LOGINLya Santoro avait tout : un père aimant, une fortune héritée, et un mari qu'elle adorait. Mais derrière les sourires de Kylian Vasseur se cachait un prédateur. En trois ans, il a volé son héritage, trompé sa confiance, et l'a regardée, indifférent, perdre l'enfant qu'elle portait après une chute orchestrée par sa propre demi-sœur. Ruinée, brisée, laissée pour morte, Lya disparaît sans laisser de trace. Cinq ans plus tard, Paris la voit revenir. Mais ce n'est plus la femme naïve d'autrefois. C'est une reine. Présidente d'un empire international, fiancée à l'héritier le plus convoité d'Europe, Ezio Castellano, elle est de retour pour une seule raison : la vengeance. Kylian, au bord de la faillite, ne reconnaît pas cette femme sublime et glaciale qui le regarde sans le voir. Romy, sa demi-sœur, sent l'étau se resserrer. Et quand les secrets du passé refont surface ,empoisonnements, meurtres, et un amour qui n'est jamais mort , Lya devra choisir entre la justice et le pardon. Certaines histoires d'amour naissent dans les cendres. Celle-ci va tout brûler.
View MoreJe pose la main sur mon ventre encore plat, et je souris à mon reflet dans le grand miroir doré du vestibule. Trois semaines. Trois semaines que je porte ce secret comme un trésor volé au destin, et ce matin, enfin, je vais le lui offrir. Je répète mentalement les mots que j'ai choisis. Kylian, nous allons être parents. Non, trop plat. Kylian, tu vas être papa. Peut-être. Ou alors je devrais simplement lui prendre la main et la poser là, sur mon ventre, où bat déjà, quelque part au fond de moi, la vie que nous avons faite ensemble.
Je porte la robe crème qu'il aime, celle qui tombe sur mes hanches comme une caresse, et j'ai relevé mes cheveux parce qu'il dit toujours qu'il préfère voir ma nuque. J'ai posé sur la table basse du salon, dans un écrin de velours bleu nuit, la première échographie. Trois centimètres et déjà tout un monde. Je souris encore. Je ne peux pas m'en empêcher. Depuis que le médecin a prononcé le mot enceinte, il me semble que je marche sur un nuage, que Paris est plus doux, que le café a meilleur goût, que même les klaxons de l'avenue Foch sonnent comme une musique.
La porte du bureau s'ouvre et je sursaute. Kylian traverse le vestibule sans me voir. Il parle au téléphone d'une voix sèche, cette voix qu'il prend depuis quelques mois, celle qui n'est plus tout à fait la sienne. Il porte le costume anthracite que je lui ai offert pour son anniversaire, et sa cravate est de travers. Je m'avance pour la remettre en place, comme je le faisais avant, et il recule d'un pas, agacé. Ses yeux glissent sur moi comme sur un meuble.
— Rappelle-moi dans dix minutes, dit-il à son interlocuteur. J'ai un truc à régler.
Il raccroche. Il range le téléphone dans sa poche intérieure. Il me regarde enfin, et son regard est un couloir vide.
— Qu'est-ce que tu veux, Lya ? Je suis pressé.
Je m'oblige à sourire. Je me dis que ce n'est rien, que tous les hommes sont préoccupés quand les affaires vont vite, que Papa était comme ça aussi certains matins. Je pose la main sur son bras, et je sens son muscle se raidir sous ma paume.
— Viens t'asseoir deux minutes. J'ai quelque chose à t'annoncer.
— Lya, je n'ai vraiment pas le temps.
— S'il te plaît. Deux minutes.
Il soupire. Ce soupir qui est devenu, depuis quelques mois, la ponctuation de nos conversations. Il me suit dans le salon en traînant les pieds. Il aperçoit l'écrin sur la table basse et son visage se ferme davantage.
— Qu'est-ce que c'est encore ? Un bijou ? Lya, on avait dit qu'on faisait attention aux dépenses.
— Ouvre-le.
Il tend la main à contrecœur. Ses doigts se referment sur le velours. Il soulève le couvercle. Il regarde la petite image en noir et blanc, cette tache floue qui est notre enfant. Pendant une seconde, une seule seconde, je vois son visage se figer. Puis quelque chose passe dans ses yeux, quelque chose que je ne comprends pas, quelque chose qui ressemble à du dégoût.
— C'est une plaisanterie ?
— Kylian, je suis enceinte. Nous allons être parents.
Il repose l'écrin sur la table avec une brutalité contenue. Le velours claque contre le bois. Il se lève. Il fait deux pas vers la fenêtre. Il tourne le dos aux jardins, tourne le dos à moi.
— Débarrasse-t'en.
Le mot tombe dans la pièce comme une pierre dans un puits. Je ne comprends pas. Je crois que j'ai mal entendu. Je crois que ma tête me joue des tours parce que le sang bat trop fort dans mes tempes.
— Quoi ?
— Tu m'as parfaitement entendu. Débarrasse-t'en. Prends rendez-vous cette semaine. Je paierai la clinique. Choisis un endroit discret.
Je me lève à mon tour. Mes jambes tremblent. Je m'accroche au dossier du canapé.
— Kylian… c'est notre enfant.
Il se retourne. Et là, pour la première fois depuis trois ans que nous sommes mariés, je vois qui il est vraiment. Ce n'est pas de la colère. Ce n'est même pas de l'agacement. C'est un mépris tranquille, presque paisible, comme s'il énonçait une vérité évidente.
— Un enfant de toi ? Ce serait une malédiction.
Le mot me traverse. Malédiction. Je le répète à voix basse pour être sûre de l'avoir entendu. Malédiction. Je porte la main à ma bouche. Je sens le goût du fer sur ma langue, comme si je m'étais mordu la joue sans m'en apercevoir.
— Tu ne penses pas ce que tu dis.
— Je pense exactement ce que je dis. Tu es ce que tu as toujours été, Lya. Une petite fille gâtée qui joue à la femme. Un enfant avec toi ? Tu ne saurais même pas t'occuper d'un chat. Alors d'un être humain…
Il s'interrompt. Il tire sur ses manchettes. Il ajuste sa cravate. Il retrouve son calme, son terrible calme d'homme d'affaires.
— Prends rendez-vous cette semaine, répète-t-il. Ou je m'en occupe moi-même.
LyaIl faut que je remonte là, puisque tout remonte en ce moment, dans cette maison, comme l'eau dans une mine : il faut que je parle du commencement.Nous nous sommes mariés un jour de juin, il y a douze ans, et il faut que je dise la vérité historique, la seule chose qui m'oblige en ce moment : au commencement, il y a eu de la tendresse. Vraie. Documentée. Photographe à l'appui.Je le repense, ces premiers temps, avec la précision qu'on a des choses anciennes, et je n'y comprends rien, et c'est peut-être ça le sujet de ce chapitre : rien. Kylian de cette époque se levait avant moi. Je l'écris, et je le regarde écrit, et je ne le comprends pas : il se levait avant moi, il me faisait un café, le vrai, celui que j'aime, avec la mousse exacte, et il le posait sur ma table de nuit avec un mot doux, une blague, un Pressage du jour. Il lisait mes yeux. Il me proposait des villes, des expositions, des restaurants minuscules où la patronne nous connaissait. Il y a eu, la première année, une
LyaJe l'observe de loin, et je devrais m'en vouloir, et je ne m'en veux pas.C'est devenu, je le constate avec une honte froide, un rituel. Le jeudi, à dix-sept heures et demie, quand mon agenda le permet, je descends par l'escalier de service, je traverse le couloir des archives comme une inspectrice de passage, et je m'arrête, trois minutes, pas plus, à l'endroit où la baie vitrée du niveau moins un donne sur le rez-de-chaussée des sous-sols, et je le regarde travailler. Il ne sait pas que je viens. Nadia, qui range mes plannings, sait, elle, que le jeudi dix-sept heures trente est un créneau mort, elle a compris, elle ne dit rien, les bonnes secrétaires sont des confesseurs muets.Et je regarde. Je regarde un homme de cinquante et un ans, en chemise bleue repassée, qui inventorie des cartons avec une précision d'orfèvre, qui s'est taillé un territoire impeccable dans les trois semaines, qui a déjà repéré, paraît-il, deux anomalies de facturation que les systèmes automatisés n'avai
KylianMon bureau est une table en Formica, entre deux rayonnages d'archives, sous un néon qui grésille de temps en temps, comme s'il avait lui aussi quelque chose à me reprocher. Il y a une chaise, un téléphone de l'ancien siècle, un badge avec mon nom écrit en petites majuscules grises, et il y a, épinglée au mur devant moi, la liste de mes mensonges, la page du jour, parce que je travaille comme un homme qui se remet à zéro chaque matin : on commence par la liste, on finit par le travail.La première semaine, j'ai été invisible, et c'était parfait. La deuxième semaine, la maison m'a remarqué.Ça a commencé par les chuchotements. Dans les couloirs, à l'ascenseur, à la cantine du personnel, il y a toujours, dans une grande entreprise, un réseau de rumeur plus rapide que le réseau informatique, et le mien s'est propagé en quarante-huit heures : c'est lui. C'est le mari. C'est celui qui a ruiné la présidente. Le plongeur de la présidente, disait quelqu'un, et ce surnom-là, je l'ai ente
LyaIl est venu au siège un jeudi d'avril, à onze heures, en costume sombre repassé de ses propres mains, avec un dossier sous le bras et une demande écrite, et quand la secrétaire du trentième étage m'annonce qu'un monsieur Vasseur est là, sans rendez-vous, et qu'il refuse de partir, je fais venir deux choses : le café, et Ezio.Il a vieilli en beauté, de la manière dont vieillissent les hommes qui ont fait la paix avec leurs ruines : le costume simple, les mains posées sur les genoux, le visage sans énergie de flatterie, et il y a dans sa posture une chose neuve, une chose que je n'avais jamais vue chez lui, pas même à l'époque des grands soirs : de la tranquillité. Kylian Vasseur, l'homme des miroirs et des montres, est assis dans le hall de mon empire comme un homme assis dans un train, sans rien revendiquer du paysage.Nous nous retrouvons &


















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