Se connecterIls sortaient d’une librairie, sur le trottoir d’en face. Lylie portait un manteau clair, une écharpe nouée autour du cou, et elle tenait un petit sac en papier brun — des livres, probablement. Elle riait. Elle riait comme il ne l’avait pas vue rire depuis des mois, depuis des années peut-être, la tête légèrement renversée en arrière, les yeux plissés par le plaisir.À côté d’elle, il y avait Serge.Serge, son ami d’enfance. Serge, celui qui l’avait trahi en appelant Lylie pour lui donner l’adresse du mariage. Serge, celui qui portait cette cicatrice au menton que Markis connaissait par cœur. Il marchait à côté d’elle, les mains dans les poches de son blouson, et il souriait lui aussi, de ce sourire tranquille qu’il avait toujours eu.Et puis Lylie fit quelque chose qui glaça Markis sur place.Elle tendit la main vers Serge, doucement, naturellement, comme si c’était le geste le plus simple du monde. Serge prit cette main dans la sienne, et leurs doigts s’entrelacèrent.Ils marchaient
Après le repas, ils restèrent assis l’un en face de l’autre, sans parler. La fatigue de la journée tombait sur les épaules de Lylie, et elle sentait ses paupières s’alourdir. Mais elle n’avait pas envie qu’il parte. Pas encore.Elle leva les yeux vers lui. La cicatrice sur son menton brillait légèrement sous la lampe, cette fine ligne blanche qu’elle avait remarquée le premier jour et dont elle connaissait maintenant l’histoire. Elle la regarda longtemps, sans rien dire.Puis elle tendit la main, doucement, et toucha la cicatrice du bout des doigts.Serge ne bougea pas. Il ne recula pas. Il ne dit rien. Il la laissa faire, le regard fixé sur elle, les mains posées sur ses genoux.Le geste était simple, presque anodin. Mais il contenait tout ce qu’elle n’avait pas encore les mots pour dire. La confiance. La gratitude. Quelque chose qui ressemblait à de l’affection, ou peut-être à plus que cela, elle ne savait pas encore.« Restez. »Elle le murmura, presque timidement, comme si elle av
Serge n’était pas du genre à forcer les choses. Il n’avait jamais su le faire, même quand il était enfant, même quand il voulait quelque chose très fort. Il restait là, simplement, sans rien exiger, sans rien demander, et il attendait. Pas par faiblesse. Par respect. Parce qu’il savait que les choses importantes ne se prennent pas — elles se reçoivent, ou elles ne se reçoivent pas.Depuis ce premier café près du Luxembourg, il était devenu une présence régulière dans la vie de Lylie. Pas envahissante. Jamais. Juste régulière. Un message de temps en temps, pour prendre des nouvelles, pour lui souhaiter une bonne journée, pour lui raconter un truc drôle qu’il avait vu dans la rue. Il ne parlait jamais de Markis, sauf si elle en parlait d’abord. Il ne posait pas de questions sur ses sentiments, sur ses blessures, sur ce qu’elle ressentait. Il était là, c’est tout.Il venait la voir à l’atelier, parfois, en fin de journée. Il s’asseyait sur le vieux tabouret près de la fenêtre, et il la r
À l’accueil, une infirmière la reconnut. Lylie était déjà venue plusieurs fois, pour des dons, des visites, des gestes dont elle ne parlait jamais.« Madame Lylie ? Que puis-je faire pour vous ?— Tenez. C’est pour vos patients. »Elle tendit le bouquet à l’infirmière, qui le prit avec des yeux écarquillés.« Il est magnifique. Vous êtes sûre ?— Oui. Mettez-le dans une salle commune. Que tout le monde puisse en profiter. »L’infirmière hocha la tête, remercia, et disparut dans le couloir avec le bouquet. Lylie resta un instant dans le hall, les bras ballants, le regard perdu sur les affiches de prévention qui tapissaient les murs. Puis elle tourna les talons et rentra chez elle.Elle ne pensait pas à Markis. Elle ne pensait pas au message, ni au bouquet, ni à ce qu’il avait voulu lui dire. Elle pensait aux patients de l’hôpital, à ceux qui n’avaient pas de visite, à ceux qui passaient leurs journées seuls dans une chambre blanche. Peut-être que les fleurs leur apporteraient un peu de
Elle se leva, prit son sac sur la chaise voisine, ajusta son écharpe autour de son cou. Markis leva les yeux vers elle, le visage ravagé, les mains tremblantes.« Lylie... »« C’est déjà trop tard, Markis. Aucune seconde chance pour toi. »Elle le dit sans cruauté, sans satisfaction. Juste une vérité, nue, définitive. Puis elle tourna les talons et se dirigea vers la sortie.Markis resta assis à la table, immobile, les yeux fixés sur la chaise vide qu’elle venait de quitter. Les larmes continuaient de couler, et il ne faisait rien pour les arrêter. La serveuse passa, lui jeta un regard discret, et s’éloigna sans un mot.Dehors, Lylie remontait la rue Soufflot, les mains dans les poches de son manteau. Le vent s’était levé, et les feuilles mortes tourbillonnaient autour d’elle. Elle marchait vite, le regard droit, le cœur étrangement calme.C’était fait. Elle avait dit ce qu’elle avait à dire. Elle avait refermé la porte.Et pour la première fois depuis des années, elle respirait vraim
Il s’arrêta, la gorge serrée. Les mots qu’il prononçait étaient laids, bruts, sans fard. Il ne cherchait plus à se justifier. Il énumérait ses crimes comme on lit un acte d’accusation, et chaque phrase lui coûtait un peu plus.« Je sais que je ne mérite pas ton pardon. Je sais que je ne mérite même pas que tu sois assise en face de moi aujourd’hui. Mais je veux que tu saches que je regrette. Vraiment. Pas pour ce que j’ai perdu. Pour ce que je t’ai fait. »Il leva les yeux vers elle. Il y avait dans son regard quelque chose qui ressemblait à de la sincérité, ou peut-être à du désespoir. La frontière entre les deux était mince.« J’ai divorcé. Andréa n’est plus dans ma vie. J’ai changé, Lylie. Je ne suis plus l’homme que tu as connu. »Elle ne répondit pas. Elle le laissait parler, vider son sac, déposer ses regrets sur la table comme on dépose une offrande. Mais son visage ne changeait pas. Il restait lisse, neutre, impénétrable.« Je veux tout reprendre depuis le début, reprit-il. Pa
Les semaines après la signature, elle les avait passées dans un brouillard. Des crises de larmes, des accès de rage, des journées entières sans sortir du lit. Volets fermés, téléphone muet, personne. Elle ruminait dans l’appartement de la rue des Pyrénées, comme un animal qui tourne en cage. Elle a
Elle se gara au parking, l’accompagna jusqu’aux portes du terminal. Les baies vitrées s’ouvraient et se fermaient en chuintant, avalant des voyageurs pressés qui tiraient des valises à roulettes. Lylie s’arrêta devant les portes. Elle ne pouvait pas aller plus loin.« Voilà. T’y es. »Sa voix tremb
L’été avait filé comme un rêve, de ceux qu’on voudrait retenir par la manche et qui s’effilochent au petit matin. Lylie et Markis avaient passé deux semaines en Italie, sur la côte amalfitaine, dans une villa prêtée par un associé de son père. Deux semaines de mer turquoise, de citronniers, de dîne
« Si tu refuses, je vais voir la presse. Je leur raconte tout. Comment t’as séduit une héritière pour lui pomper son fric. Comment tu m’as gardée dans l’ombre. Comment tu lui as filé une bague de promesse le même soir où tu m’en offrais une autre. Tout. Je leur donne tout. »Markis blêmit. Son visa







