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La Fille Ronde des Trois Héritiers
La Fille Ronde des Trois Héritiers
Author: Miss Queen Mikayla

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last update publish date: 2026-07-17 01:46:19

# Chapitre 1

— Merde... Vos corps sont tellement plus chauds que celui de cette grosse dinde.

La voix grave de Gavin résonna derrière la porte de la suite présidentielle. Isolde Ravelyn se figea. Le coffret de velours entre ses mains se mit à trembler doucement, tandis qu’une oppression soudaine lui enserrait la poitrine.

— Ta fiancée ne t'attend pas en bas ? lorgna une voix féminine et langoureuse, suivie d'un rire niais.

— Laisse-la, répondit Gavin d'un ton méprisant. Laisse cette fille ennuyeuse poireauter.

— Après tout, Monsieur Gavin... tu es vraiment sérieux à l'idée d'épouser une femme avec un tel surpoids ? Tu n’as pas honte ?

Des éclats de rire complices éclatèrent à l'intérieur. Les oreilles d'Isolde se mirent à siffler violemment. Ce nom—Gavin. L'homme qui partageait sa vie depuis cinq ans, celui qui lui répétait sans cesse que « l'apparence ne fait pas tout ».

D'une main tremblante, Isolde poussa la porte. Ses dernières défenses s'effondrèrent devant le spectacle qui s’offrait à elle. Des vêtements jonchaient le sol et, sur le lit, Gavin, torse nu, s'activait entre deux femmes.

Les yeux de Gavin s'écarquillèrent de stupeur.

— Isolde...

Le coffret contenant l'alliance glissa des mains d'Isolde et tomba au sol. Sur le lit, les deux femmes s'empressèrent de remonter le drap sur elles, tandis que Gavin se levait précipitamment, paniqué.

— Mon amour, écoute-moi d'abord...

— Ne m'appelle plus jamais comme ça. Tu me dégoûtes, l'interrompit Isolde, la voix brisée par la douleur.

Son regard se posa sur les traces de rouge à lèvres qui marquaient le cou de Gavin. L'une des femmes sur le lit poussa un soupir de dédain, toisant Isolde d'un air méprisant.

— Mon Dieu... Elle est encore plus énorme que sur les photos. On dirait un véritable éléphant !

Le visage d'Isolde s'enflamma instantanément. Une honte insoutenable se propagea dans tout son corps.

— Fermez-la, vous deux ! hurla Gavin, frustré.

Mais la seconde femme ricana de plus belle :

— Oh, c'est de sa faute. Quel homme voudrait d'une femme incapable de prendre soin de son corps ? Elle est tellement ridicule à tes côtés, Monsieur Gavin. Vous deux, c'est le jour et la nuit.

Ces mots la frappèrent de plein fouet, droit au cœur. Isolde avait l'habitude d'entendre des remarques cruelles sur son physique depuis l'adolescence, mais les entendre de la bouche des maîtresses de son fiancé, le soir même de leurs fiançailles, lui infligea une blessure d’une violence inédite.

— Isolde... tenta Gavin en voulant lui prendre la main. Laisse-moi t'expliquer.

— M'expliquer quoi ? murmura-t-elle, les larmes aux yeux. Que tu as honte d'avoir une fiancée comme moi ? Que je te répugne en réalité ?

— Ce n'est pas ça !

— Alors c'est quoi ?! explosa enfin Isolde, perdant tout contrôle. Pourquoi as-tu fait cette infamie le soir de nos fiançailles ?!

Gavin resta muet. Sa mâchoire se crispa. Ce silence fut pour Isolde la plus honnête des réponses.

Isolde laissa échapper un rire amer, se moquant de sa propre stupidité.

— Tu sais quoi ? J'ai arrêté de manger pendant trois semaines, au point d'en tomber malade, juste pour pouvoir rentrer dans cette robe ce soir. Tout ça pour avoir l'air digne de me tenir à tes côtés.

— Eh bien, ça n'a servi à rien, n'est-ce pas ? Tes efforts ont été vains, lança cyniquement la femme sur le lit.

Quelque chose se brisa définitivement en Isolde ce soir-là. Sans un mot de plus, elle tourna les talons et s'enfuit en courant, laissant derrière elle cette chambre maudite.

La salle de bal de l'hôtel était encore animée par les rires des invités lorsqu'Isolde y fit irruption, l'allure dévastée. Sa robe était froissée et son maquillage, gâché par les larmes, coulait sur ses joues. Sa présence jeta un froid instantané dans la pièce.

La mère de Gavin s'approcha d'elle, l'air inquiet.

— Mon Dieu, Isolde. Qu'est-ce qui t'arrive ?

Isolde ne répondit pas. Son regard se posa sur Gavin qui venait de se glisser discrètement par une porte dérobée. Le visage livide, il secouait la tête, la suppliant du regard de ne rien dire.

Gavin savait qu'il jouait sa tête. S'il était resté avec Isolde pendant ces cinq années, ce n'était que par pure obligation morale. Des années auparavant, les parents d'Isolde avaient sacrifié leur vie pour sauver la mère de Gavin. C'était cette dette de sang qui le liait à elle, un fardeau psychologique qui l'avait secrètement frustré au point de le pousser vers les dérives les plus sordides.

Mais Isolde ignora ses supplications. D'un pas ferme, elle monta sur la scène principale et s'empara du micro.

— Les fiançailles sont annulées, annonça-t-elle d'une voix forte qui résonna dans toute la salle. Un silence de mort s'abattit sur l'assemblée.

— Isolde, arrête de faire ton mélodrame bon marché ici, murmura Gavin, qui l'avait rejointe sur scène pour tenter de maîtriser la situation.

— Un mélodrame ? Isolde le dévisagea avec un profond dégoût. Tu me trompes avec deux femmes en même temps dans une chambre d'hôtel il y a dix minutes, et c'est moi que tu accuses de faire un mélodrame ?

Des murmures indignés éclatèrent aussitôt parmi les invités. La mère de Gavin manqua de s'évanouir sous le choc, tandis que son père laissait éclater sa rage face à cette humiliation publique.

— Tu te rends compte de ce que tu racontes, Isolde ?! lança le père de Gavin d'un ton menaçant.

— Elle ment ! C'est un malentendu ! tenta de se défendre Gavin devant leurs partenaires commerciaux.

— Je mens ? Isolde s'approcha de lui, le fixant droit dans les yeux. Regarde ton cou, Gavin. Il est couvert de morsures et de traces de rouge à lèvres. Tu es répugnant.

Gavin se figea et porta instinctivement la main à son cou. Son visage décomposé et ses balbutiements d'excuses furent une confirmation évidente pour l'assistance.

*Vlan !*

Une gifle monumentale retentit à travers le micro resté ouvert. Ce n'était pas Isolde qui avait frappé, mais le père de Gavin, le visage rouge de colère.

— Espèce de bon à rien ! Tu viens de détruire la réputation de notre famille devant tous nos partenaires ! hurla-t-il, la respiration saccadée.

La mère de Gavin, oubliant sa feinte faiblesse, se jeta sur son fils et se mit à lui marteler la poitrine de coups de poing, ignorant les centaines de regards braqués sur eux.

— Gavin ! Qu'est-ce que tu as fait ?! Je ne t'ai pas élevé pour que tu te comportes comme un homme facile ! Où va-t-on cacher notre honte ?!

La scène prestigieuse des fiançailles s'était transformée en un spectacle de déchéance familiale. Gavin restait là, tête basse, serrant les dents pour contenir sa rage et l'humiliation d'être ainsi châtié en public par ses propres parents.

Leurs cris et leurs insultes continuaient de résonner, mais pour Isolde, tout cela n'avait plus d'importance. Ce tumulte lui paraissait lointain, presque irréel. Son amour pour lui était mort, remplacé par un vide abyssal.

Isolde fit un pas en arrière, bien décidée à descendre de scène et à fuir cette mascarade. Cependant, au milieu du chaos, l'attention des invités commença à se détourner du drame familial pour se reporter sur elle. Les chuchotements des premiers rangs arrivèrent distinctement à ses oreilles.

— Enfin, quand on y pense... c'est normal que Monsieur Gavin soit allé voir ailleurs. Obliger un homme aussi beau et brillant à épouser une fille aussi énorme et insignifiante qu'Isolde ? Ils ne boxent pas dans la même catégorie.

— C'est clair, regarde sa silhouette. Pas étonnant qu'il ait eu besoin d'aller chercher du réconfort ailleurs.

Ces jugements cruels sur son physique l'assaillirent de toutes parts. La poitrine d'Isolde se serra davantage, sa vue se brouillant sous l'effet de nouvelles larmes. Pressée de fuir ces regards inquisiteurs, elle manqua une marche de l'escalier, le talon de sa chaussure s'étant pris dans l'ourlet de sa longue robe.

Elle perdit l'équilibre et s'effondra lourdement sur le marbre froid, au pied de la scène. Autour d'elle, plusieurs invités reculèrent par réflexe, comme s'ils craignaient qu'elle ne leur tombe dessus. D'autres—en particulier de jeunes femmes de la haute société—étouffèrent des ricanements derrière leurs mains, tandis que certaines commençaient déjà à la filmer discrètement avec leurs téléphones.

Le visage d'Isolde brûlait de honte. La douleur physique dans ses genoux n'était rien comparée à l'affront de voir sa dignité piétinée devant des centaines de personnes. Personne ne lui tendit la main pour l'aider à se relever. Sur scène, Gavin et ses parents continuaient de s'écharper, l'ignorant totalement.

Rassemblant ce qui lui restait de force et de fierté, Isolde se redressa. Sans se soucier de sa robe déchirée ni de ses cheveux ébouriffés, elle courut vers la sortie de la salle aussi vite que possible, fuyant ces spectateurs qui la traitaient comme un animal de foire.

L'air frais de la nuit l'enveloppa dès qu'elle franchit les portes de l'hôtel. Isolde s'effondra contre un pilier sombre, ses épaules secouées de sanglots incontrôlables. D'un geste rageur, elle retira ses escarpins, ignorant la douleur de ses pieds déjà écorchés.

Alors qu’elle pleurait à chaudes larmes, son téléphone se mit à vibrer frénétiquement dans son sac. Un numéro inconnu s'affichait. Isolde prit une profonde inspiration avant de décrocher.

— Allô... murmura-t-elle d'une voix enrouée.

— Est-ce bien Mademoiselle Isolde Ravelyn ? demanda la voix calme et formelle d’un homme d’un certain âge à l'autre bout du fil.

— Oui, c'est moi. Qui est à l'appareil ?

— Je suis Raymond Hale, l'avocat personnel de feu Madame Berliana Blackthorne.

Isolde fronça les sourcils. Madame Berliana était une richissime et généreuse héritière. Depuis la mort des parents d'Isolde, cette vieille dame avait subvenu en secret à tous ses besoins et payé ses études sans jamais rien demander en retour.

— Que se passe-t-il, Maître Raymond ?

Un silence pesant s'installa un instant à l'autre bout de la ligne.

— Madame Berliana a poussé son dernier soupir il y a une heure à l'hôpital.

Pour la seconde fois de la nuit, le monde d'Isolde s'écroula. Perdre la seule personne qui s'était sincèrement souciée d'elle lui brisa un peu plus le cœur.

— Quoi... ? Madame Berliana...

— Elle a laissé un testament d'urgence de la plus haute importance qui doit vous être lu immédiatement en tant que principale intéressée, poursuivit l'avocat. Une voiture envoyée par nos soins est en route pour vous chercher et vous conduire directement au domaine principal des Blackthorne.

— Un testament ? Mais je ne comprends pas... Quel est le rapport avec moi ? chuchota Isolde, perdue.

Raymond marqua une pause pour donner plus de poids à ses dernières paroles :

— Tout vous sera expliqué en détail à votre arrivée, Mademoiselle Isolde. Car à compter de ce soir, vous avez l’obligation légale de résider et de vous installer définitivement au Manoir Blackthorne.

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