abord, presque imperceptible, puis plus insistante, et ma conscience remonte des abysses par strates successives, d'abord la sensation du froid sur ma peau nue, puis le poids du collier autour de mon cou, puis cette chose tiède et douce qui écarte mes lèvres avec une lenteur calculée.

Je n'ouvre pas les yeux tout de suite parce que mon corps comprend avant mon cerveau, ma bouche s'entrouvre sans que je le décide, mes lèvres cèdent à la pression comme si elles avaient toujours su qu'elles devraient céder un jour, et deux doigts glissent à l'intérieur, deux doigts fins et chauds qui portent le goût du sel et du pouvoir, qui se posent sur ma langue comme on pose une offrande sur un autel.

— Bonjour, Maya, dit la voix de Victoria au-dessus de moi, et ses doigts ne s'arrêtent pas, ils appuient doucement sur ma langue, ils explorent l'intérieur de mes joues, ils effleurent mon palais, et je sens mon propre goût se mêler au sien, ma salive qui commence à couler, ma mâchoire qui s'ouvre un peu plus pour l'accueillir.

J'ouvre les yeux, le plafond blanc de la chambre est la première chose que je vois, puis son visage penché au-dessus du mien, ses yeux gris qui me regardent avec une intensité qui me cloue au parquet plus sûrement que des sangles, ses cheveux défaits qui tombent en cascade autour de son visage et qui frôlent mes joues, ses lèvres légèrement entrouvertes comme si elle goûtait déjà ce qu'elle va me faire.

— Ne parle pas, dit-elle en poussant ses doigts un peu plus loin, juste au bord de ma gorge, juste assez pour que je sente le réflexe de déglutition sans qu'il se déclenche vraiment, ne parle pas, ne bouge pas, ne fais rien d'autre que de sentir mes doigts dans ta bouche, c'est ta première tâche de la journée, la plus simple, la plus importante, celle qui définit tout le reste.

Je ne parle pas, je ne peux pas parler, ses doigts occupent tout l'espace, ils sont partout à la fois, contre mes dents, sur ma langue, au fond de ma gorge, et je respire par le nez, des respirations courtes et saccadées qui font bouger ma poitrine nue, qui font se soulever mes seins dans l'air froid du matin, et Victoria les regarde, son regard dévie une seconde, glisse sur ma poitrine, puis revient sur mes yeux.

— Tu vois, dit-elle en retirant ses doigts de quelques millimètres avant de les enfoncer à nouveau, plus lentement cette fois, presque tendrement, tu vois comme c'est facile d'obéir quand on ne réfléchit pas, quand on accepte, quand on se laisse faire, tu vois comme ton corps sait déjà ce que ton esprit refuse encore d'admettre.

Ses doigts glissent hors de ma bouche, laissant un filet de salive qui relie mes lèvres à ses phalanges, un pont transparent et fragile qui se rompt quand elle écarte la main, et je reste là, la bouche ouverte, vide soudain, abandonnée, et je ne sais pas pourquoi mais je veux qu'elle revienne, je veux qu'elle remette ses doigts, je veux sentir à nouveau ce poids sur ma langue, cette intrusion qui n'en est plus une, cette violation qui ressemble à une caresse.

— Lèche, ordonne-t-elle en approchant ses doigts mouillés de mes lèvres, lèche ta propre salive, nettoie ce que tu as laissé sur ma peau, prends conscience de ton goût, de ta texture, de ce que tu es à l'intérieur.

Je sors la langue, je lèche ses doigts un par un, l'index d'abord, puis le majeur, je sens le grain de sa peau, les petites rides autour des articulations, le goût fade et tiède de ma salive mêlée à quelque chose d'autre, quelque chose qui vient d'elle, un goût légèrement salé, légèrement amer, le goût de sa peau à elle, le goût de Victoria.

— C'est bien, dit-elle en retirant sa main, tu apprends vite, plus vite que les autres, plus vite que toutes celles qui sont passées avant toi, et elle se lève, elle me laisse par terre, nue, la bouche encore ouverte, le goût d'elle sur les lèvres, et je me sens plus nue qu'avant, plus nue que pendant la nuit, plus nue que quand elle m'a demandé d'enlever ma culotte dans son bureau, parce que maintenant ce n'est plus seulement mon corps qui est à nu, c'est quelque chose de plus profond, quelque chose qui ressemble à mon âme.

— Lève-toi, dit-elle en se dirigeant vers la salle de bains, aujourd'hui tu apprendras à te regarder, mais avant ça, tu vas me remercier de t'avoir réveillée.

— Merci, madame, dis-je en me levant, mes jambes tremblent, ma voix est rauque, ma gorge est sèche malgré toute la salive qu'elle a fait couler.

— Merci pour quoi ? demande-t-elle en s'arrêtant sur le seuil de la salle de bains, sans se retourner.

— Merci de m'avoir réveillée, madame, dis-je, merci d'avoir mis vos doigts dans ma bouche, merci de m'avoir appris à me taire.

— Très bien, dit-elle, tu progresses, maintenant viens, la journée ne fait que commencer, et tu as beaucoup de choses à apprendre sur toi-même.

Je la suis dans la salle de bains, le carrelage est froid sous mes pieds nus, blanc et noir comme un échiquier, et je me demande quelle pièce je suis, un pion sûrement, un petit pion qui avance case par case sans savoir où elle va, sans savoir si elle sera prise, sans savoir si elle arrivera un jour de l'autre côté du plateau.

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Comments (1)
goodnovel comment avatar
Laurianne
Très excitant tout ça
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