LOGINLe père que le destin cachait Il y a sept ans, Aélyra Vossen quitta la cité d'Eldoria après avoir été rejetée par sa propre famille. Enceinte et sans soutien, elle reconstruisit sa vie loin des regards, élevant seule ses jumeaux. Aujourd'hui, Kaelis et Nyora, âgés de six ans, veulent connaître l'identité de leur père. Depuis toujours, leur mère leur raconte qu'il vit dans une région lointaine et qu'il ne reviendra jamais. Mais les enfants refusent de croire cette histoire. Lorsque le destin oblige Aélyra à retourner à Eldoria, les secrets du passé refont surface. Déterminés à découvrir la vérité, Kaelis et Nyora se lancent dans une enquête qui les conduit jusqu'à Vaelor Draken un homme puissant, mystérieux et respecté, qui ignore tout de leur existence. Alors que les mensonges tombent un à un, Aélyra doit affronter les choix qu'elle a faits autrefois. Entre trahisons, révélations et sentiments oubliés, une famille brisée pourrait enfin trouver le chemin de la réconciliation.
View MoreChapitre 1
Aélyra
Je regarde la mer depuis la fenêtre de ma librairie, et je sais que quelque chose va arriver, je le sens dans l'air comme on sent l'orage avant qu'il n'éclate, dans cette lourdeur étrange qui précède les catastrophes et les fins du monde.
La librairie est silencieuse en cette heure paresseuse de l'après-midi, baignée d'une lumière dorée qui filtre à travers les vitres poussiéreuses et qui dessine sur le parquet usé des rectangles de soleil tremblotants. Les livres sont alignés sur les étagères de bois sombre, leurs dos de cuir et de papier usés par les mains des lecteurs, et l'odeur qui flotte dans l'air est un mélange de vieux papier, de cire d'abeille et de sel marin, cette odeur que j'ai appris à aimer depuis sept ans, cette odeur qui est devenue la mienne. J'ai vingt-neuf ans, et je suis libraire à Brumhaven, une petite ville côtière où personne ne me connaît, où personne ne sait d'où je viens, où personne ne pose de questions sur mon passé ou sur le père de mes enfants. C'est une vie simple, une vie petite, une vie que j'ai construite de mes mains après avoir tout perdu, et je l'aime, cette vie, je l'aime de toutes mes forces, parce qu'elle est la preuve que j'ai survécu.
La clochette de la porte tinte, et je lève les yeux du livre que je suis en train de ranger, un vieux recueil de poèmes que quelqu'un a laissé tomber dans une flaque et dont les pages gondolent encore. L'homme qui entre n'est pas un client habituel, je le sais immédiatement, je le sens à la façon dont il se tient, dont il regarde autour de lui, dont il porte ses vêtements. Il est grand, vêtu d'un manteau sombre trop élégant pour Brumhaven, et ses yeux balaient la librairie avec une précision méthodique, comme s'il cherchait quelque chose, comme s'il savait exactement ce qu'il venait trouver. Mon cœur s'accélère avant même que je comprenne pourquoi, un réflexe ancien, une peur viscérale que je croyais avoir enterrée depuis longtemps mais qui se réveille au premier signe de danger.
— Madame Vossen ? dit-il d'une voix neutre, et ce nom, ce nom que je n'ai pas prononcé depuis sept ans, ce nom que j'ai caché comme on cache une blessure honteuse, me frappe en pleine poitrine avec la violence d'un coup de poing. Votre père, Eldric Vossen, est mourant. Il souhaite vous voir une dernière fois.
Je ne réponds pas. Mes doigts se crispent sur le livre que je tiens, et je sens le cuir usé de la couverture sous mes paumes, ce grain familier qui d'habitude me rassure et qui aujourd'hui ne me fait rien, absolument rien. Mon père. Eldric Vossen. L'homme qui m'a chassée de chez moi il y a sept ans, l'homme qui m'a regardée avec mépris et qui m'a ordonné de disparaître, l'homme qui n'a jamais voulu connaître ses petits-enfants, et voilà qu'aujourd'hui il m'envoie un émissaire pour me supplier de revenir. L'ironie est si cruelle que j'en aurais presque envie de rire.
— Dites-lui que je ne viendrai pas, dis-je d'une voix que j'espère ferme mais qui tremble légèrement sur la dernière syllabe. Dites-lui qu'il est mort pour moi depuis longtemps.
L'homme incline la tête, impassible, comme s'il s'attendait à cette réponse, comme s'il avait été payé pour essuyer ce refus sans broncher. Il glisse une carte de visite sur le comptoir, un rectangle de carton blanc où sont gravés des caractères dorés, le nom d'un hôtel à Eldoria, un numéro de téléphone.
— Si vous changez d'avis, Madame. Votre père n'a plus beaucoup de temps.
La clochette tinte de nouveau, et il est parti, et je reste seule dans ma librairie, le cœur en miettes, les mains tremblantes, le vieux recueil de poèmes toujours serré contre ma poitrine comme un bouclier dérisoire. Je respire profondément, je ferme les yeux, j'essaie de retrouver mon calme, cette sérénité que j'ai mis des années à construire et qui s'effondre en une seconde à cause d'un nom, d'un souvenir, d'un fantôme.
— Maman ?
La voix de ma fille me tire de ma torpeur. Nyora est là, dans l'embrasure de la porte qui mène à l'arrière-boutique, ses grands yeux noirs fixés sur moi avec une inquiétude qui me serre le cœur. Elle a six ans, et elle comprend déjà tout, elle comprend ce que les adultes essaient de cacher, elle lit dans les silences et les regards fuyants comme on lit dans les livres.
— Qui était cet homme ? demande-t-elle en s'approchant, et sa petite main se glisse dans la mienne, chaude et confiante, et je la serre comme on serre une bouée au milieu de la tempête.
Je mens. Je lui dis que ce n'était rien, un représentant de commerce, un importun, et je vois dans ses yeux qu'elle ne me croit pas, qu'elle sent le mensonge comme on sent la fumée. Derrière elle, Kaelis apparaît à son tour, mon fils, mon petit garçon grave et silencieux, le portrait craché de l'homme que j'ai fui il y a sept ans, et je détourne le regard parce que je ne peux pas soutenir ces yeux gris qui me rappellent tout ce que j'ai perdu.
La journée s'achève dans un silence lourd, et ce soir, quand mes enfants seront couchés, je resterai seule dans l'obscurité de ma chambre, et je pleurerai, je pleurerai toutes les larmes que j'ai retenues pendant sept ans, et je me demanderai si j'ai bien fait, si j'ai eu raison de fuir, si j'ai eu raison de cacher la vérité à mes enfants. Et au petit matin, quand le soleil se lèvera sur la mer grise de Brumhaven, je prendrai ma décision.
Chapitre 92AélyraLe journal est posé sur le comptoir de la librairie, et je le fixe sans le voir, les doigts crispés sur le bord de la page, le cœur qui bat si fort que je l'entends résonner dans tout mon corps. La une s'étale en lettres noires et grasses, et mon nom, mon nom que j'avais réussi à cacher pendant sept ans, s'affiche comme une condamnation.« Aélyra Vossen, l'aventurière qui a caché ses enfants à l'héritier Draken. »Je n'arrive pas à lire la suite, les mots se brouillent, se mélangent, dansent devant mes yeux, mais je les devine, je les connais déjà, je les ai entendus tant de fois dans mes cauchemars. Manipulatrice, calculatrice, une femme prête à tout pour monnayer ses bâtards. Les journalistes ont fait leur travail, ils ont creus&eacu
Chapitre 91VaelorLa colère est une bête en moi, une bête noire qui gronde et qui mord, et je la sens monter dans ma gorge tandis que je traverse le hall de la demeure familiale, mes pas claquant sur le marbre comme des coups de fouet.Ma mère est dans le salon, assise dans son fauteuil habituel, une tasse de thé à la main, le visage serein, presque satisfait, comme si elle n'avait pas tenté de briser ma vie une seconde fois. En me voyant entrer, elle lève un sourcil, faussement étonnée, et repose sa tasse avec une lenteur calculée.— Vaelor, quelle surprise. Je ne t'attendais pas si tôt.Je reste debout, les poings serrés, et ma voix tremble de fureur contenue.— Retire cette plainte. Tout de suite.Elle incline la tête, un sourire
Chapitre 90AélyraJe m'éclipse par la porte-fenêtre de l'auberge, je pose mes mains sur la balustrade de pierre, et je respire, je respire enfin, comme si je venais de retenir mon souffle pendant des heures, pendant des jours, pendant sept années entières.La forêt s'étend devant moi, immense et silencieuse, un océan de feuillages qui ondule doucement sous la brise du soir, et le soleil couchant teinte les arbres de couleurs chaudes, orange, pourpre, ambre, comme un incendie paisible qui consumerait le monde sans le détruire. L'air sent la mousse et le bois humide, la terre et les feuilles mortes, et cette odeur, cette odeur simple et sauvage, m'apaise, me recentre, me ramène à l'essentiel.Je repense aux sept dernières années, à tout ce que j'ai sacrifié, à tout ce que j'ai caché, &a
Chapitre 89VaelorJe les conduis à l'intérieur de l'auberge, dans la salle privée que j'ai réservée, et je sens le regard d'Aélyra posé sur moi, un regard lourd de tout ce qu'elle n'ose pas dire, un regard qui me suit pendant que je traverse le hall de pierre et que je pousse la porte de la pièce où les attendent les cadeaux.La table est couverte de paquets colorés, de rubans et de nœuds, et la cheminée crépite doucement, projetant des ombres mouvantes sur les murs. J'ai tout préparé avec un soin maniaque, comme si chaque objet pouvait combler le vide de six années d'absence, comme si une poupée ou un livre pouvait réparer ce que mon silence a brisé. Je me sens ridicule, pathétique, et pourtant je ne peux pas m'arrêter.— Voici pour toi, Nyora, dis-j
Chapitre 5Suite du flashback AélyraIl s'arrête devant moi, et le monde disparaît.Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe à cet instant, je ne sais pas si c'est la chaleur des lustres ou le parfum des fleurs ou le bourdonnement des conversations qui s'estompent, mais tout ce qui existai
Chapitre 4Flashback Septs ans plutôt..AélyraJ'ai vingt-deux ans, et je suis debout devant le miroir de ma chambre, et je ne reconnais pas la femme qui me regarde.La robe que je porte est une merveille de soie et de tulle, une création couleur émeraude que ma mère a fait venir de la capitale il
Chapitre 3KaelisJe n'aime pas les secrets.Je n'aime pas la façon dont ils s'insinuent dans les silences, dont ils corrodent les sourires, dont ils transforment les mots les plus simples en pièges et en mensonges. Ma mère a un secret, un secret immense et terrible, et ce secret a un nom, un visag
Chapitre 2NyoraJe sais que maman ment.Je le sais parce que ses mains tremblent quand elle range les livres, parce que sa voix devient trop aiguë quand elle répond à mes questions, parce qu'elle évite de croiser mon regard, ce qu'elle ne fait jamais d'habitude. Maman me regarde toujours dans les












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